dimanche, 17 février 2013 00:00

Serge Prokofiev

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(1891-1953)

Un compositeur pour qui j'ai une affection particulière ; sans doute celui qui a le plus contribué à ma découverte de la musique contemporaine dans une expérience personnelle.

Un peu comme pour Debussy, la première audition de son Concerto pour violon n° 1 par exemple peut paraître déroutante pour une oreille habituée aux harmonies classiques. L'oreille doit s'éduquer et apprivoiser ces genres quand ils lui sont nouveaux.

Mais alors quelles richesses, ils nous prodiguent en élargissant le champ de nos émotions.

Prokofiev est aussi pour moi , le premier créateur des Bandes Originales qui transcendent un film . Je pense à ses œuvres qui sont devenues Cantates quand il collabora avec Eisenstein pour Alexandre Nevski et Ivan le terrible.

Il est encore le compositeur du ballet Roméo et Juliette où il a équilibré dans ce genre si particulier , l'esthétique du mouvement du corps humain et celle de la musique, portées toutes deux par l'émotion d'un mythe éternel.

Sa vie son oeuvre

Naissance à Ekaterinoslav en Ukraine le 23 avril 1891

Très tôt , il s'inscrit en réaction face aux courants issus du XIX avec le désir de tourner la page du romantisme.

En 1914 il rencontre Serge Diaghilev.

La suite Scythe lors de sa création en 1916, scandalise par son audace : l'effectif instrumental requis et son utilisation agressive, soulignait la nouveauté d'un langage harmonique très dur .
Il cultive un langage violent avec un réalisme dramatique hors du commun.

Puis retour au classicisme qui s'épanouit dans la symphonie n°1 dite symphonie classique

En 1918 il obtient de quitter la Russie et se fixe aux Etats Unis.

Trois années en Amérique le révèlent comme pianiste et comme compositeur.

Il compose un opéra : L'amour des trois oranges, crée en 1921 à Chicago puis le Concerto pour piano, l'une de ses œuvres les plus populaires.

A Paris il retrouve Diaghilev qui lui commande 3 ballets : Chout en 1921 ; Le Pas d'acier en 1928, Le fils prodigue.

Ier concerto pour violon en 1923 et 2ème symphonie .

En 1923 , épouse une soprano espagnole Carlina Codina

Avec Le Pas d'acier et la Symphonie n° 2 il se tourne vers le constructivisme, mouvement artistique notamment en peinture , sculpture , architecture développé au début du siècle en Russie culminant par le slogan « l'art est mort ;Vive l'art de la machine » (Tatline , Le Corbusier) et l'idéal d'une esthétique fonctionnelle . Prokofiev, plus tard reniera plus ou moins cette période pour ses propres œuvres. Selon sa formule qu'il proclama en 1934 "le compositeur devait être compréhensible sans pour autant tomber dans l'artisanal ni dans le vulgaire "

Dès la fin des années 1920 Prokofiev ressent le besoin d'un retour en URSS, qu'il réalisera en 1929 après la mort de Diaghilev qui le rattachait au monde occidental. Il est salué comme l'enfant prodigue.

Il compose de nouveaux concertos pour piano, le cinquième étant considéré comme une sorte de couronnement.

La période soviétique (1933-1953 )

Il se fixe définitivement en 1932 et reçoit rapidement des commandes d'état : Lieutenant Kijé, 1933) Pierre et le loup ,(1936) Roméo et Juliette 1935-1938).

Création du concerto pour violon n°2 en sol mineur opus 63, dont vous pourrez écouter 2extraits contrastés:

( Maxim Vengerov violon, dir. Rostropovitch)

1er mouvement aux accents très  modernes  {youtube}https://www.youtube.com/watch?v=6jh_jQ9Sq80{/youtube}

2ème mouvement que j'ai envie  de  dire  tendre  et romantique  {youtube}https://www.youtube.com/watch?v=LQPh9QCv8G4{/youtube}

Il reprend la citoyenneté soviétique en 1937.

Le régime stalinien commence alors à se durcir et l'emprise du pouvoir ne cesse de s'affirmer dans le domaine artistique. Sa cantate pour le XX ème anniversaire de la révolution d'octobre est mal accueillie.

1938 Il collabore au film d'Eisenstein Alexandre Nevski. (sur youtube "bataille sur la glace"

1939, opéra Siméon Kotko inspiré par des évènements de la guerre civile en Ukraine

1940 Rencontre de Myra Mendelssohn sa future compagne. Elle joue un rôle essentiel dans l'orientation dramatique et le choix de ses œuvres avant d'être condamnée en 1946 à 8 ans de camp de travail.

1941-1952 Opéra Guerre et paix d'après Tolstoï

1945 Nouvelle collaboration avec Eisenstein pour le film Ivan le terrible.

Des jeunes interprètes soviétiques, propagateurs d'une musique moins officielle Sviatoslav richter, Emil Guilels, David Oistakh lui fournissent un appui pour ses compositions plus novatrices.

En 1946 il est assigné à résidence à Nikolina Gora non loin de Moscou où il compose son opéra Un homme véritable qui traite de l'héroïsme du pilote Alexei Meresiev. Il devra attendre la déstalinisation en 1960 pour être représenté ; il retrouve les faveurs des autorités avec l'oratorio La garde de la paix et le poème symphonique « la rencontre de la Volga et du Don »

En 1952 il remanie pour Rostropovitch son concerto pour violoncelle op 33 qui devient la symphonie concertante op. 125

1948-1953 nouveau ballet : La fleur de pierre et son ultime symphonie la 7ème.

Il laissera de nombreuses œuvres inachevées .

Il meurt le 5 mars 1953 le même jour que Staline et sa mort passe pratiquement inaperçue.

Musique pure avant tout

L'esthétique de la musique de Prokofiev reste difficile à définir à cause de ses nombreuses facettes.Prokofiev reconnaissait trois directions essentielles à son art :

- une tendance classique (résurgence de la prime enfance )

- une tendance novatrice (a la recherche d'une harmonie originale permettant de traduire les émotions fortes

- une tendance constructiviste « la moins valable des trois ».

Il ajoutait le lyrisme et le grotesque.

Prokofiev , remaniait souvent ses œuvres soit en tirant des suites d'orchestre de ses ballets ou de ses musiques de film soit en les transcrivant ou encore en réutilisant le même matériau thématique.
Seuls le début et la fin de sa carrière correspondent à des orientations esthétiques précises :agressivité rythmique et harmonique, contrastes violents entre le sarcasme brillant et un indéniable sens élégiaque dans le premier cas, dépouillement frisant l'austérité mais parfois intensément dramatique dans le second (période soviétique) caractère descriptif de sa musique de film fidèle à la musique pure . Son lyrisme s'est affirmé progressivement au fil des partitions faisant de lui un des plus authentiques musiciens russes du XXème siècle..
(Source:Les Essentiels d'Universalis)

Lu 813 fois Dernière modification le lundi, 08 septembre 2014 23:12
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