samedi, 08 juin 2013 00:00

Petite reflexion sur l'absurde

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Danteenfer chant 7

Sisyphe La Divine comédie de Dante , illustration Gustave Doré

L'absurde, un mot qui revient sans cesse , sentiment sur lequel on se penche ou se heurte, en particulier chaque fois qu'il est question de l'existence .

Les philosophies ou les idéologies qui y échappent parce qu'elles ont su donner. un sens à l'existence , sont rares .Parfois la religion, lorsqu'elle propose un « au delà » bon ou mauvais ; à défaut de Paradis, l'Enfer, aussi redoutable puisse-t-il paraître, est encore préférable au néant, disons plus concevable . Le culte de la personnalité, la quête de la gloire ou de la célébrité, est une autre forme de lutte contre le non sens de la vie . Se convaincre que notre mémoire survivra au delà de notre mort justifie une conduite d'existence.

Que reste-il à ceux qui ne croient pas en dieu, à ceux qui n'ont qu'une foi relative et lucide en eux mêmes ? l'idée de se prolonger dans leur progéniture ? Certains y parviennent, telle la vieille femme de Saint Exupéry qui s'éteint paisiblement après une vie de labeur , entourée des siens et de leur tendresse .

Mais les plus admirables ou les plus arrogants sont ceux qui acceptent la loi rigoureuse de la nature où tout est périssable, où l'homme issu de rien dont il puisse garder la mémoire, et voué à rien où il puisse se projeter ou espérer se reconnaître. Ceux-là ont acquis pour eux la certitude de leur provisoire, du temporaire, du fugace.

Rationalisme, ou stoïcisme, dépit, complaisance ou résignation et cependant ils vivent. Ils acceptent cette existence qui n'a aucun sens et prennent le parti d'être et d'agir pour le temps qui leur est imparti.

Ils s'inventent des raisons de vivre , se fixent des objectifs , participent à la vie de l'humanité, contribuent à son développement , à son progrès , ils prennent en marche le train de l'humanité tout en sachant qu'elle s'achemine elle-même inexorablement vers son propre terminus où n'est pas prévu de sens de retour .

Qu'est-ce qui peut bien pousser l'homme à continuer ? A faire qu'il se lève chaque matin et emploie sa journée à tuer le temps qui passe . Je ne cherche pas la réponse ; que la question reste une énigme. En bonne matérialiste la seule piste serait dans le biologique ; ce qu'on désigne par l'instinct de survie.

Faut-il y voir quand même un comble de l'absurde, pour nous être construits dans ce fol entêtement : destinés à mourir et développer cette pulsion de vie, faire que notre existence soit un combat constant et que la vie devienne synonyme de lutte !

Camus a proposé de faire de l'emploi de son temps une révolte permanente contre cette idée même de l'absurde. Saine occupation, raisonnable en effet mais ce n'est pas vraiment une réponse. Et puis la révolte ça épuise !

Mais en regardant Sisyphe je me suis demandée quel était le stade où ce sentiment de l'absurde était le plus douloureux, le moment où l'équilibre des forces vitales et mortifères étaient le plus fragile , l'instant où il pouvait prendre le sens de désespoir.

Est--ce quand Sisyphe et son rocher sont en bas, et que du regard Sisyphe mesure la distance et l'effort à accomplir ? L'inutilité de la Tâche ? Il sait le poids du rocher ; il en connaît la valeur . Déjà le parti est pris, quitte à s'effondrer en route, à se faire écraser, il sait qu'une nouvelle fois il relèvera le défi.Tant qu'il hissera le rocher, il ne songera plus qu'à l'effort. L'instant est exaltant.

Ou bien est-ce là haut ? Quand le rocher amorce une nouvelle chute , qu'il dévale la pente, que Sisyphe le voit lui échapper , aspiré par l'invincible loi naturelle ? Il assiste impuissant à la chute mais sa révolte est en lui, la haine ou la colère le fait vivre.

Le moment le plus tragique à mon sens , c'est ce moment où étant lui-même au sommet et le rocher est déjà tout en bas , que le rocher lui a échappé, que le lien est rompu. Il n'a même plus le désir de rejoindre le rocher. Un instant , il renonce à son rocher .

C'est alors qu'il se dit : « à quoi bon » , ce qui n'est même pas une question .Vaincu par l'absurde , il n'a plus qu'un désir , celui de se coucher et de disparaître.

Alors , quel élan plus fort va le pousser à redescendre ?

Mj 13 11 2006

Lu 956 fois Dernière modification le lundi, 18 août 2014 18:10

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