vendredi, 24 avril 2015 17:52

Guérin Charles

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1873-1907
Mort à 33ans
Entre symbolisme  et parnassiens
Influence de  Rodenbach, ami de Fancis Jammes

Que m’importe la ville

Que m’importe la  ville  où  je me  trouve  ici ?

J’ai  pris le  train  pour  fuir  mon  cruel  vieux  souci,

Je  suis  sur un  balcon, la nuit  et  c’est  décembre.

Il fait  derrière moi  noir  et  doux  dans ma chambre

Sous mes pieds  roule un  fleuve  immense dont les flots

Se  bousculent  dans l’ombre  avec de  grands sanglots.

 Je  vois des toits, des  quais,  des ponts  couverts  de  neige.

Une  bise  assidue  et  sifflante  m’assiège,

Mais je souffre  d’un feu  si  brûlant  dans le  cœur,

Que j’ouvre à l’air  glacé  ma bouche  avec bonheur.

Tout ce que l’âpre  amour qui  me  domine entraîne

De  désir  de  doute, et  d’espoir et de haine

Bouillonne en  moi  sans fin  comme  un ferment impur ;

Et, traversant le  fond  de mon esprit  obscur,

La vie encore à  vivre et les choses passées

Y forment  un affreux désordre de pensées,

Tandis que, suspendu sur le  fleuve  au grand  bruit,

Je m’enivre  des vents  qui  viennent  de la nuit  .

( L’Homme  intérieur.)

Lu 755 fois Dernière modification le vendredi, 24 avril 2015 18:01
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2 Commentaires

  • Lien vers le commentaire MJ mercredi, 06 mai 2015 23:07 Posté par MJ

    J'ai beau apprécié les vers libres , ces vers bien rimés ont beaucoup de charme . Très joli le poème que tu proposes :
    " Écoute au gré du vent la glycine frémir.
    C'est le soir ; il est doux d'être seuls sur la terre, " ....
    Merci.

  • Lien vers le commentaire Sunny mercredi, 06 mai 2015 17:28 Posté par Sunny

    J'aime beaucoup Charles Guérin.
    Je l'ai découvert tardivement, car il n'est guère dans l'air du temps, avec son écriture délicate et un peu surannée ...

    L'amour nous fait trembler comme un jeune feuillage,
    Car chacun de nous deux a peur du même instant.
    " Mon bien-aimé, dis-tu très bas, je t'aime tant...
    Laisse... Ferme les yeux... Ne parle pas... Sois sage...

    Je te devine proche au feu de ton visage.
    Ma tempe en fièvre bat contre ton cœur battant.
    Et, le cou dans tes bras, je frissonne en sentant
    Ta gorge nue et sa fraîcheur de coquillage.

    Écoute au gré du vent la glycine frémir.
    C'est le soir ; il est doux d'être seuls sur la terre,
    L'un à l'autre, muets et faibles de désir.

    D'un baiser délicat tu m'ouvres la paupière ;
    Je te vois, et, confuse, avec un long soupir,
    Tu souris dans l'attente heureuse du mystère.

    Charles Guérin

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