mercredi, 21 janvier 2015 00:00

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J'étais un habitant de vos terres tranquilles...

Puvis de Chavanes the happy land 1882

Puvis de Chavannes  : The  happy land

I
J'étais un habitant de vos terres tranquilles
L'un des vôtres
Comme vous javais construit
Comme vous je partageais
Joies et peines , grisailles et jours d'été
Et le pain quotidien et les doux sentiments

Nos regards s'égaraient parfois vers l'horizon
Mais nous restions fidèles à nos attachements

Nous écoutions ensemble les vagues sur la plage
Nos raconter l'histoire d'autres lieux parfumés
Une mélodie sage apaisant nos désirs
Tournait les pages de nos vies
Nous voguions sans tourments vers la fin de nos jours

J'étais à vos côtés
Nous nous tenions les mains
Confiants, sûrs de l'un et de l'autre
Disponibles , attentifs, prévenants et généreux
Notre forêt croissait
L'un soutenait l'autre
le second s'appuyait sur le bras du premier
La forêt grandissait
Les vieux arbres en tombant
prenaient soin d'éviter les jeunes pousses fragiles
que nous avions nourries
d'une commune tendresse

Tout aurait pu durer,
Non pas l'éternité
Mais le temps imparti à chacun d'entre nous

II
Un jour que la mer assombrie s'était agitée
Sous un fort coup de vent provoqué par l'orage
Une barque vint s'échouer sur notre rivage
Au fond du frêle esquif gisait un corps blessé
marin agonisant
Sans doute avait-il affronté toute la nuit
Les assauts furieux de la mer en colère
Nous le recueillîmes, pansant ses plaies
Rafraîchissant son front brûlant
Le délire lui dictait d'étranges discours
Dans une alternance de cris de désespoirs
et de profonds silence
L'angoisse tordait ses mains et crispait son visage
La folie se lisait dans ses regards, hagards

Nos bains et nos parfums ne purent dissiper
L'odeur de la mort qui toujours l'enveloppait
Nos soins cependant calmèrent ses blessures
La fièvre en le quittant emporta ses délires
Mais toujours la mort suintait de tous ses pores
Un silence obstiné scellait ses lèvres muettes
Éludant nos questions, repoussant nos avances
Toujours son regard fixé sur l'horizon
il ne nous voyait pas , ne nous entendait pas
Vous vous êtes lassés
Seul je continuais à prendre soin de lui
Il dénoua nos mains, tissa d'autres liens
et m'ouvrit au mystère du chant de ses sirènes

Les dissonances couvraient nos mélodies
qui bientôt m'échappèrent
Des créatures infernales sortait l' interminable plainte
des âmes torturées pleurant la délivrance
Dans ce chant des enfers je conçus son martyre
je pressentais l'appel qui l'avait capturé
subjuguait son esprit
le faisant à nous tous étranger
à tout indifférent.
L'injonction au départ était divine ,irrésistible,inéluctable..

Vous m'avez retenu, vous m'avez mis en garde
Pourtant à l'aube d'une nuit sombre nous avons mis la barque à l'eau
Et je suis parti avec lui

III

Avec lui j'ai chevauché ses vagues de désespoirs
contourné les gouffres de ses contradictions
les tempêtes de ses amertumes menaçaient de nous engloutir
et les rochers d'incertitudes ont labouré notre bateau
Après des jours d'errances
une terre nouvelle est enfin apparue
Il a posé le pied sur la plage
a fait le tour de l'ile
Dans la foret qui couvrait l'entière terre émergée
Seul, il a pénétré.

Longtemps j'ai attendu , le ciel était si noir
et le soir est tombé
L'air s'est mis alors à vibrer
Des clameurs à vous glacer le sang se sont élevées
du coeur des arbres
Le sol tremblait comme ébranlé par les transes
d'une foule en délire, ivre de sacrifice
une violente illumination de rouge et d'or
soudainement a embrasé le ciel
et l'obscurité toute la nuit à combattu la lumière
Un peu avant l'aube, le bruit a cédé au silence
Puis le ciel nocturne s'est effacé devant l'aurore

Il est sorti de la foret
a traversé la plage
Ses haillons tombaient un à un sur le sable
Débarrassé de ses oripeaux il est remonté dans la barque
Sans un regard en arrière il s'est éloigné dans la nacelle qui filait à toute allure
happée par un vent démoniaque
Je l'ai vu disparaitre puis rien , le vide et le silence
Je restais là et je suis là
mes bras portent encore les marques de nos blessures
mes mains sont encore brulées du sel de nos longs jours d' errances
à mon tour mes yeux sont rivés sur l'horizon
Il m'a laissé l'odeur et le goût de la mort
Et je vous ai perdues, ô nos terres tranquilles
pour avoir suivi une chimère .

(juillet 2014)

William Blake Nabuchodonosor

William  Blake  Nabuchodonosor

Lu 874 fois Dernière modification le vendredi, 07 août 2015 18:03

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