samedi, 09 février 2013 00:00

Franz Schubert

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Franz Schubert(1797-1828)

Extraits de l'article de Brigitte Massin pour Les Essentiels d'Universalis

"Voulais-je chanter l'amour, cela m'entrainait à la douleur; voulais-je chanter la douleur cela me menait à l'amour "

Pur produit d'un univers clos, fils et prisonnier d'une ville (Vienne) où il naquit et mourut sans presque jamais la quitter, il n'en est pas moins, tant par sa vie que par son oeuvre, le parfait symbole du "voyageur" romantique. Constamment mis en échec dans toutes ses tentatives d'insertion sociale, il est, dégagé de toute fonction servile, le premier des musiciens à n'avoir pour unique statut que celui de compositeur. Ignoré de son époque, il est l'ami des meilleurs parmi les Autrichiens de sa génération (Grillparze et Bauernfeld pour la littérature, Schwind et Kupelwieser pour la peinture). Fils d'instituteur, il devient par le pouvoir de sa musique, l'égal des maîtres qu'il vénère (Goethe, Schiller et Heine). Méconnu en tant que compositeur par ses contemporains, pratiquement jamais joué, très peu édité, il n'en laisse pas moins à sa mort un catalogue considérable d'oeuvres (998 numéros).Cependant , nul comme lui n'a été le musicien de l'inachevé, élevant cette catégorie jusqu'au mythe esthétique. Libre de toute contrainte, il bouscule les formes musicales, impose des oeuvres brèves nées de l'instant-improvisation (impromptus, moments musicaux) au moment même où il élargit le temps musical pour devenir le musicien de ces "célestes longueurs" (Grande symphonie en ut) qui laisseront Schumann admiratif et médusé.

Inspirateur d'un groupe musical et culturel qui se nourrit de lui au point de prendre son nom pour enseigne de ses réunions régulières (les "schubertiades") il en reste un des membres les plus modestes. Le joyeux compagnon vit en réalité dans la confrontation quotidienne avec la mort, l'ami naïf est un "clairvoyant" (ainsi que le nomme ses intimes) aux intuitions musicales fulgurantes et prophétiques .

......

Vienne, à l'époque du congrès "qui danse" livrée à la fièvre italienne de Rossini, puis à l'engouement de la musique-divertissement, pouvait-elle prêter attention au jeune musicien qui se voulait un "un chantre Allemand ", grandi à l'ombre des remparts qu'il a vu démanteler pendant son enfance dans les désastres nationaux? Seul Beethoven pouvait encore s'imposer -difficilement - à contre-courant de la mode du jour. La génération de Shubert, partageant l'amertume d'une période de reflux politique, mesurant le poids du régime intellectuellement oppressant instauré par Metternich, est promise au suicide, à la folie, ou au rêve échappatoire. Schubert est le frère de Grillparze le désenchanté , comme de Lénau l'insatisfait.

Les "Schubertiades" avec leurs enfantillages mais aussi leur chaleur humaine, ne prennent leur sens que dans ce contexte. Il s'agit de recréer dans le groupe le monde désiré mais refusé de la libre communication intellectuelle. C'est la vraie vie en marge de la vie réelle; en fait une condition de la survie...

L'impulsion créatrice ne vise pas à inciter une transformation inutile et promise à l'échec, mais elle tend à valoriser le rêve qui seul compensera et dépassera un état de fait dont aucune rébellion n'a de chance de venir à bout. La musique de Schubert est bien souvent une musique de pur constat. Le tragique Schubertien prend sa source dans ce manque fondamental d'agressivité.

Dans un curieux récit, écrit à l'âge adulte Schubert, (sous la symbolique d'un rêve) dresse lui-même le catalogue des thèmes clés qui définissent à nos yeux le tragique de sa vie comme de son oeuvre musicale. S'y trouvent successivement et repris par deux fois en deux récits parallèles : la séparation , le voyage, la solitude, la nostalgie du Paradis perdu, la mort, l'amour refusé, la béatitude dans la communion. Les lieder abondent, qui correspondent à chacun de ces thèmes. Se trouvent également dans ce récit l'énoncé de l'ambivalence Amour-Douleur , revécue musicalement par Schubert dans le perpétuel échange, caractéristique de son langage, entre les modes majeur et mineur.

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Grandi dans la vénération de Beethoven, dans la même ville où ils ne se sont pratiquement jamais rencontrés, son développement musical ne se fait pas moins de manière tout à fait indépendante et originale par rapport au style musical de son prestigieux aîné. Dans le domaine symphonique, la recherche du langage, chez le Schubert des premières années, spontanément établi dans la filiation de Haydn, s'oriente vers un apprentissage du style mozartien. Ce qu'il appelle "la lumière mozartienne" fascine d'autant plus le coeur et l'esprit du jeune Schubert qu'il est naturellement porté à scruter les ténèbres de la nuit et de la mort. Une évidente "tentation mozartienne" pèse sur nombre d'oeuvres de sa jeunesse (Cinquième symphonie entre autres ).

Devenu indépendant, éloigné de sa famille et de l'univers des collèges (école normale d'instituteurs après le collège municipal), Schubert abandonne parfois pour longtemps les "orbites obligées" de sa jeunesse (Symphonie et Quatuor); il lui faut de longues années pour y revenir et dans une perspective très différente, après avoir prospecté des domaines nouveaux dans la ligne d'une exploration plus intérieure : la première sonate pour piano seul se situe après la fin de l'année d'études à l'école normale d'instituteurs.

Les tentatives de l'âge adulte pour revenir aux grandes oeuvres de la jeunesse seront d'abord marquées par des échecs (Quatuor en ut mineur de 1820 Symphonie en si majeur de 1821 Symphonie en si mineur inachevée en 1822) Si , dans ses années de jeunesse , Schubert tirait l'impulsion initiale de thèmes d' autrui (Haydn le plus souvent ou Mozart) , dans la période cruciale qui marque le passage de l'homme et du créateur à l'âge adulte, il la trouve bien souvent dans ses propres oeuvres antérieures, chaque fois vocale, ce qui lui permet de créer une oeuvre nouvelle ; ainsi le lied La jeune fille et la mort (1817) qui nourrit tout le Quatuor en ré mineur (1824-1826) , la Fantaisie pour piano en ut majeur dite du voyageur (1822) qui tire son nom du réemploi en son sein du lied du même nom (Der Wanderer 1816) et ce n'est qu'à la faveur de cette double "assumation" de lui-même que Schubert s'accomplit réellement, avec son langage désormais adulte, dans les genres familiers de son enfance : musique de chambre et symphonie. Entre 1927 et 1828 naissent coup sur coup des oeuvres magistrales, toutes profondément novatrices: Quintette pour deux violoncelles en ut majeur, trios pour piano et cordes en si bémol majeur et en mi bémol majeur, symphonie en ut majeur, sans oublier les deux oeuvres pour piano : Fantaisie pour quatre mains en fa mineur, Impromptus, Sonates en ut mineur, la majeur et si bémol majeur. Schubert est parvenu à la maîtrise absolue dans toutes les formes e son langage instrumental, lorsque le typhus le fauche à trente et un ans. ...

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Lu 882 fois Dernière modification le dimanche, 10 mai 2015 14:43
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