vendredi, 25 janvier 2013 00:00

Théâtre

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Fédérico Garcia Lorca
Théâtre
Noces de sang

Une presque banale histoire d'amour à trois sous la malédiction des morts violentes et des haines familiales. Mais avec la poésie de Lorca pour en exprimer la passion.

Traduction de  Marcelle  Auclair
Traduction  des poèmes  :  Jean  Prévost
La traduction de Noces de sang  a été faite   d'après  le manuscrit   original de   Federico  Garcia Lorca.1)

La Fiancée

Je suis partie avec l'autre. Je suis partie(avec angoisse) Toi aussi tu l'aurais suivie ! J'étais brûlée, couverte de plaies en dedans et en dehors. Ton fils était l'eau fraîche dont j'attendais des enfants, la santé. Mais l'autre était un fleuve obscur sous la ramée. Il apportait vers moi la rumeur de ses joncs, sa chanson murmurante. Je courais avec ton fils qui , lui , était tout froid comme un petit enfant de l'eau. Et l'autre par centaine m'envoyait des oiseaux qui m'empêchaient de marcher et qui laissaient du givre sur mes blessures de pauvre femme flétrie, de jeune fille caressée par le feu... Je ne voulais pas, entends moi bien , je ne voulais pas .. ton fils était mon salut et je ne l'ai pas trompé, mais le bras de l'autre m'a entraînée comme un paquet de mer, comme vous pousse le coup de tête d'un mulet. Et même si j'avais été une vieille femme avec tous les enfants nés de ton fils accrochés à mes cheveux, il m'aurait emportée...
(Acte III , deuxième  tableau)

La Lune

Je suis le cygne rond sur l'eau,
La rosace des cathédrales,
Sur les feuilles et les rameaux,
Le mensonge d'une aube pâle.
Comment pourraient-ils s'échapper?
Qui se cache ? Qui va pleurer
Dans les ronces de la vallée?
La Lune abandonne un couteau
Dans l'air de la nuit qu'elle baigne,
Et le couteau guette d'en haut
Pour devenir douleur qui saigne.
Ouvre-moi ! J'ai froid quand je traîne
Sur les murs et sur les cristaux.
Ouvrez les poitrines humaines
Où je plonge pour avoir chaud.
J'ai froid et mes cendres faites
Des plus somnolents métaux
Cherchent par monts et par vaux
Un feu qui les brûle à sa crête.
La neige me porte pourtant
Sur son épaule jaspée
Et souvent me tient noyée
Dure et froide, l'eau des étangs.

                    Mais j'aurai cette nuit
Les joues rouges de sang,
Moi et les joncs unis
Que balance le vent.
Pas d'abri ni d'ombre qui tienne
Pour qu'ils puissent m'échapper :
Je veux une poitrine humaine
Où pouvoir me réchauffer.
J'aurai un coeur pour moi
Tout chaud qui jaillira
Sur les monts de ma poitrine...
Laissez-moi entrer, laissez-moi...

                                                      (aux branches :)

Je ne permets plus les ombres,
Mes rayons auront jeté
Jusqu'au dedans des troncs sombres
Une rumeur de clartés.
Que cette nuit je passe
Le doux sang sur ma face
Et les joncs réunis
Que balance la nuit...
Qui se cache ? Allez-vous-en...
Non pas d'abri. Leur mort est prête.
Je fais briller sur les bêtes
Une fièvre de diamants.

Yerma

Le désespoir d'une femme privée de maternité. Lente descente aux enfers de la femme stérile. Amour inutile de l'homme qui n'apporte pas de fruit.

Yerma

Ah ! quel domaine désolé !
Quel seuil fermé à la beauté !
L'air tend les dahlias de lune endormie
Quand je veux souffrir pour un fils.
Et les deux sources de lait tiède
Sont dans l'épaisseur de ma chair
Deux pulsations de cheval
Qui font mieux battre mon tourment.
O seins aveugles sous ma robe,
Colombes sans yeux, sans blancheur !
Le sang prisonnier que j'endure
Pique des guêpes sur ma nuque.
Mais tu dois naître mon enfant,
Parce que l'eau donne du sel,
Le sol , les fruits,
Et l'avenir tient dans nos flancs
Comme la nue porte la douce pluie
Acte  II  Deuxième tableau )

La chanson de Yerma

D'où viens-tu, amour , mon enfant?
"De la crête acérée du froid"
Que veux-tu ,amour mon enfant?
"La tiédeur de ton vêtement."

Que les rameaux s'agitent au soleil
Et qu'alentour bondissent les fontaines !

Le chien jappe dans la cour,
Le vent chante dans les arbres,
Le bouvier fait mugir les boeufs,
La lune frise mes cheveux.
Que réclame l'enfant lointain ?

"Les blanches cimes de ton sein "
Que les rameux s'agitent au soleil
Et qu'alentour bondissent les fontaines !

Je te dirai oui, mon agneau,
Déchirée et cassée pour toi,
Quelles douleurs sous la ceinture
Qui sera ton premier berceau !
Quand te mettras-tu en chemin ?

"Quand tu sentiras le jasmin "
Que les rameaux s'agitent au soleil
Et qu'alentour bondissent les fontaines !

........

Autres pièces de Théâtre :Dona Rosita ,Le Maléfice de la Phalène, Mariana Pinéda, Le Guignol au Gourdin, La Savetière prodigieuse, Les Amours de Don Perlimplin avec Bélise en son jardin, Le Petit Retable de Don Cristobal, Lorsque cinq ans auront passé, La Maison de Bernarda Alba, Le Public , Petit Théâtre.

1) Message   édité suite au  commentaire  d'Alex,du 17.09.2014..

lorca noces de sang  4ème de couverture interessante pour  les relations  entre  Loca et la traductrice

Lu 1281 fois Dernière modification le mercredi, 17 septembre 2014 21:22
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4 Commentaires

  • Lien vers le commentaire MJ vendredi, 21 août 2015 22:43 Posté par MJ

    Merci. Je ne suis la plupart du temps qu'un modeste passeur . Je suis contente si ces pages vous plaisent.

  • Lien vers le commentaire http://www.health-report.be/ lundi, 17 août 2015 20:39 Posté par http://www.health-report.be/

    Vous écrivez des choses vraiment intéressantes. Remarquable

  • Lien vers le commentaire MJ mercredi, 17 septembre 2014 19:57 Posté par MJ

    Bonjour,
    La traduction est de Marcelle Auclair en collaboration avec Jean et Michel Prévost et Paul Lorenz. collection NRF chez Gallimard de 1959 . Je vais vous poster ici , dans la soirée, la photo de couverture de l'ouvrage. La quatrième est intéressante pour situer la relation étroite entre Lorca et Marcelle Auclair .
    Merci pour votre intérêt.

  • Lien vers le commentaire Alex mercredi, 17 septembre 2014 14:44 Posté par Alex

    De qui est cette traduction s-il vous plait ?

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