samedi, 26 janvier 2013 00:00

Claude Roy

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Claude Roy
(1915-1997)

Regarde là-bas il y a une étoile qui tremble
comme s'il faisait grand vent
dans la steppe du ciel"

Chercher l'identité tout en préservant au fond de soi les différences et ainsi, comme l'a dit Claude Roy :

Avec une clef de cristal
Ouvrir une serrure de givre .

(Octavio Paz auteur de la préface du recueil A la lisière du temps suivi du Le voyage d'automne)

Paysage avec figure dans un champ

L'air est si clair si beau et si froid le soleil
qu'on doit sûrement en fixant l'horizon de la Beauce
apercevoir entre Ablis et Chartres la courbure de la terre
Les mots sortent chacun dans sa bulle de buée
Le ciel est blanc d'une pâleur distinguée
et l'herbe est blanche d'une gelée blanche
à peine gelée qui crique-craque sous les pas
Il y a toutes sortes de nuances de rose rouge et feu
dans la nature. La sève monte à la tête des arbres
et les bourgeons frais éclos sont d'un violet très pâle
ou d'un rose lie-de vin Un rouge-gorge reluit
dans les branches nues (moins violemment
que les ouvriers qui travaillent sur l'autoroute
dans leurs grands cirés de lumière tango)
Il faudra abattre à la serpe dans le pommier
les boules de gui qui pompent la sève des pommes
Tout est nuance couleurs étouffées longue transparence
sauf au travail dans un champ noir d'un noir inflexible
luisant acéré sagace chargé d'un vieux savoir aigu
connaissant les chemins de la vie solitaire
et les règles du jeu de vie en société
cherchant son bien dans les labours passés au rouleau
toujours à distance prudente un corbeau.

roy les champs à  Souzy

Souzy Mj (huile)

Pas encore

Souvenir d'un après-midi d'août
dont je ne me souvenais pas
Je rêve d'un rêve déjà rêvé
puis oublié il y a longtemps

Je dormais sur l'herbe d'été
dans la prairie près de la rivière
Un grand rideau de peupliers
chuchotait sa langue de feuilles
et ses ombres bien alignées

Je rêvais d'une jeune femme
qui de l'autre côté de l'eau
sur l'ancien chemin de halage
marchait dans les herbes hautes

Elle traverse la passerelle d'écluse
et vient lentement à ma rencontre
Elle me sourit et dit à voix basse
"Il est trop tôt pour que ce soit nous"

C'était toi toi l'inconnue
toi qui n'est pas encore ma vie
mais qui vient vers moi en avance
dans un rêve ancien oublié

L'amitié de Wang Wei

Un saule pleureur sur le bord
du lac de la brise de Mai
dans le parc du Midi à Pékin
et l'oiseau blanc dont je ne sais pas le nom
qui se penche dans les rizières du Kuantung
sur le dos d'un buffle d'eau
au frais dans la boue

Ils ont fait le voyage pour venir me dire
ce matin dans l'entre-sommeil
et journée

"Le but secret du voyageur
est d'ignorer où il va "

L'Envers

A l'envers de l'ombre il y a un chant
d'oiseau au bord d'un étang le grand soleil d'été
L'ombre est celle d'un frêne il frémit imperceptiblement
Le chant la voix d'une mésange quatre notes flûtées
L'ombre c'est moi encore peut-être qu'elle ombrage
Ce fut moi qui écoutait l'oiseau Le ciel pâle
en moi se mire dans l'eau de l'étang
Les feuilles du frêne éparpillent leur chuchotement
et l'herbe vive crépite de sautereaux verts

Je voudrais toucher une à une chaque note du chant
de la mésange avec mes doigts pour être sûr
que ce qu'elle chante c'est pour de vrai
chaque note une anémone blanche très petite
dans l'épaisseur du sous-bois Chaque son pur
qui se lève et dit C'est moi le sol mineur
à haute enfantine irrécusable voix

Les années autrefois étaient plus immobiles
les frênes les mésanges l'herbe les étangs
plus certains Tout étai pour de vrai
Ce qui existe à l'air d'exister moins
d'être moins sûr de son droit ou bien
est-ce moi ?

A l'envers du temps la mésange s'arrête de
chanter l'arbre de frissonner Je reviens sur mes pas
Je te parle tu me réponds toi ma vie à
l'endroit de l'ombre et du temps

ma pour de vrai

roy villeconin pastel

Villeconin Mj Pastel

Rèverie

Tes pensées se relèvent et l'herbe après tes pas
Tes pensées qui se pensent paresseusement
l'herbe du vieux sentier où l'on ne passe plus
seulement les chevreuils indifférents aux hommes

Il y a plus de chemins dans ta foret pensive
Que dans les bois d'hiver où tu marches en silence
J'en connais deux ou trois Je me perds dans les autres
Rêverie est le nom que te donnent les chênes

Si au carrefour perdu d'un très vieux souvenir
et du layon de ronces qui conduit à l'étang
tu me rencontres à l'improviste n'aie pas peur Rêverie
C'est moi Ce n'est personne C'est moi qui pense à toi

Je te laisse flotter aux marges de la brume
seule comme la forêt et comme elle peuplée

Le Haut du bout 1983 (A la lisière du temps , déjà l'hiver)

Lu 1149 fois Dernière modification le vendredi, 26 septembre 2014 11:49

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