dimanche, 09 juin 2013 00:00

Juliette

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Juliette : (Roméo et Juliette de William Shakespeare)

Acte II, Scène II (extrait)
(Le jardin des Capulet )
Entre Roméo

Roméo. - Il se rit des plaies, celui qui n'a jamais reçu de blessure.(Juliette apparaît à la fenêtre du balcon) Mais chut ! Quelle lumière point à la fenêtre ?Voilà l'Orient, et Juliette est le soleil.

Lève-toi beau soleil, et tue l'envieuse lune déjà malade et pâle de chagrin que toi sa servante tu sois plus belle qu'elle. Ne sois plus sa servante puisqu'elle est envieuse. Sa livrée de vestale est maladive et blême; Il n'y a que les sottes qui la porte, rejette-la. Voici la dame de mes pensées, voici ma bien aimée. Oh! si elle savait qu'elle est ma bien aimée ! Elle parle et pourtant ne dis mot, mais qu'importe? Ses yeux font un discours, je veux leur répondre. Je suis trop hardi, ce n'est pas à moi qu'elle parle. Deux des plus belles étoiles dans tout le ciel, ayant affaire ailleurs, supplient ses yeux de luire dans leur sphère jusqu'à ce qu'elles reviennent. Que serait-ce si ses yeux étaient là- haut et les étoiles dans sa tête? L'éclat de sa joue ferait honte aux étoiles, comme le jour à une lampe et ses yeux dans le ciel répandraient à travers la région aérienne une telle splendeur que les oiseaux chanteraient, croyant que ce n'est plus la nuit. Voyez comme elle appuie sa joue sur sa main. Oh ! que ne suis-je un gant sur cette main pour toucher cette joue !

Juliette. - Hélas !

Roméo. - Elle parle. Oh ! parle encore ange lumineux ! Car tu es aussi resplendissante dans cette nuit au-dessus de ma tête que peut l'être un messager ailé du ciel, aux yeux extasiés des mortels qui se rejettent en arrière pour le contempler, lorsqu'il chevauche les paresseux nuages et vogue sur le sein de l'air.

Juliette. - O Roméo, Roméo, pourquoi donc es-tu Roméo?Renie ton père et renonce à ton nom; ou si tu ne le veux pas, jure de m'aimer, et moi , je cesserai d'être une Capulet.

Roméo, à part. - Dois-je écouter encore, ou vais-je lui parler ?

Juliette. - C'est seulement ton nom qui est mon ennemi. Tu serais encore toi-même quand tu ne serais plus un Montaigu. Qu'est-ce que Montaigu ? Ce n'est ni main , ni pied, ni bras, ni visage, ni rien qui fasse partie d'un homme. Oh ! sois quelque autre nom . Qu'y a-t-il dans un nom ? Ce que nous appelons une rose sous un autre nom sentirait aussi bon. Ainsi Roméo, s'il ne s'appelait pas Roméo, garderait cette chère perfection qu'il possède en-dehors de ce nom. Roméo, rejette ton nom, et à la place de ce nom qui ne fait point partie de toi, prends-moi tout entière.

Roméo. - Je te prends au mot. Appelle-moi seulement amour, et je serai rebaptisé; dorénavant, je ne veux plus jamais être Roméo.

Juliette. - Quel homme es-tu, toi qui, caché derrière l'écran de la nuit, trébuches ainsi dans mon secret ?

Roméo. - D'un nom je ne sais comment te dire qui je suis. Mon nom, ô chère sainte, m'est odieux à moi-même puisque aussi bien il est ton ennemi. Si je l'avais écrit, je déchirerais le mot.

Juliette. - Mes oreilles n'ont pas encore bu cent paroles prononcées par ta voix, pourtant j'en reconnais le son. N'es-tu pas Roméo et un Montaigu ?

Roméo. - Ni l'un ni l'autre , belle jeune fille si l'un et l'autre te déplaisent.

Juliette. - Comment es-tu venu ici, dis-moi, et pourquoi ? Les murs du jardin sont hauts et durs à l'escalade, et ce lieu, vu qui tu es, c'est la mort si quelqu'un de mes parents te découvre ici.

Roméo. - Sur les ailes légères de l'amour j'ai franchi ces murs, car les limites de pierre ne sauraient arrêter l'amour. Ce que l'amour peut faire, l'amour l'ose tenter. C'est pourquoi tes parents ne sont pas un obstacle pour moi.

Juliette. - S'ils te voient, ils te tueront.

Roméo. - Hélas ! il y a plus de péril dans ton oeil que dans vingt de leurs épées. Regarde seulement avec douceur et je suis à l'abri de leur inimitié.

Juliette. - Pour le monde entier, je ne voudrais pas qu'ils te voient ici.

Roméo. - J'ai le manteau de la nuit pour me cacher à leurs regards. Si seulement tu m'aimes, qu'ils me trouvent ici. Mieux vaudrait ma vie terminée par leur haine que ma mort différée sans ton amour.

Juliette. - Qui fut ton guide pour trouver ce lieu ?

Roméo. - L'amour qui me poussa d'abord à m'en enquérir; il me prêta l'esprit et je lui prêtai les yeux. Je ne suis pas pilote; pourtant, serais-tu aussi loin que le rivage solitaire de la mer la plus lointaine, je courrais volontiers le risque d'un tel butin.

Juliette. - Tu sais que le masque de la nuit est sur mon visage; sinon une rougeur virginale peindrait ma joue pour ce que tu m'as entendue dire cette nuit. Ah ! Je voudrais observer les règles, je voudrais nier ce que j'ai dit. Mais non, adieu les cérémonies. M'aimes-tu ? Je sais que tu vas répondre : oui, et que j'en croirai ta parole. Mais si tu jures, tu peux mentir. Des parjures d'amants, Jupiter sourit, dit-on. O noble Roméo, si tu aimes déclare-le loyalement; ou si tu crois que je suis trop vite conquise, je serai sévère et méchante, et je dirai non pour que tu me fasses la cour; mais autrement, pour rien au monde. En vérité, beau Montaigu, j'ai le coeur trop tendre, et c'est pourquoi tu peux juger ma conduite légère; mais croyez-moi monsieur, je serai plus fidèle que d'autres plus habiles à faire les réservées. Je l'avoue, je devais être plus réservée, mais tu as surpris avant que j'en fusse prévenue, l'aveu de ma sincère passion ; aussi pardonne-moi et n'impute pas à un amour léger cet abandon que la sombre nuit t'a révélé.

Roméo. - Madame, je jure par la lune sacrée qui argent la cime de ces arbres fruitiers...

Juliette. - Oh ! ne jure pas par la lune, l'inconstante lune qui change chaque mois en son orbite ronde, de peur que ton amour ne soit comme elle variable.

Roméo. - Par quoi faut-il jurer ?

Juliette. - Ne jure pas du tout, ou jure si tu veux par ta gracieuse personne qui est le dieu de mon idolâtrie, et je te croirai.

Roméo. - Si le cher amour de mon coeur...

Juliette. - Non, ne jure pas. Bien que tu sois mon bonheur, je ne trouve aucun bonheur en notre aveu de cette nuit; il est trop prompt, trop irréfléchi, trop soudain, trop pareil à l'éclair qui cesse d'être avant qu'on puise dire : il éclaire. Doux ami, bonne nuit ! Ce bourgeon d'amour, au souffle mûrissant de l'été, sera peut-être belle fleur quand nous nous reverrons. Bonne nuit, bonne nuit ! Que tendre et calme repos soit en ton coeur comme il est en mon sein !

Roméo. - Vas-tu donc me laisser ainsi mal satisfait ?

Juliette . - Quelle satisfaction peux-tu avoir cette nuit ?

Roméo. - L'échange de nos voeux de fidèle amour.

Juliette. - Je t'ai donné le mien avant que tu l'aies demandé et je voudrais encore avoir à le donner.

Roméo. - Tu voudrais le reprendre ? Et pourquoi, bien- aimée ?

Juliette. - Pour être généreuse et te le redonner. Et pourtant je ne souhaite que ce que j'ai. Ma richesse est immense comme la mer, mon amour aussi profond; plus je te donne, plus je possède; l'un et l'autre sont infinis. (la nourrice appelle) J'entends du bruit; mon cher amour adieu... j'y vais bonne nourrice. - Cher Montaigu, sois-moi fidèle; attends un moment, je reviens (Elle sort)

Roméo. - O nuit bénie, bénie ! J'ai peur étant dans la nuit, que tout ceci ne soit qu'un rêve, trop doux et trop flatteur pour être réel.

.....(Vous vous en souvenez : Juliette reparaîtra encore deux fois au balcon)

Acte III, scène V (extrait)
Le jardin de Capulet
Roméo et Juliette à la fenêtre du balcon

Juliette. - Tu veux partir ? Le jour n'est pas proche encore. C'était le Rossignol, et non pas l"alouette, qui a percé le fond craintif de ton oreille; il chante chaque nuit là-bas sur ce grenadier. Crois-moi, mon amour, c'était le rossignol.

Roméo. - C'était l'alouette, messagère de l'aube, et non le rossignol. Vois mon amour, quelles lueurs jalouses brodent à l'orient les nuages qui se divisent. Les cierges de la nuit sont consumés et le joyeux matin sur la pointe du pied se dresse aux cimes brumeuses des montagnes. Je dois partir et vivre ou rester et mourir.

Juliette. - Cette clarté là-bas n'est pas le jour je le sais bien; c'est quelque météore que le soleil exhale pour te servir, cette nuit, de porte-flambeau et éclairer ta marche vers Mantoue. Donc reste encore, tu n'as point besoin de partir.

Roméo. - Qu'on me prenne, qu'on me mette à mort; je suis content si tu le veux ainsi. Je dirai que cette lueur grise n'est pas l'oeil du matin, mais seulement le pâle reflet du front de Cynthie, et que ce n'est pas non plus l'alouette dont les notes frappent la voûte du ciel au-dessus de nos têtes. J'ai plutôt envie de rester que volonté de partir. Viens, mort, et sois la bienvenue! Juliette le veut ainsi. Qu'en dis-tu ma mie? Parons encore, ce n'est pas le jour.

Juliette. - C'est le jour, c'est le jour. Fuis, va-t-en, pars. C'est bien l'alouette qui chante hors de ton et qui force ses notes discordantes et aiguës. On dit que l'alouette fait de doux accords; pas celle-ci, puisqu'elle nous désunit. On dit que l'alouette et l'hideux crapaud échangent leurs yeux; que ne font-ils aussi échange de leurs voix, puisque cette voix nous arrache aux bras l'un de l'autre et te chasse d'ici avec sa matinale chanson de chasse. Oh ! maintenant pars; de plus en plus clair est le jour.

Roméo. - Oui, de plus en plus clair, et de plus en plus noirs mes chagrins.

Acte IV, scène III (extrait)
La chambre de Juliette

(sortent dame Capulet et la nourrice)

Juliette. - Adieu ! Dieu sait quand nous nous reverrons. J'ai une terreur vague et froide qui me court dans les veines et glace presque la chaleur de la vie. Je vais les rappeler pour me rendre courage. Nourrice ! Que pourrait-elle faire ici ?Mon horrible scène, il me faut la jouer seule. Viens fiole. Et si cette drogue n'avait point d'effet ? Alors demain matin je serais mariée ?Non, non, voici qui l'empêchera. Reste-là, poignard. (Elle pose près d'elle un poignard) Et si c'était un poison que le moine m'eût perfidement donné pour me faire mourir, m'ayant déjà mariée à Roméo ?Je le crains; non, c'est impossible, il a toujours été reconnu pour un saint homme. Et si, quand je serai déposée au tombeau, je me réveille avant que Roméo vienne me délivrer? Horrible idée ! Ne serai-je pas étouffée dans ce caveau dont la hideuse bouche respire un air malsain, , et ne mourrai-je pas asphyxiée avant qu'arrive mon Roméo ? Et si je vis , est-il pas bien probable que l'horrible idée de la mort et de la nuit, et l'épouvante du lieu, un caveau, un ancien réceptacle où depuis des centaines d'années s'entassent les os de mes aïeux ensevelis, où le sanglant Tibert, tout frais enterré, gît pourrissant dans son linceul, où dit-on, à certaines heures de la nuit des esprits se donnent rendez-vous; hélas ! hélas ! est-il pas bien probable que, réveillée trop tôt, parmi ces odeurs infectes, parmi ces cris pareils aux voix des mandragores déterrées qui rendent soudain fous les mortels qui les entendent, est-il pas bien probable qu'à mon réveil, entourée de toutes ces épouvantes , je perde la raison, et, dans mon délire, joue follement avec les squelettes de mes aïeux, et arrache de son linceul Tibert mutilé, et, faisant une massue de l'os de quelque illustre ancêtre, je fracasse ma cervelle désespérée ? Oh! regardez, il me semble que je vois le spectre de mon cousin poursuivant Roméo qui embrocha son corps sur la pointe d'une rapière. Arrête, Tibert, arrête ! Roméo, je viens, c'est à toi que je bois ce breuvage !......

Un commentaire n'est pas indispensable .. mais tout en savourant ce texte, j'entends la voix de Roberto Alagna interprétant si admirablement le Roméo de Gounod comme je vois la divine Juliette/Alessandra Ferri dans l'adaptation pour Une suite de ballet de Prokofiev !!!
opéra de Gounod romeo_et_juliette_prokofiev
Opéra de Gounod Ballet sur Suite de Prokofiev

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Lu 844 fois Dernière modification le dimanche, 07 septembre 2014 00:48

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