jeudi, 22 octobre 2020 23:50

L'âme enchantée , mère et fils

Évaluer cet élément
(0 Votes)
Pierre  Paulus (usines  1830) Pierre Paulus (usines 1830)

volume  3 , 1914
la France   est  entrée  en  guerre

 "La guerre n'était  pas pour  effrayer  Annette. Elle pensait  Tout  est  guerre !"


Marc  son  fils lui échappe, échappe  à ses  espérances , à son  immense amour maternel.   

J'ai  retenu   ce  très  beau  texte  , ce moment   où  l'adolescent  en  révolte ,est  confronté  à une nouvelle réalité , celle de la rivalité des  classes sociales .

« Lutte de classes  , rencontre du  jeune   Marc  avec  les  ouvriers.

Il  est vrai qu’Annette baignait  alors  en  pleine  confusion. Elle  acceptait  encore la guerre, en  se refusant à  en  accepter l’ignominie,  qui  est  l’immonde haleine du  carnassier. Elle  s’arrêtait   à  mi-chemin  de   la  pensée ; elle  n’osait  pas  regarder  au  fond. Aussi  avait-elle  peine à  motiver  ses révoltes par  des raisons de  l’esprit. Il  lui  suffisait,  pour se  guider, de  son  sens  intérieur. –C’était trop  peu  pour  Marc. Un   homme  a besoin d’idées  nettes – fausses  ou  non – afin  d’étiqueter ses  passions.

Des  idées  nettes  Marc  en  trouva, à  poignées,  chez les logiciens de la  pensée   ouvrière. Toutes leurs révoltes étaient   rigoureusement déduites  et  construites sur  des échafaudages de  chiffres et  de  faits. – La  parole  sans apprêt,  lente,  tâtonnante,  monotone, de  Merrheim,  qui cherche  le mot  juste,  ne dépassant   pas la  pensée,  cette honnêteté  grandiose,  qui  était  comme  Phocion, la  hache  de  l’éloquence ; - la  tranquille  bonhomie de  Monatte,  qui  se  désintéresse  de soi  et  de vous, pour  suivre  exactement la succession  des faits  observés ; - la précision  d’acier, la  passion  comprimée   de  Rosmer, qui  a peur,  en  se  livrant,  de  trahir  l’idée ; - cette chaleur  glacée eut  sur   l’adolescent sceptique,  violent, fiévreux,  un effet  bouleversant. Le caractère  clandestin auquel  ces réunions étaient  contraintes,  le  danger incessant  qui  pesait sur  ces petites catacombes,  l’oppression de sentir   la  masse  énorme  des  nations, qui  tenait  sous  son  poing ces  « vouleurs » de  justice, ces chercheurs de   vérité,  et  leur  lumière  voilée,  -soufflaient à la révolte, malgré la froideur  des chefs,  un esprit  religieux. Il transfigurait,  par  feux de   phare  à  éclipses, ces visages  ternes,  ces  yeux  las .

Et  l’orgueilleux  petit  bourgeois se sentit  humilié par  tel de  ces artisans,  qui  le  dépassaient,  du  cœur.

Pitan,  -le  père  Pitan, comme  on  l’appelait,  bien  qu’il  n’eut  pas  atteint la quarantaine,- un  petit  homme  maigre, agile,  à la tête  trop  grosse  pour  le corps. La première  chose  qui  frappait  en lui était  la barbe  noire, qui mangeait  le visage, les grosses  lèvres enfouies sous  les  poils. Il  avait  le teint jaune, le  nez épaté,  des  yeux  bruns en  velours,  où  la  pupille se  confondait  avec  l’iris,  comme  d’un barbet.

Quand  Marc, aux réunions,   promenait son  regard dans la salle,  il  rencontrait ces  yeux et  leur  grave sourire.  Pitan  était  des rares, parmi  les compagnons, qui parut  s’intéresser  aux  hommes,  non  pas seulement  pour l’idée(ou  pour son intérêt  propre) , mais  pour  ce qu’ils étaient  des  hommes,  par   amour  humain, -  comme  un  chien.  Le   jeune  bourgeois l’attirait : il devinait  sa gêne. Et l’instinct  de  Marc  l’avertit du  terre-neuve  qui  venait   à lui,  en  nageant  à  travers  le  courant. Ils se  rejoignirent.

Pitan  était   raccommodeur  de  faïences et  porcelaines, ambulant. Il avait  en  banlieue  un  petit  magasin ,  où  il  effectuait  ses travaux  les  plus délicats ; et  son  ingéniosité lui avait  fait  adjoindre à son  métier la réparation  d’objets de  toutes  matières,  bois  ou  pierre,  ou fragiles bibelots. Travailleur   libre,  il  pouvait,  mieux que ses compagnons d’usines  et  d’    ateliers, disposer  de  son temps ; et  il le  prodiguait  pour  la cause. Il s’offrait   à  porter,  d’un bout  à  l’autre de  Paris,  les convocations,  les brochures,  à  secouer  les  oublieux, à  éveiller les endormis,  à  battre  le rappel. Marc  profita  de  quelques  après-midi de  congé dans  son  lycée,  pour  accompagner  Pitan. Il fut vite fatigué. Ni  mauvais temps,  ni  distance, ne comptait  pour  Pitan . Il  allait,  il  allait  de  son pas clopinant, dur  et  sec, de  vieux  troupier.  Il ne s’arrêtait  guère, que la tâche  ne fut  accomplie ;  et  il ne buvait   point. On  le  plaisantait  sur  ses vœux de  tempérance  et  de  chasteté :  car  on ne  lui connaissait  pas de  liaisons, et  il n’était  pas  marié. Il  vivait  avec  sa vieille  mère,   qu’il  cachait   jalousement, et  qui  le tyrannisait. Fils d’un alcoolique,  il  avait  vu enfant, les ravages du  mal ; et  il  en  portait les tares dans sa constitution secrètement   rongée. Il lui devait  sans doute  d’être réformé. Mais c’était   aussi  la raison pour  laquelle   il s’interdisait  le  mariage. Quoique  cette vie  ne fut  pas  gaie,  il  paraissait  heureux. Quelquefois cependant  , une brume  de  mélancolie trainait  dans son  regard. Il avait  des  périodes de  fatigue épaisse,  pendant   lesquelles  il  fuyait,  se  terrait,  léthargique, la  langue  liée,  le  cerveau  comme   paralysé. Alors,  les camarades qui  ne s’étaient   pas soucier  de  lui  pendant  son  absence, trouvaient  naturel  de le charger,  pour la cause, de toutes  les  tâches  qu’ils esquivaient. Et  Pitan  repartait en  course,  rentrant   à la  nuit   tombante, ou au  milieu  de  la  nuit,  quand la dernière  feuille était  distribuée, - fourbu, trempé,  satisfait.

Marc  n’était pas de  force.  Pitan  le prit  en  pitié :  et ,  sans  le  lui laisser voir,  il trouva  des raisons   pour  faire  halte et  souffler.

 La  parole  de  Pitan  était  lente, calme, sans  arrêt :  elle   s’épanchait  comme  l’eau unie  d’un canal entre les deux  écluses  de  ses  périodes de  mutisme ;  l’impatience  de  Marc tentait  en  vain  de l’interrompre :   Pitan, souriant, le   laissait  parler,  puis, tenace, se  remettait   à  dévider  sa  pensée.  Il  était   insensible   à  l’ironie. Il ne  s’en  faisait  pas accroire sur  la valeur  de   sa  parole. Sa  parole  lui était  un besoin  d’éclaircir  sa  pensée.  Il ne  le  pouvait  qu’en l’extirpant   de  la glaise de silence  où  son  esprit  était  englué. Il lui fallait  aérer cette lourde  vie  intérieure,  envasée pendant  ses éclipses d’hémiplégie bisannuelles. Penser,  pour lui, c’était penser tout haut. Et puis il  avait  besoin  d’un  autre,  pour se penser  soi-même. Ce  solitaire  était  né fraternel.  

Parler ne l’empêchait  pas d’observer,  d’écouter. Marc s’aperçut, longtemps après,  que  tout  ce qu’il  avait  dit,  Pitan l’avait  retenu,  médité,  tourné et  retourné,  comme  avec  une   bêche.

Il crut avantageux  de  faire parade  devant lui, ainsi  que  devant les autres, de ses déboires de  petits  bourgeois, de ses révoltes de  collégien, qui  s’émancipe  des préjugés et des obligations de  sa classe. Casimir et  ses compagnons  lui en  avait  tenu compte,  - sans  se  départir  de leur  attitude  de  supériorité. Ils  avaient l’air  de  lui décerner  un  bon  point :  ce qui  flattait Marc,  mais qui  le  mortifiait. Pitan ne manifesta  ni  louange  ni  dédain.  Il  hochait  la tête   tandis que  Marc se  racontait ;  puis  il  reprenait  son  soliloque… Mais  plusieurs  jours après, attendant  la sortie d’ouvriers,  à  distance d’une   usine, entre les hauts  murs alignés d’où  s’allongeaient  les cous rouges des gigantesques  cheminées et les  anneaux pesants de  leurs  fumées,  Pitan , sans  autre exorde dit :

-Tout de même   , vous  feriez  mieux  d’être  chez vous,  Monsieur  Rivière.

(Il était le seul à  ne  pas le  tutoyer.)

Marc  fut  stupéfait :

-Chez  moi ?  où ?

- A votre école.

Il  protesta :

- Mais  Pitan ! Vous trouvez que  j'ai  tort de  venir  avec vous, d'apprendre comment  vous pensez et  comment  vous vivez ?

- Non  bien  sûr,  ça ne peut  pas faire  de mal de savoir comment  nous sommes  faits, nous autres... Seulement, Monsieur   Rivière, voilà !  Vous ne  saurez jamais.
- Pourquoi ?
- Parce que vous n'êtes pas des  nôtres. 
- C'est vous qui  dites cela, Pitan ?  Je  viens et vous me repoussez !
- Non,  non  Monsieur   Rivière. Vous venez,  et  je suis content  de vous voir. On  vous remercie  de  votre sympathie...Mais cela  n'empêche  pas que vous êtes et   que  vous serez toujours chez  nous un étranger. 
- Vous ne l'êtes pas  pour moi. 
- Voyons ! …Derrière ces  murs,  il  y a des ouvriers. Qu’est-ce que  vous connaissez de la vie  de  ces  ouvriers ?  On  peut  vous dire  ce qu’ils  font,  on  peut  vous dire  ce qu’ils veulent,  ce qu’ils pensent, et   même   ce qu’ils souffrent. Mais est-ce que  vous le  sentez ?  Lorsque  j’ai  mal  aux dents,  vous vous apitoyez ; mais si  vous  n’avez pas mal  ,  vous ne sentez  pas mon mal.
- J’ai mon  mal ,  moi  aussi .
- Je ne m’en moque  pas, comme  font  ceux-là qui disent  qu’auprès de  la vraie  souffrance de ceux qui  sont  condamnés  à  une   vie de  misère,  la souffrance  bourgeoise   est  un  luxe,  fabriquée  pour  les  inoccupés. C’est du  luxe,  peut-être, - hors  la  maladie  et  la  mort,  bien  entendu, - quoique  même  la  maladie et  la  mort ne soient  pas les  mêmes  pour  tous…
- Elles ne sont pas  les  mêmes ? 
- Non, non  Etre  malade et  mourir,  bien  tranquille, dans son  lit, sans avoir   à  songer  à  ce qui  adviendra des  nôtres, - c’est  du  luxe ,  ça  aussi . Mais  ceux qui  vivent  dans le  luxe ne s’en  aperçoivent   plus ; et  pour  quoi  que  ce soit  qu’on  souffre,  réel  ou  fabriqué,  la  souffrance  n’est  jamais du chiqué. Aussi  je les  plains  tous,  les vôtres et les nôtres.    Chacun  a ses ennuis, qui  sont  faits  à  sa  mesure… Seulement   ils  ne se  ressemblent  pas.
- On  est pareils.
- Mais la vie ne l’est pas…Tenez, le  travail ,  qu’est-ce  que  c’est  pour  vous ? Vous dites – (vous, les vôtres, aussi  bien  les  meilleurs que le les  pires,  oui,  même  les  sangsues qui  vivent  de  la  peine  des autres) – vous dites  que le  travail  est  beau, que  le travail est  sacré,  et que  qui ne travaille  pas n’a  pas le  droit  d’exister… C’est parfait.  Mais est-ce que   vous  vous faites  seulement   une   idée  du  travail  par  contrainte, sans relâche, sans  pensée,  sans  espoir  d’en  sortir,  le travail  asphyxiant, aveuglant, empoisonnant, le travail  attaché  à  la  meule, comme  une   bête qui  tourne,  jusqu’à  l’heure  de   liberté, qui  est  l’heure où  on crève ?  Est-ce qu’il  est  sacré ? Et  ces autres  qui en  vivent,  après l’avoir   ainsi  déshonoré, est-ce  qu’ils ne  resteront pas toujours,  pour nous, des étrangers ?
- Mais moi , je n’en  vis  pas !
- Vous en vivez aussi.  Votre jeunesse abritée  des  soucis, de  la faim,  votre école,  vos  loisirs d’apprendre  tranquillement, pendant  des années, sans avoir   à  songer  au  pain  quotidien…
 Du coup,  Marc se  souvint,  pour se défendre,  de  ce qui  n’avait   jamais occupé  sa  pensée :
- Ce n’est pas à  votre  travail  que  je  le dois,  c’est   à celui  de  ma  mère.

Pitan, intéressé, se  fit  raconter la vie courageuse  de la  mère.  En  la décrivant,  Marc la découvrait ; à sa fierté  se  mêlait une  confusion , qu’un  mot de  Pitan  éclaircit :
- Eh bien, mon ami , dit tranquillement celui-ci , après qu’il  eut  fini, - l’exploitée,  c’est  donc elle.
Marc  n’aimait  pas qu’on  lui apprit  son  devoir.
- Ceci, c’est mon affaire, Cela  ne  vous regarde pas.
Pitan n’insista  point.  Il souriait.
Les  ouvriers  sortaient  de l’usine. Il se   leva et   alla  vers eux. Il en  connaissait plusieurs ; il échangea quelques mots, en  distribuant  ses feuilles. Mais ils étaient  pressés   d’enfourcher  leur  bécane et  d’aller  souper. Ils dépliaient  à  peine  la feuille, ou  ils disaient :
- Ça va, ça va !...
Et les mains dans les poches, ils ne  la  prenaient   même  pas.  Trois  ou  quatre  s’arrêtèrent  pour  causer.  Marc restait   à  l’écart, et il ne le sentait  que  trop :
- « Je suis un étranger. »
Quand Pitan  revint  vers  lui , Marc, après un  moment, marchant  à ses côtés,  se  remit   à  parler :
- Vous ne me l’avez pas  appris, Pitan. Je l’avais bien  Casimir  et les autres,  ne sont  jamais  avec moi  des camarades. Quelquefois  ils  me  flattent ; et  d’autres,  ils  m’humilient.  Ils ont  l’air   d’être  fiers de  moi  et  contre moi.  Fiers  de m’avoir  comme  otage de  la bourgeoisie à mépriser.
- Héhé ! (Pitan riait doucement) Il ne faut  pas  à présent  exagérer dans  le  contraire.  Mais  quelque  chose  est  vrai. Et c'est parce que  je l'ai  senti que je vous l'ai dit.
Marc  s’arrêta, frappa  du  pied,  et  cria :
- C’est injuste !
Il se  détournait  pour  qu’on  ne vit  pas  sa faiblesse :   ses larmes  près de  jaillir.  Pitan lui  passa  son  bras sous le bras ;  ils continuèrent   à  marcher.
- Oui, dit après quelques pas Pitan qui avait médité, il  y a  beaucoup  de  choses injustes.   Presque  tout  est  injuste dans cette  société. C’est  pour   cela qu’il  faut  la  changer.
- Ne puis-je y travailler ?
- Vous pouvez .Vous devez. Comme nous. Chacun  avec ses  moyens et chacun dans son  cadre.  Mais dans la société  nouvelle, dans  l’ordre  prolétarien (je le regrette, Monsieur  Rivière) vous n’entrerez  pas. Ça  me fait  pitié pour vous. C’est  comme  cela !  Je n’y entrerai  pas non  plus, d’ailleurs,  moi, car  je serai  mort.
- Mais les vôtres, ceux de votre classe ?...
- Ceux de ma classe, oui. Ceux-là entreront.
Marc dégagea son  bras de  celui de  Pitan et  dit :
- Pitan, vous et les vôtres,  vous  êtes des nationalistes. Vous combattez la  patrie  Mais  c’est pour  une autre patrie. Et  elle  est aussi  jalouse  que  l’ancienne.
Pitan  dit  avec  bonhomie :
- Moi, je ne suis jaloux de  rien,  mon  petit.   On  est blond,  on  est  brun ,  on  est  grand,  on  est   petit,  on est  blanc,  on est  jaune,  pour moi, tout  ça est  égal,  on aime,  on saigne,  on  meurt  de même. Je suis pour  toutes  les patries. Aucune ne me gêne. Mais voilà ! La nôtre, celle  des  prolétaires,  on  ne lui  accorde pas le  droit de  vivre.  Il  faut  bien  qu’elle l’arrache  aux vôtres.
- En nous arrachant la vie.
- On ne vous  en  veut  pas   Mais  votre  classe nous  prend  notre  soleil.
- Je n’en prends pas  beaucoup, dit  Marc, tristement.
- Vous avez les moyens d’aller  le chercher. Dans  vos  livres,  vos études, dans les libres et  tranquilles travaux de votre esprit . Allez donc le  chercher,  et  ensuite, donnez-le  nous,  à  nous,  qui  n’avons  pas les  moyens de  nous  payer  des excursions coûteuses !  C’est  ce que  vous pouvez faire  de  mieux. Retournez chez vous, et  là,  travaillez pour  nous !
- Ce n’est pas gai, dit Marc. Vivre sans compagnons !
 - On est compagnons  de  tous,  on  n’est pas compagnon d’un seul. !
- Ah quelle solitude !  fit   Marc
Pitan s’arrêta, regarda avec une  compassion  souriante le visage de   l’enfant qui  cherchait  à se  dérober. Il redressa  le  dos,  pris une bonne  bouffée  de  l’air empuanti par  les relents d’usine, et  dit :
- Oui, c’est  bon . C’est sain.
Marc fronçait le nez.  Pitan lui  frappa sur l’épaule :
- Regarde ! …
(pour la  première fois,  il le tutoyait.)
De la ceinture  des fortifs, ils voyaient la  vaste  plaine   pelée, les  longues fumées d’usines que tordaient  lourdement, comme  un  linge  à la  lessive,  la bise  glacée  d’hiver,  dans  la cuve  du  ciel  boueux,  et  par  derrière, la fourmilière  des  maisons,  les  millions de  vies  , la Ville,  la sévère  tragédie.  Heureux et  sérieux,  Pitan   respirait  à  l’aise. Et  il dit :
- La solitude avec tous, c’est tous  être frères de tous. 
- Et tous, ils s’entre-dévorent,  dit Marc amèrement.
- Il faut bien qu’ils  mangent !  fit  simplement Pitan . C’est  la  loi… Et donc  nourrissons-les !  Nourrir  de  soi  les autres,  c’est  pour   ça qu’on  est  né. Et  de  toutes  les  bonnes  choses,  celle-là  c’est la  meilleure !
Marc Regardait  la face  du  petit   raccommodeur ,  illuminée  d’un  feu  interne,  et   il  était  saisi  de cette  muette  allégresse qui  rêve  de  s’offrir  en  pâture. Il pensa que  le  Dieu  chrétien  lui-même était  venu  pour  se  faire  manger.. Ah !  quelle  barbare   humanité !  Il  en  percevait bien  la grandeur.  Mais  il était trop  jeune   pour  y aspirer.
-  Non !  Pas  être  mangé, !... Manger ! 

Lu 132 fois Dernière modification le vendredi, 23 octobre 2020 23:53

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.