mardi, 19 août 2014 00:00

Le poème d'Eloa Chant II

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Eloa ou la soeur des anges

d'Alfred de Vigny

rencontre  dans l'univers de Munch

Chant  II

Rencontre de Lucifer

( Extrait  du chant  2 du vers  325 au vers 511)

[...]
Non  moins belle apparut, mais non  moins  incertaine,
De l’Ange ténébreux,  la forme encore  lointaine,
Et des enchantements non  moins délicieux
De la Vierge céleste  occupèrent les  yeux.
Comme un cygne  endormi qui seul, loin de la rive,
Livre son aile blanche à  l’onde fugitive,
Le jeune  homme inconnu  mollement s'appuyait
Sur ce lit de vapeur qui sous ses bras fuyait.
[…]
Son front est inquiet ; mais son regard s’abaisse ,
Soit que sachant des  yeux sa force enchanteresse,
Il veuille ne montrer d’abord que par degrés
Leurs rayons caressants encore mal assurés,
Soit qu’il redoute  aussi  l’involontaire flamme
Qui dans  un seul regard révèle  l’âme à l’âme.
[…]
Voici les mots qu’il dit  à la fille de  Dieu :  
 [...]
Ainsi  l’esprit parlait. A sa voix caressante,
Prestige préparé contre  une âme innocente,
A ces douces  lueurs, au  magique appareil
De cet Ange si doux, a ses frères pareil,
L’habitante des Cieux de son aile  voilée,
Montait en reculant sur sa route étoilée,
Comme on voit la baigneuse au milieu des roseaux
Fuir  un jeune nageur qu’elle a vu sous les eaux.
[…]
______
Je suis celui qu’on aime et qu’on ne connaît pas.
Sur  l’homme j’ai fondé  mon empire de  flamme
Dans les désirs du cœur, dans  les rêves de  l’âme,
Dans  les  liens des corps, attraits mystérieux
Dans les trésors du sang, dans  les regards  des yeux.
[…]
Moi j’ai  l’ombre muette, et  je donne  à la terre
La volupté des soirs et  les biens du mystère.
Es-tu venue, avec quelques Anges des cieux,
Admirer de  mes nuits  le cours  délicieux ?
As-tu vu  leur trésors ? Sais-tu quelles merveilles
Des Anges ténébreux accompagnent les veilles ?  
 
[…]
Au fond de l’orme épais dont l’abri les accueille,
L’hymne de volupté fait tressaillir les airs,
Les arbres  ont  leurs chants,  les buissons  leur concerts,
Et sur  les bords d’une eau qui gémit et s’écoule
La colombe  de nuit languissamment roucoule
________
« La voilà sous tes yeux l’œuvre du Malfaiteur ;
Ce méchant qu’on accuse est un Consolateur
Qui  pleure sur  l’esclave et  le dérobe au  maître,
Le sauve  par l’amour des chagrins de son  être,
Et dans  le mal commun  lui-même enseveli,
Lui donne un peu de charme et quelquefois  l’oubli. »
Trois fois, durant ces mots, de l’Archange naissante
La rougeur colora  la joue  adolescente,
Et  luttant  par trois fois contre  un regard  impur,
Une paupière d’or  voilà ses yeux d’azur.

Lu 1169 fois Dernière modification le mercredi, 20 août 2014 00:01

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