vendredi, 18 janvier 2013 00:00

Hamlet

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TRAGEDIE DE LA VENGEANCE , IMAGE DE LA MELANCOLIE

On ne peut, sous prétexte qu'elle est universellement connue, se priver de reproduire ici la célèbre tirade d'Hamlet :

" Etre ou ne pas être, voilà la question...

" Est-il plus noble de supporter en notre âme les traits et les flèches de l'outrageuse fortune, ou de prendre les armes contre une mer d'ennuis et, en nous insurgeant, d'y mettre fin ? Mourir, dormir, rien de plus, et dire que par un sommeil nous mettons fin aux peines de coeur et aux mille atteintes naturelles qui sont le legs de la chair, C'est là un dénouement à souhaiter avec ferveur. Mourir, dormir; dormir, peut-être rêver ; oui, c'est là qu'est l'obstacle. Quels rêves peuvent venir en ce sommeil de la mort, quand nous avons rejeté cette défroque mortelle, voilà qui doit nous arrêter ; c'est là raison qui fait que l'infortune a si longue vie. Qui consentirait à subir les fouets et les dédains du monde, l'injustice de l'oppresseur, l'insulte de l'orgueilleux, les angoisses de l'amour méprisé, les lenteurs de la loi, l'insolence des gens en place et les rebuts que le mérite patient reçoit d'hommes indignes, quand il pourrait lui-même obtenir son quitus avec un simple poignard ? Qui voudrait ployer sous le faix, geindre, suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, ce pays inexploré des confins duquel nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté et ne nous faisait supporter les maux que nous avons plutôt que de voler vers des maux que nous ne connaissons pas ? Ainsi la réflexion fait de nous tous des lâches ; ainsi le teint naturel de la décision blêmit sous le pâle reflet de la pensée, et des entreprises de grande audace et de grande conséquence, à cette idée se détournent de leur cours et perdent le nom d'action.....
(Acte III, Scène 1)

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Les sources

Tradition nordique:

Les Gesta Donarum
-Un ouvrage épique les Gesta Danorum imprimé en 1514 du moine Saxo Grammaticus (1130-1206 ? 1220 ?) qui avait été chargé par l'évêque Absolon de Lund de rédiger en latin une chronique du Danemark.
Des histoires empruntées à Béde le Vénérable( Historia ecclesiastica gentis Anglorum),à Dudon de Saint Quentin ( Gesta Normannorum ) ainsi que des fragments de manuscrits islandais, danois et de la littérature orale traditionnelle alimentent la chronique ainsi que le poème latin l'Alexandreis de Gautier de Châtillon, traduite en prose sous le nom d'Alexanders Saga . Dans un monde où se côtoient héros, dieux, monstres et guerriers ainsi que souverains trahis par leurs épouses on trouve une histoire d' Amlethus.
Les Gesta danorum est sans doute également influencée par les récits méditerranéens de la mythologie gréco-romaine, connue de Saxo Grammaticus .
En tant qu'historien d 'un fond légendaire , il ne cherche pas à moraliser le récit à la lumière de l'enseignement de la bible ou de ses théologiens. Il reste sensible à l'éthique de ces héros vengeurs qui se sentent dominés par un destin tout puissant et pour qui l'honneur consiste à accepter en vertu d'obligations sacrées la mission de vengeance qui leur incombe .

- "Edda prosaïque " de Snorri Sturluson (vers 1178-1241) figure principale de la littérature islandaise . Un héros Amlodi . Notons que cet Amlodi quand il contemple la mer , il y découvre le moulin de l'univers broyant rochers, montagnes , vivants et morts et les réduisant en cendres (ce qui n'est pas sans évoquer , le Sampan de l'épopée du Kalevala de la mythologie finnoise ).

- François de Belleforest (1530-1583) Histoires tragiques: Il traduit Saxo Grammaticus , et l'adapte aux moeurs de son temps "les évènements eurent lieu avant que les gens du nord furent éclairés par la lumière de l'Evangile".
Le chapitre des histoires tragiques consacré à la vengeance et à la mort d'Amlethus constitue probablement l'une des sources principales de Shakespeare .

La Mélancolie d'Hamlet :

Grâce à l'exploitation ingénieuse du concept de mélancolie, Shakespeare renouvelle les conventions de la tragédie de la vengeance et confère à sa pièce une portée philosophique à caractère universel.
Les penseurs de la Renaissance, Montaigne, Luther et Calvin véritablement obsédés par la fragilité de l'homme renouent avec l'un des courants pessimistes du Moyen Age, celui qui s'interroge sur la misère de la condition humaine à la suite du péché originel d'Adam ; ils doutent de la capacité de cette créature déchue de saisir non seulement la nature divine , mais encore la complexité de l'univers qui les entoure , et les traits essentiels de son propre être "toujours au milieu entre naistre et mourir ".
A l'époque de Shakespeare et selon Robert Burton qui publie son Anatomie de la mélancolie en1621, l'état mélancolique exprime le caractère tragique de la vie humaine. En même temps il permet à la créature déchue d'acquérir une conscience plus aigüe de sa condition.
Shakespeare s'intéresse vraisemblablement à cette interprétation philosophique de la pathologie humorale en créant le personnage d'Hamlet qui devient l' homme autonome et mûr après être passé par les stades de la plus profonde dépression et les pires moments de doutes et de désarroi.
référence :"Introduction de André Lorant de Hamlet des Editions Aubier .

Ophélie:

Nous n''oublions pas ce grand personnage ,victime du monde et de sa condition , (nous y reviendrons ) :


Les larmes de   Laërte  à la mort  d'Ophélie :

Laërte. - Tu n'as que trop d'eau , pauvre Ophélie, et je retiens mes larmes. Et pourtant nous sommes ainsi faits, la nature suit son cours quoi qu'en dise la pudeur. Quand ces pleurs auront coulé, ce qui est femme en moi sera satisfait. Adieu, monseigneur. J'ai des paroles de feu qui jetteraient des flammes, mais cette folle douleur les éteint.

Acte IV, Scène VII (extrait) :

Lu 1046 fois Dernière modification le mercredi, 03 décembre 2014 14:15

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