mardi, 28 janvier 2020 19:44

Du recueil : Les soirs (1887)

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Maximilen  Luce : Londres Maximilen Luce : Londres

A Georges Rodenbach
Recueil  de  1887 qui compose "la trilogie  noire" avec  les  débâcles et  les  flambeaux  noirs.

  • Les malades
  • Décors liminaires
  • Les complaintes
  • Humanité
  • Les armes du soir
  • Sous les porches*
  • Lassitude*
  • Attirances
  • Tourment
  • Illusion
  • Ressouvenir
  • Le gel
  • insatiablement
  • Les chaumes
  • Fleur fatale*
  • Londres
  • Le moulin
  • Les rues
  • Les voyageurs
  • L’idole
  • Les arbres*
  • Les vieux chênes
  • Le cri
  • Infiniment
  • Mourir
  • A ténèbres

Sous  les  porches

L’ombre s’affermissait sur les  plaines captives,

Et, de ses  murs, barrait les horizons  d‘hiver,

Comme en  un tombeau  noir, de vieux astres de  fer

Brûlaient, touant  le ciel de leurs flammes votives.

 

On se sentait serré dans un monde  d’airain,

Où quelque part,  au  loin, se dresseraient  des pierres

Effrayantes et qui seraient les idoles guerrières

D’un peuple  encor enfant, terrible et souterrain.

 

Un air glacé mordait les tours et  les demeures,

Et le silence  entier serrait comme  un effroi,

Et nul cri  voyageur, au  loin. Seul  un beffroi,

Immensément vêtu de nuit, cassait les  heures.

 

On entendait  les  lourds  et tragiques  marteaux

Heurter, comme des blocs, les bourdons taciturnes ;

Et les coups s’abattaient, les douze coups nocturnes,

           Avec  l’éternité sur les cerveaux.

 

Lassitude

La terre  immensément s’efface au fond des  brumes

Et  lentement aussi  les  frênes lumineux

D’automne et lentement et longuement les  noeuds

Des  ruisselets dans  l’herbe et leurs bulles d’écumes ;

Lointainement  encor des sons pauvres et  las.

Voix par des voix lasses  au fond des  soirs  hélées ;

Des  mendiants qui vont, sait-on vers  où,  là-bas ?

Et des rames en désaccord, et  l’autre,  et l’une.

Et  boitantes et tombantes – et,  longuement,

Un vol d‘oiseaux qui  plane et plane et, lourdement.

Chavire en un ciel  gris, où se fane la lune. 

 

Fleur  fatale

 

L’absurdité grandit  comme  une fleur  fatale

Dans le terreau des sens, des cœurs et des cerveaux.

Plus rien, ni des héros, ni des  sauveurs  nouveaux ;

Et nous restons croupir dans la   raison  natale.

 

Je veux  marcher  vers la  folie et ses soleils,

Ses grands soleils de  lune au grand  midi,  bizarres,

Et ses  lointains échos  mordus de tintamarres

Et d‘aboiements,  là-bas, et pleins  de chiens  vermeils.

 

Lacs de roses, ici, dans la neige,  nuage

Où nichent des  oiseaux dans des  plumes de vent ;

Grottes  de soir,  avec  un  crapaud  d‘or devant,

Et qui  ne bouge et  mange  un coin de paysage.

 

Becs de  hérons, énormément  ouverts  pour rien,

Mouche  , dans  un  crayon, qui s’agite,  immobile :

L’inconscience  gaie  et le  tic-tac débile

De la tranquille  mort des  fous.

 

Les arbres

Quand  les terreaux, déjà roussis et purpurins,,

Flamboient, sous  les couchants mortuaires d’automne,

On voit, d’un carrefour livide et  monotone,

Partir  pour  l’infini les arbres  pèlerins ;

 

Les  pèlerins  s’en  vont, grands  de  mélancolie,

Pensifs, pieux et lents, par  les routes du soir,

Les  pèlerins géants et  lourds et laissant choir

Leur  feuillage de pleurs de tristesse et de  lie ;

 

Les  pèlerins  marchands  invariablement,

Toujours,  sur double rang, depuis combien  d‘années ?

Toujours, vers  l’horizon et ses  gloires  fanées

Et  son  insurmontable et despotique  aimant ;

 

Les  pèlerins, dont  les  manteaux tout  en  lumière,

Mordus  par  le soleil vespéral qui  s’endort,

Apparaissent ainsi que des vêtements d’or,

Trainés, dans un chemin d’encens  et de  poussière ;

 

Les  pèlerins, aux  vieux  sommets  houleux et  fous,

Que regardent  passer,  le long  de  leurs  sillages,

De mystiques hameaux et de  fervents villages,

Courbés dans  la  prière et jetés  à genoux.

Lu 469 fois Dernière modification le mercredi, 11 mars 2020 19:23

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