jeudi, 06 juin 2013 00:00

La page de Sarah

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Illustration :Ferdinand Knopft ,la Tiare d'argent

Le jardin silencieux dans sa frilosité

Derrière la vitre l'hiver s'est apaisé
Ses assauts sont plus doux ,sa colère s'épuise
Du vent furieux on n'entend plus le hurlement
Le fer de la bise glacée s'émousse

Mais il fait toujours gris
La brume étouffe les bruits
et trouble les contours des objets
qui se fondent informes et livides

La nature n'a plus de couleurs
blottie dans la terne indifférence
D'un amer refus d'existence
dont l'ennui a envahi les heures

De toute chose, le beau a fui, blessé
quand la laideur s'en est allée.
A quoi bon la lumière
si nulle obscurité à vaincre ?

A écrêter les extrêmes
ne reste que le médium
l'ennuyeux , demi mesure
ou clair obscur

Tout s'éteint quand le soleil s'éclipse
la vie ,elle, s'accroche a la lueur d'une chandelle
pour ne pas sombrer dans la nuit
réticente au repos , résignée à ce long crépuscule.

Les branches suintent en pleurs silencieuses,
les gouttent en tombent, comme les larmes
d'un chagrin qui s'éternise,
coulent sans bruit sur les joues

le ciel est absent le monde n'a plus de profondeur
l'espace est sans dimension
A deux pas d'ici le brouillard se répand en abîme
et le regard sans repère s'égare dans l'inutile.

Paix

Légère la brise caresse la plage ...
Dans la tiédeur de l'air la vague s'abandonne ,
Son souffle régulier expire en lents soupirs
dans la douceur du sable qui en boit la fraîcheur .

Pareilles aux émotions éteintes, les roches émiettées
Soumises au flux qui les entraîne
Etouffent en murmurant l'individualité
Dans la monotonie de la totalité
Pour, n'être plus que grain parmi les grains,
Rangées, dociles , à leur place assignée .

L'azur libéré a vaincu les nuages
N'en subsistent que quelques nuées éparses et diffuses
Evincées, résignées , fuyant vers l'horizon.

Las de son arrogante lumière, un soleil timide
Teinte d'un éclat pudique
L'immensité bleue où s'apaise un regard
Que ne troublent pas même ces taches dérisoires
qui voudraient rappeler dans un reste d'écume
Ce que furent les vagues ,dressées par l'ouragan.

Il n'est ici ni silence ni bruit
Nul thème ne prévaut dans ces accords sans mélodie ,
Réduits au rythme languissant qui appelle au repos .

Plume

Lassitude , mortel ennui .
Rumine , me traine et me ronge .
Que faire ?
je suis vide , je suis sèche
l'interet pour tout m'a quittée ,
Ne plus savoir où se fixer
Ne plus savoir les mots qui causent ...
Comme plume détachée de l'habit d'un oiseau
Je plane dans un vol qui n'a plus de sens .
Plume...
Sans poids , sans pesanteur
Le plus léger souffle d'air la transporte ou la chasse
Sans destination, sans but
Elle se pose , là ou le vent l'abandonne
Elle se laisse emporter
se détache au moindre soupir
Et rien ne peut la retenir
Elle s'échappe , s'enfuit
Insaisissable
un vent plus fort la porte haut , rapide
L'affole et la fait tourbillonner
elle tente d'accrocher la ronce qui la déchire
elle résiste un instant, se souille , et puis repart
hagarde désemparée
Elle erre sans destin, sans projet
Inutile.



Musique
....

La musique obsédante s'est emparée de moi
Rythmant chagrin et angoisse
M'enveloppant dans sa mélodie lancinante
Mais quel est ce mystère
pour accorder avec tant de fidélité
Les serrement de mon cœur
Et le déchirement de ses longues plaintes
Aucun mot ne saurait exprimer mieux ma détresse
Un accompagnement parfait .
pour traduire, ces heures qui passent
Qui s'étirent et se tordent
qui s'enfuient inexorablement
disant tout le poids de mon impuissance
et ma si douloureuse contrainte au silence.

Déroulant inlassablement ses accords
la tristesse qu'elle engendre
Epouse mon âme anéantie.
Comme un condamné résigné au supplice
Qu'il sait inévitable
Le leitmotiv me conduit
Dans la volonté tyrannique
De l'infinie répétition
Vers ce moment tant redouté de la rupture
D'une rupture sans cri , sans rébellion
Dans le déni de sa douleur
D'une souffrance qui sera illisible
Autant que la joie fut toujours absente .

Musique toi seule sait quelle tristesse me submerge
Tu gémis et tu pleures en mon nom
Je ne peux ni ne veux te faire taire
Tu as le droit d'exprimer ta souffrance
De laisser échapper ta douleur
Personne pour te reprocher ta faiblesse
Personne pour te condamner .
Je t'accorde le droit de saigner .
Répands-toi, déchire-toi
Que ta beauté justifie mon malheur
Et comble mon silence.

 

Ligne droite

La route s'est dégagée, les nuages ont libéré l'horizon .Copenhague vs 1
Il n'est plus de branches pour le dissimuler
Plus de feuillages quelle qu'en soit la couleur
Pour cacher le dessin de la courte ligne droite
qui s'étend devant moi .

Je ne vois plus d'obstacles ...Sur la plaine infinie, sans relief .
Où se sont effondrées les pensées redoutables
Plus de précipices , pas même une ornière
Pour me faire trébucher
Il fait clair , tout est droit, nu et sans mystères .

Les certitudes ont remplacé le doute
Le flou a cédé devant la rigueur.

Pas de fleurs ici pour faire un bouquet
Pas plus que de petits cailloux blancs
Pour marquer les fugaces instants de joie
Que je cueillais parmi les ronces

Plus de chemins de traverses
Je vois bien jusqu'au bout le profil de la route
Nul autre possible désormais ne la croise
Je n'ai plus à me soucier des choix
Qui pourraient retarder ma marche régulière

Je n'ai plus qu'à aller
Au rythme de l'indifférence
D'une vie qu'on ne désire plus
Qui vous mène sans efforts
sans volonté, sans révolte

Rien ne m'arrêtera plus ,
Car rien pour me pousser
Ni rien pour me tenter
Rien ne me fera plus danser
Plus de sources où m'abreuver
Plus de sirènes pour m'envoûter
Ici la magie n'a plus sa place
Il n'y a plus ni bruit ni fureur
Le démon s'en est allé
Vaincu par l'implacable tranquillité

Pour m'être si souvent écorchée
Aux lames de son indifférence
J'ai souvenir de la douleur
Tant de fois frottée aux épines
Mon sang a coulé par maintes plaies
Exsangue me suis écartelée sur les contradictions
Et j'ai sombré parfois au fond du désespoir
Dans le vertige de l'impossible
Je sais encore les angoisses de l'égarement
Les brûlures des désirs inavouables

Mais le vent jouait alors avec les nuages
Et L'azur que j'entrevoyais
Eblouissait mes heures
Je rayonnais de sa lumière , je subis son éclipse
Les rêves fleurissent dans l'inachevé
Ils s'évanouissent dans le mot Fin

Soyez sereins , vous tous qui regardiez avec effroi
Mes hésitations , inquiets de mes chutes
Redoutant mes blessures
Impuissants à sécher mes larmes
Las de tendre une main que je ne prenais pas .

Il n'y a plus devant moi que cette courte ligne droite
J'y vais seule
Une seule porte , étroite, un passage
Qui ouvre sur le néant .

 

La naissance est toujours une séparation

Douleur et joie
regret et promesse à la fois
oubli et espoir
Arrachement et départ
Passé ,futur
et l'instant présent pour créer , mettre au monde

Constante dualité
énergie des tensions contraires
nous sommes doubles
tu me contiens
Je te contiens
hier et demain
dans un hier qui dure
Un demain qui déjà lui répond
ce qui fut , ce qui sera
avant que d'être ce qui ne sera plus

tu me fuis, je te fuis
tu t'en vas , je te quitte
les chemins bifurquent
vivre sans l'un
marcher sans l'autre

Tout en gardant l'empreinte
autre et différent
Parfois semblables , parfois contraires
l'un contient l'autre
l'un domine
L'autre se révolte
l'un étouffe
l'autre se libère

Etre, naître ,
liens qui se déchirent
lame pour le cordon
l'épée au noeud gordien
liberté pour les deux
déchirement commun
corollaires inévitables et nécessaires

Joie de la naissance où le premier cri est un cri de douleur.

J'ai rangé mes crayons de couleurs


Il est des expressions ordinaires
Qui pour nous ont des voix singulières
Reléguant le désordre dans un définitif hier
J'ai rangé mes crayons de couleurs
Effrayée par l'ampleur de la douleur
menaçant ceux qui me sont chers

Par un choix de raison, decision volontaire
dont je suis seul juge, où je suis l'arbitraire
j'ai comme figé l'outil , crayons, moyen pour faire
vieux amis de ma main le prolongement
prononçant de l'agir le renoncement
Esperant à Satan imposer de se taire

donc je ne ferai plus et si faire c'est être ,
je ne serai plus peut-être
aucune image ne naitra plus de mes doigts
et s'oubliera le gouts des couleurs
afin que mon monde fidèlement se conforme
au gris monotone d'un avenir sans forme
où tristement je dois me fondre
auquel je dois me résigner.

Lu 8708 fois Dernière modification le mercredi, 25 février 2015 00:46
Plus dans cette catégorie : « Poèmes de Gabriel Poésie du Vietnam »

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.