jeudi, 12 novembre 2015 22:36

Montesquieu

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Charles Louis de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu
1689-1755

Biographie

(extrait Académie Française)

Né au château de la Brède, près Bordeaux, le 18 janvier 1689.

Il fut, à l’âge de vingt-sept ans, président à mortier au parlement de Bordeaux, poste qu’il conserva jusqu’en 1726 et il prononça de nombreux discours. Il fut l’un des fondateurs de l’académie de cette ville et lui communiqua des Mémoires ; il appartint aussi à celle de Nancy.

Montesquieu publia les Lettres persanes, sans nom d’auteur, à l’âge de trente-deux ans ; elles obtinrent un très vif succès. Bien que combattu par le parti religieux, il fut élu à l’Académie en 1725, mais son élection fut annulée parce qu’il résidait en province ; il vint alors à Paris, fut présenté à Mme de Lambert par l’abbé de Saint-Pierre, fréquenta le club de l’Entresol, les salons de Brancas, d’Aiguillon, du Deffant, de Tencin, Geoffrin, et se représenta à l’Académie en 1727 pour succéder à Louis de Sacy, déclarant que s’il n’était pas nommé il quitterait la France. Son élection était certaine, alors ses adversaires lui opposèrent ses Lettres persanes ; il para cette attaque en en faisant faire rapidement une édition expurgée qu’il présenta au premier ministre le cardinal de Fleury, en rejetant sur les éditeurs les fautes qu’on lui avait reprochées. Fleury feignit d’être dupe, se désintéressa de l’élection et Montesquieu fut élu le 5 janvier 1728 contre Mathieu Marais. Ce fut la première grande victoire du parti philosophique. Il fut reçu le 24 janvier 1728 par Roland Mallet, mais la froideur que lui témoignèrent ses nouveaux confrères, même ceux qui étaient ses amis, l’engagea à voyager à travers l’Europe et il fréquenta peu l’Académie.

Lorsque le roi refusa son consentement à l’élection de Piron, Montesquieu obtint pour l’auteur de la Métromanie, par l’intermédiaire de Mme de Pompadour, une pension de mille livres, Montesquieu publia le Temple de Gnide, les Causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, mais son œuvre capitale est l’Esprit des Lois qu’Helvétius et Saurin lui déconseillèrent de publier et qui eut vingt-deux éditions en dix-huit mois. Lorsqu’il mourut il y eut très peu de monde à son enterrement ; d’après Grimm, Diderot fut le seul homme de lettres qui y assista.

D’Alembert et Villemain ont écrit un Éloge de Montesquieu. Sainte-Beuve, deux Causeries.

Mort le 10 février 1755.

Un  penseur à  lire   avec circonspection  , compte tenu  notamment  de   ses  positions pour le moins  ambigües sur l'esclavage   dans  L'Esprit des  lois .

À propos de l'ironie du chapitre V du Livre XV

L'exercice scolaire du commentaire littéraire, quelle qu'en soit la vertu, ne retient, le plus souvent, que le seul chapitre V du Livre XV de L'esprit des lois, pour illustrer la position de Montesquieu sur « l'esclavage des Nègres ».

On ne peut que s'étonner de voir comment « ce texte éminemment classique, voire 'canonique', est proposé aux élèves des classes secondaires ». Un tel « statut » devrait pourtant lui valoir « une attention particulière », une « rigueur » dans l'explication et l'exploitation. Mais on s'aperçoit, tout au contraire, « qu'il est présenté de manière fort peu soigneuse, sans le moindre respect de son intégrité ». Une « pareille désinvolture » interroge : pourquoi les travaux les plus savants dont ce texte a fait l'objet sont-ils si étrangers au grand public et aux enseignants du secondaire ?

Par ailleurs, l'analyse centrée sur ce seul chapitre, isolé des Livres consacrés à l'esclavage dans L'Esprit de lois, à l'exemple de celle proposée par René Pommier, présente deux défauts majeurs : ce texte est donné comme le « dernier mot de Montesquieu » sur cette institution alors qu'il s'agit d'un « rejet des prétendues origines du droit d'esclavage » et l'argumentation générale de L'Esprit des lois est expurgée de la « véritable origine » du droit de l'esclavage qui, selon Montesquieu, serait fondée « sur la nature des choses » (XV, chap. VI et VII) qui justifie les pires abus. Thèse naturaliste que même les plus fervents admirateurs de Montesquieu en son temps, comme Marat, n'avaient pas manqué de relever :

   « Le climat modifie aussi le degré de la servitude ou de la liberté des différens peuples de la terre. La diverse température de l'air ayant une si prodigieuse influence sur la force du corps et la hardiesse de l'esprit, il est simple que la lâcheté des peuples du Midi les ait presque tous rendus esclaves ; tandis que le courage des peuples du Nord les a presque tous maintenus libres. »

De plus, la question de l'utilisation de l'ironie [archive] par Montesquieu, dont les modalités sont délicates à décrire, ainsi que l'atteste par exemple l'analyse logique de J. Depresle et d'Oswald Ducrot, ne se résout nullement dans la seule constatation, sans ambiguïté possible, du sens « anti-esclavagiste » de ce chapitre V, à moins de supposer une axiomatique ou une koinè rhétorique partagée « par la quasi totalité des lecteurs » de Montesquieu, comme le fait René Pommier79. Sur ce point, on fera remarquer que « toutes les descriptions de l'ironie que ce célèbre chapitre a occasionnées divergent dans la façon dont elles décrivent le renversement ironique ».

Condorcet, dans une note insérée au bas de la page 41 de ses Réflexions sur l'esclavage des nègres, donne une effroyable illustration de cette difficulté du renversement de l'ironie et de ses conséquences qui peuvent être tragiques :

   « Il y a quelque temps que les habitants de la Jamaïque s'assemblèrent pour prononcer sur le sort des mulâtres, & pour savoir si, attendu qu'il était prouvé physiquement que leur père était Anglais, il n'était pas à propos de les mettre en jouissance de la liberté & des droits qui doivent appartenir à tout Anglais. L'assemblée penchait vers ce parti, lorsqu'un zélé défenseur des privilèges de la chair blanche s'avisa d'avancer que les Nègres n'étaient pas des êtres de notre espèce, & de le prouver par l'autorité de Montesquieu ; alors il lut une traduction du chapitre de L'Esprit des lois sur l'esclavage des Nègres. L'assemblée ne manqua pas de prendre cette ironie sanglante contre ceux qui tolèrent cet exécrable usage, ou qui en profitent pour le véritable avis de l'auteur de L'Esprit des lois; & les mulâtres de la Jamaïque restèrent dans l'oppression. »

Cette anecdote, telle que Condorcet la rapporte, montre que l'« ironie sanglante » de ce texte a été, pour le moins, inefficace à lutter contre l'« oppression ». Ce qui explique pourquoi Condorcet ne donne jamais Montesquieu pour digne « déclamateur » contre l'esclavage, comme il le fait, dans la suite de cette anecdote, pour Le Gentil et, un peu loin, pour Bernardin de Saint-Pierre.

Qui plus est, tous les arguments de ce chapitre ne relèvent pas d'un retournement contraire et, pour ceux que l'on peut retourner, comme « les indices de l'ironie sont souvent incertains » ou équivoques, personne ne les renverse de la même manière. Comment et pourquoi retourner, par exemple, l'argument économique sur le coût des biens d'importation en provenance des colonies d'autant que, selon Montesquieu, la « navigation d'Afrique » est « nécessaire » pour fournir « des hommes pour le travail des mines et des terres de l'Amérique » ? Le voici :

   « Le sucre seroit trop cher, si l'on ne faisoit travailler la plante qui le produit par des esclaves. »


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(lu  le 28.11.2017)

 

Lu 675 fois Dernière modification le mardi, 28 novembre 2017 16:48
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