jeudi, 06 mars 2014 00:00

Pessoa alias Alvaro de Campos , Aujourd'hui je suis triste...

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Aujourd'hui je suis triste comme un bateau noir sous le soleil.

Ma joie s'en est allée au loin avec les valises.

Mon coeur va et vient dans la maison du silence

Ouvrant toutes les portes pour scruter les pièces.

Et tout cela qui n'a aucun sens,

C'est là le sens essentiel de ma vie...

Je me souviens bien de son regard.

Elle traverse encore mon âme

Comme un trait de feu dans la nuit.

Je me souviens bien de son regard. Le reste ...

Oui, le reste ne ressemble qu'à la vie.

Hier, j'ai arpenté les rues comme n'importe qui.

J'ai regardé les vitrines sans m'y intéresser

et je 'ai pas trouvé d'amis avec qui parler.

Tout à coup j'ai vu que j'étais triste, mortellement triste,

Si triste qu'il m'a semblé qu'il serait impossible

De vivre demain, non pas que je meure ou me supprime,

Mais parce qu'il serait impossible de vivre demain , voilà tout.

Je fume, je rêve, bien calé dans le fauteuil.

Vivre me fait souffrir comme une position malcommode.

Il doit y avoir des îles là-bas au sud des choses

Où souffrir est une chose plus douce,

Où vivre coûte moins à la pensée,

Et où l'on peut fermer les yeux et s'endormir sous le soleil

Et se réveiller sans avoir à penser à des responsabilités sociales

Ni quel jour du mois ou de la semaine on est aujourd'hui.

J'abrite dans ma poitrine, comme une ennemi que je redoute d'offenser.,

Un coeur exagérément spontané

Qui sent tout ce que je rêve comme si c'était réel,

Qui bat avec son pied la mélodie des chansons qu'entonne ma pensée,

Chansons tristes, comme les rues étroites quand il pleut.

Donnez-moi des roses, des lys,

Donnez-moi des fleurs , de nombreuses fleurs,

N'importe quelles fleurs , pourvu qu'elles soient nombreuses...

Non, pas même de nombreuses fleurs, parlez-moi seulement

De me donner de nombreuses fleurs.

Et même pas... Ecoutez-moi seulement avec patience quand je vous demande

De me donner des fleurs...

Ainsi soient les fleurs que vous me donnez ...

Ah, ma tristesse devant les bateaux qui passent sur le fleuve

Sous le ciel gorgé de soleil !

Mon agonie devant la réalité lucide !

Je désire pleurer absolument comme un enfant,

La tête appuyée sur les bras croisés par-dessus la table,

Et la vie sentie comme une brise qui me frôle le cou,

Pendant que je pleurerais dans cette position.

L'homme qui aiguise son crayon à la fenêtre du bureau

Attire mon attention sur les mains de son geste banal.

Qu'il y ait un crayon, l'aiguisage d'un crayon, et quelqu'un

qui aiguise à la fenêtre, voilà qui est étrange !

Que ces choses soient réelles, voilà qui est fantasmagorique !

Je le regarde jusqu'à en oublier le soleil et le ciel.

Et la réalité du monde me donne un de ces maux de tête !

La fleur tombée sur le sol.

La fleur fanée (rose blanche qui jaunit)

Tombée sur le sol...

Quel est le sens de la vie ?

Lu 940 fois Dernière modification le vendredi, 15 août 2014 23:17
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