jeudi, 14 novembre 2019 11:39

Poèmes

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Gaspar David  Friedrich La tombe  de Hutten 1823 Gaspar David Friedrich La tombe de Hutten 1823

traduction de  Stephane  Mallarmé

Annabel Lee

   Il y a mainte et mainte année, dans un royaume près de la mer, vivait une jeune fille, que vous pouvez connaître par son nom d’Annabel Lee : et cette jeune fille ne vivait avec aucune autre pensée que d’aimer et d’être aimée de moi .

      J’étais un enfant et elle était un enfant, dans ce royaume près de la mer ; mais nous nous aimions d’un amour qui était plus que de l’amour, --moi et mon Annabel Lee ; d’un amour que les séraphins ailées des cieux convoitaient, à elle et à moi.

   Et ce fut la raison que, il y a longtemps, --un vent souffla d’un nuage, glaçant ma belle Annabel Lee ;de sorte que ses proches de haute lignée vinrent, et me l’enlevèrent pour l’enfermer dans un sépulcre, en ce royaume près de la mer .

   Les anges, pas à moitié si heureux aux cieux, vinrent , nous enviant, elle et moi – Oui c’e fut la raison (comme tous les hommes le savent dans ce royaume près de la mer) pourquoi le vent sortit du nuage la nuit, glaçant et tuant mon Annabel Lee.

   Ca la lune jamais ne rayonne, sans m’apporter des songes de la belle Annabel Lee ; et les étoiles jamais ne se lèvent que  je ne sente les brillants yeux de la belle Annabel Lee ; et ainsi, toute l’heure de la nuit, je repose aux côtés de ma chérie, --de ma chérie,-- ma vie et mon épousée, dans ce sépulcre près de la mer, dans sa tombe près de la bruyante mer.

   Mais, pour notre amour, il était plus fort de tout un monde que l’amour de ceux plus âgés que nous ; -- de plusieurs de tout un monde plus sages que nous. – et ni les anges là-haut dans les cieux, -- ni les démons sous la mer ne peuvent jamais disjoindre mon âme de la très belle Annabel Lee.

La dormeuse

   A minuit, au mois de Juin, je suis sous la lune mystique : une vapeur opiacée, obscure, humide, s’exhale hors de son contour d’or et, doucement se distillant, sur le tranquille sommet de la montagne, glisse avec assoupissement et musique, parmi l’universelle vallée. Le romarin salue la tombe, le lis flotte sur la vague ; enveloppant de brume son sein, la ruine se tasse dans le repos ; comparable au Léthé, voyez ! le lac semble goûter un sommeil   conscient et pour le monde, ne s’éveillerait. Toute Beauté dort : et repose, sa croisée ouverte au ciel, Irène avec ses Destinées.

   Oh ! dame brillante, vraiment, est-ce bien cette fenêtre ouverte à la nuit ? Les airs folâtres se laissent choir du haut de l’arbre rieusement par la persienne ; les airs incorporels, troupe magique, voltigent au-dedans et au-dehors de la chambre, et agitent les rideaux du baldaquin si brusquement – si terriblement – au-dessus des closes paupières frangées, où ton âme en somme gît cachée, que, le long du plancher et en bas du mur, comme des fantômes s’élève et descend l’ombre. Oh, dame aimée n’as-tu pas peur ? Pourquoi ou à quoi rêves-tu maintenant ici ? Sûr, tu es venue de par les mers du loin , merveille pour les arbres de ces jardins. Etrange est ta pâleur ! Etrange est ta toilette ! étrange par-dessus tout ta longueur de cheveux, et tout ce solennel silence !

   La dame dort ! oh ! puisse son sommeil, qui se prolonge, de même être profond. Le ciel en sa garde sacrée. La salle changée en une plus sainte, ce lit en un plus mélancolique, je prie Dieu qu’elle gise à jamais sans que s’ouvre son œil, pendant qu’errent les fantômes aux plis obscurs.

   Mon amour, elle dort ! oh ! puisse son sommeil, comme il est continu, de même être profond. Que doucement autour d’elle rampent les vers ! Loin dans la forêt, obscure et vieille, que s’ouvre pour elle quelque haut caveau – quelque caveau qui souvent a fermé les ailes noires de ses oscillants panneaux, triomphal , sur les tentures armoriées des funérailles de sa grande famille – quelque sépulcre, écarté, solitaire, contre le portail duquel elle a lancé, dans sa jeunesse, mainte pierre oisive, -- quelque tombe hors de la porte retentissante, de laquelle elle ne fera plus sortir jamais d’écho, frissonnante de penser, pauvre enfant de péché ! que c’étaient les morts qui gémissaient à l’intérieur .

Stances à Hélène

   Hélène ta beauté est pour moi comme ces barques nicéennes d’autrefois qui, sur une mer parfumée, portaient doucement le défait et le las voyageur à son rivage natal.

Par des mers désespérées longtemps coutumier d’errer, ta chevelure hyacinthe, ton classique visage, tes airs de Naïade m’ont ramené ainsi que chez moi à la gloire qui fut la Grèce, à la grandeur de   Rome.

   La ! dans cette niche splendide ‘une croisée, c’est bien comme une statue que je te vois apparaître, la hampe d ‘agate en la main ah ! Psyché ! de ces régions issue qui sont   terre sainte.

 

Eulalie

   J’habitais seul un monde de plaintes, et mon âme était une onde stagnante, avant que la claire et gentille Eulalie devînt ma rougissante épousée – avant qu’avec les cheveux dorés la jeune Eulalie   devint ma souriante épousée.

   Ah ! non – moins brillantes les étoiles de la nuit que les yeux de la radieuse fille ! et jamais flocon que la vapeur peut faire avec les teintes   pourpres et de   nacre de la lune, ne peut valoir en la modeste Eulalie la plus négligée de ses tresses – ne peut se comparer en Eulalie les yeux brillants à la plus humble et la plus insoucieuse de ses tresses.

   Maintenant , le Doute, -- maintenant la Peine, ne reviennent pas, car mon âme me donne soupir pour soupir ; et, tout le long du jour, luit, brillante et forte, Astarté dans le ciel, pendant que toujours sur elle la chère Eulalie lève son œil de jeune femme __pendant que toujours sur elle la jeune Eulalie lève les violettes de son œil.

Lu 60 fois Dernière modification le jeudi, 14 novembre 2019 22:57
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