mardi, 22 janvier 2013 21:03

Antoine de Saint Exupéry, écrits de circonstances

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Moscou (1935)(Lettre à X.)

J'exulte, je suis transportée, je vibre!!

Bon modérons nos ardeurs!, je sais combien je m'emballe facilement !!Saint Exupéry a écrit ces articles en 1935.Possible, probable, que le temps émoussera son enthousiasme.

Possible qu'il portera plus tard des jugements plus sévères !Je voulais aussi me montrer plus méthodique dans la lecture de ses textes après avoir découvert que ses articles sont souvent repris dans ses oeuvres "romanesques" où le sens est sensiblement différent.

Ainsi de « La paix ou la guerre » qui figure dans "Terre des hommes"où, loin de la réalité de l'actualité, sa vision de la guerre n'est pas ternie !!

Méfions-nous toujours de notre jugement par rapport à des écrits de circonstances.

Donc en 1935, Saint Ex est envoyé en reportage à Moscou pour les fêtes du 1er mai.

Après un long voyage en train il découvre Moscou et en synthèse c'est d'un grand cri d'admiration qu'il salue cette grande cité, capitale d'un grand peuple, menée d'une main ferme mais ennoblissante ....celle de Staline !! (ça se discute, au nom des illusions perdues ... )

La Révolution, l'U.R.S.S. c'est la création de l'homme(de l'humanité) par opposition à l'épanouissement de l'individu.Il ne dit pas ici vers quel idéal il tend lui-même; il ne fait que constater mais ce qui plaide en faveur du collectif dynamisé est élogieux.Trouverait-il dans cette société nouvelle où la vie des hommes évolue dans un but commun la solution à cette soif d'universel?

Ou bien finira-t-il par prendre le parti de l'individu fatalement écrasé par la marche des foules ?

Je n'ai pas lu les commentaires, et je n'aurai pas la réponse avant d'avoir terminé son oeuvre tout entière mais je sais déjà que l'alternative est vécue par lui, avec une profonde compréhension des idéaux opposés entre lesquels moi-même je me débats en de perpétuelles contradictions.

Faut-il se réfugier dans une timide position de demi-mesure ?l'Homme oui sans oublier l'homme?Lequel mérite le privilège?

Cette question est surtout évidente dans le dialogue avec le juge de « Crime et châtiments en Russie soviétique" où le juge explique et justifie les lourdes peines et les faibles durées d'incarcération

"il ne s'agit pas de punir mais de corriger"

...semblable au médecin. Il soigne s'il peut mais comme il sert avant tout le social, s'il ne peut soigner il fusille." :

-Saint Ex: " Je devine déjà qu'il y a là un grand irrespect pour l'individu mais un grand respect pour l'Homme, pour celui qui se perpétue à travers les individus et dont il s'agit de bâtir la grandeur.

...Coupable, pensais-je, ne signifie rien ici

...C'est le concept de châtiment qui en URSS n'a plus de sens."

Saint Exupéry s'il ne se rallie pas, comprend et ne nie pas une certaine logique aux "travaux forcés " soviétiques où le condamné devrait retrouver un sens à sa vie dans la construction d'une oeuvre collective.(Dostoievski ?)

L'idéal communiste n'est pas condamnée par Saint Exupéry et moi aussi je crois que ce sont les hommes si vulnérables à l'attrait du pouvoir et de la puissance individuelle qui l'ont perverti

Mais toujours la même question, peut-on espérer changer durablement , ce qui apparait comme la profonde nature de l'homme commun!

Cet idéal n'est sans doute accessible qu'aux surhommes ou aux dieux!! et notre humanité courante devra se contenter d'idéologies ambivalentes comme nos démocraties , le moindre mal!

A part ces réflexions, j'ai trouvé dans ces articles de superbes interrogations sur la misère, en grande partie reprises dans "Terre des Hommes" : "Mozart assassiné"'épisode du train qui ramène chez eux les immigrés polonais expulsés, où la tragédie se situe moins dans la misère elle-même que sans doute la force de l'habitude atténue, mais dans ces talents exceptionnels étouffés comme cet enfant reposant dans les bras de ses parents brisés.

"Ah! quel adorable visage ! Il était né de ce couple là, une sorte de fruit doré"

« et je me dis , voici un visage de musicien, voici Mozart enfant. Voici une belle promesse de la vie. Les petits princes de légende n'étaient point différent de lui."

Les malheurs des individus ne méritent pas notre pitié; c'est de l'humanité que nous devons avoir le souci.

ou bien la pitié n'est pas suffisante; elle est inefficace.

ou bien encore : sensiblerie indigne de l'homme fort!!

Je ne sais pas encore !!

Ah et puis ce dernier article tout de tendresse sur les 'Souris grises": Une étrange soirée avec Mademoiselle Xavier ;Ces petites vieilles qui l'on séduit et sur lesquels le vent de la révolution est passé sans les remarquer !!

Voilà encore de si belles pages !!

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La paix ou la guerre : (1938 )

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Espagne ensanglantée

(paru dans l'intransigeant en août 1936).

Envoyé en Espagne , au 25 ème jour de l'insurrection, Saint Exupéry arrive à Barcelonne .Il y cherche les stigmates du conflit qui se dissimulent derrière un quotidien si apparemment ordinaire et constate amèrement, devant la révélation sournoise des antagonismes « une guerre civile ce n'est pas une guerre c'est une maladie. » « En guerre civile l'ennemi est intérieur, on se bat contre soi-même. »

C'est pour lui l'occasion d'exprimer une nouvelle fois ses réticences face à l'adhésion à des idéologies qui divisent les hommes : »une foi neuve est semblable à la peste, elle attaque par l'intérieur. Elle se propage dans l'invisible et ceux d'un parti, dans la rue, se sentent entourés de pestiférés qu'ils ne savent pas reconnaître. »

Tandis que fascistes ou anarchistes appliquent leur loi sans nuance :

« Ici l'homme est collé au mur simplement et rend ses entrailles sur des pierres. On t'a pris. On t'a fusillé. Tu ne pensais pas comme nous autres. » , Saint Exupéry, cultive leurs ressemblances et se refuse aux jugements partisans.

Comme si cette incapacité à prendre parti trouvait ici son origine , il enchaîne sur cette contradiction permanente qui oppose l'homme et l'espèce humaine : « J'ai bien touché la contradiction que je ne saurais point résoudre. Car la grandeur de l'homme n'est pas faite de la seule destinée de l'espèce. Chaque individu est un empire. »

Ne doit –on pas comprendre que Saint Exupéry hésite entre ces idéologies qui collectivement assurent le développent de l'espèce (et lui sont par conséquent nécessaires) et la réalisation du destin individuel ?

Comment lire son image lorsqu'il évoque le mineur emmuré auquel on sacrifie la vie de plusieurs sauveteurs ? le mineur est unique certes mais son sauvetage n'est rendu possible que par cet élan de solidarité collective .

Ou encore :

« Comment mesurer l'homme ? L'ancêtre de celui-ci a dessiné une fois un renne sur la paroi d'une caverne et son geste 200 000 plus tard rayonne encore. Il nous émeut. Il se prolonge encore en nous. Un geste d'homme est une source éternelle. »

Mais sans communauté, sans projet collectif , l'homme ne serait –il pas encore à peindre des rennes dans des cavernes .

A juste titre donc le constat de ces contradictions impossible à résoudre !

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