dimanche, 09 juin 2013 00:00

Elissa-Didon

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Selon le récit de la Fondation de Carthage par Justin (historien latin du II siècle ) :

Matten ( Mutto ou encore Mattan) roi de Tyr légua à sa mort le pouvoir à son fils Pygmalion et à sa fille Elissa (ou Elissar). Le peuple de Tyr désirant un seul et unique souverain, suscita des dissensions au sein de la famille royale, d'autant qu'Elissa avait épousé son oncle Acherbas,(Sicarbas ) grand prêtre de Melqart, qui jouissait d'une autorité aussi grande que celle du roi et disposait d'une richesse fabuleuse. Pygmalion, désireux de s'approprier et le pouvoir et les richesses de son oncle, assassina Acherbas. Elissa menacée, décida de s'enfuir en usant de la ruse. Pour ne pas éveiller les soupçons de son frère, elle prétendit vouloir s'installer auprès de lui dans le palais. Pygmalion accepta en pensant qu'Elissa apporterait avec elle ses richesses. Il lui envoya ses navires qui devaient la ramener.

Elissa attendit la nuit, cacha ses trésors dans la cale du navire et prépara des sacs remplis de sables qu'elle disposa à bord. Une fois en mer elle jeta les sacs par-dessus bord, invoquant le souvenir de son mari en le suppliant d'accepter cette offrande. Effrayés, les serviteurs du roi craignant des représailles, décidèrent d'accompagner la princesse dans son voyage. Des sénateurs et des prêtres de Melqart s'étaient joints au groupe d'exilés. Ils se dirigèrent vers Chypre pour se ravitailler. Quatre vingt vierges, consacrées à Vénus avant leur mariage, venues offrir à la déesse les restes de leur virginité selon une pieuse coutume,furent enlevées et mariées aux Tyriens qui accompagnaient la princesse. Elissa "la vagabonde" brava la mer et partit à la recherche d'une "ville neuve". Son navire accosta sur les côtes africaines.

Elissa y sollicita l'amitié des habitants qui voyaient avec joie dans l'arrivée de ces étrangers une occasion de trafic et de mutuels échanges. Ensuite elle accepta autant de terrain qu'en pourrait couvrir une peau de bœuf. Elle fit alors couper la peau en lanières très minces et occupa ainsi plus d'espace qu'il ne lui en était accordé. Attirés par l'espoir du gain, des gens du voisinage, accourant en foule apporter aux étrangers force marchandises, s'établirent chez eux et, de cette foule d'hommes, il se forma une sorte de cité. Des envoyés d'Utique, reconnaissant en eux des parents leurs apportèrent aussi des présents et les engagèrent à fonder une ville à l'endroit ou le sort leur avait donné asile. Les Africains voulurent aussi retenir ces étrangers, en contrepartie du versement d'un loyer que Carthage s'engeait à leur verser.

C'est ainsi que, du consentement de tous, Carthage fut fondée après qu'on eut fixé le tribut annuel qu'elle payerait pour le sol de la ville. On trouva dans les premières fondations une tête de bœuf, augure qui indiquait un sol fertile mais difficile à cultiver et une ville vouée à un perpétuel esclavage. On transporta donc la ville en un autre endroit. Là on trouva une tête de cheval, ce qui signifiait que le peuple serait belliqueux et puissant et l'on mit la ville sur cet emplacement de favorable augure.

turner  Didon construisant Carthage

William   Turner :   Didon  construisant   Carthage (1815)

La mort de Didon-Elissa

Demandée en mariage par Hiarbas, le roi des Lybiens (Maxitani), Elissa refuse mais pressée (et trompée) par son peuple elle feint d'accepter. Après avoir dressé un bûcher pour célébrer la mort de son mari et immolé de nombreuses victimes, elle se poignarde et se précipite dans les flammes.

D'abord sujette de Tyr, la cité de Carthage gagna peu à peu son indépendance et fut gouvernée plus tard par ses propres magistrats portant le titre de suffètes. Elle garda des liens étroits avec Tyr, la métropole, jusqu'au moment du siège d'Alexandre en 332 av.J.C. et l'anéantissement de la cité mère.

La part de l'histoire dans la légende

(François Decret: Carthage ou l'empire de la mer )

Certains éléments du texte de Justin font référence à des faits historiques qui peuvent être vérifiés par ailleurs:

-Ainsi d'après une tradition phénicienne rapportée par Ménandre d'Ephèse, parmi les rois de Tyr, " à Mattan succéda Pygmalion, qui vécut 56 ans et régna 47 ans.Dans la septième année de son règne, sa soeur s'enfuit et fonda en Lybie la cité de Carthage"

- autres points exacts: accordant à Acherbas le second rang dans la cité, et importance du culte de Melqart à Tyr; ils savaient également que dans le monde phénicien, le sacerdoce était héréditaire

- nous savons aussi que, plusieurs siècles durant les Carthaginois continuèrent à verser une redevance annuelle aux africains

-Enfin il est également exact que le nom de Maxitani (dans les textes grec Mazices) pour désigner la population autochtone, correspond à la plus ancienne appellation utilisée par les habitants de l'Afrique du Nord antique eux-mêmes.

Par contre l'épisode de la peau de boeuf et la découverte de la tete de cheval sont d'origine grecque.

Didon dans l'Enéide

Evidemment c'est à Virgile que revient la plus belle part du mythe :Tout le chant IV de l'Enéide est consacré aux amours de Didon et Enée.

Fuyant Troie sur les conseils de Vénus sa mère, Enée erre en Mediterranée jusqu'à Carthage où lui apparait Didon veuve et depuis Reine de la Cité. Subjugué par sa beauté, Enée néglige la mission divine dont il est investi tandis que Didon renonçant aux traditions, envisage de partager son pouvoir avec son amant étranger. Mercure dépêché par Jupiter rappelle à Enée ses devoirs et sa charge de fonder un nouvel état qui dépassera en puissance et en sagesse tous les précédents. Enée renonce douloureusement à Didon mais se soumet et décide de reprendre la mer. Instruite de son départ par la Renommée, Didon tente par tous les moyens de retenir son amant : amour, promesses, désespoir et enfin menaces dictées par la colère. Enée reste inflexible. Autant pour se punir elle-même que pour se venger, Didon choisi de mourir et s'écroule sur l'épée que lui a laissée Enée tandis que le Troyen fait voile pour l' Italie ou il doit fonder Rome.

Virgile L'Eneïde Louvaniste

(Traduction de l'Enéide de Virgile)

Autres liens:

Les phéniciens

 Iconographie :    http://www.ac-nancy-metz.fr/enseign/lettres/LanguesAnciennes/Textes/Virgile/Didon.htm 

J'ajoute à ce panorama si vaste en iconographie et autres liens divers sur le sujet, l'opéra de Berlioz Les Troyens inspiré de l'Eneide qui ne me semble pas avoir été cité et qui contient le magnifique duo entre Didon et Enée.

Les Troyens de Berlioz , origines et échos sur mon blog

Et  un de mes morceaux  favoris extrait  de l'opéra de  Berlioz:

Lu 1790 fois Dernière modification le dimanche, 10 mai 2015 14:41
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