jeudi, 24 janvier 2013 00:00

lewis Carroll Alice au pays des merveilles

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Alice au pays des merveilles
&
De l'autre côté du miroir

Lewis Carroll (1832-1898)

Lewis Carroll (né Charles Lutwidge Dodgson) est écrivain, photographe et mathématicien. Il écrit "Alice au pays des merveilles" et "De l'autre côté du miroir" après les avoirs inventés au fur et à mesure qu'il les contait aux filles Liddel, et il les dédie à Alice Liddel.

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Jusque là, les contes pour enfant mettaient en scène des personnages enfant qui allaient "gentiment" s'insérer dans le monde des adultes : le monde des responsabilités, de l'âge ou la vieillesse, le monde de l'assomption, celui ou les rêves pourrissent au fond d'un placard et ou le jeu n'existe plus, ou encore le monde des sentiments. Aussi, ces contes avaient pour visée de préparer l'enfant-lecteur à entrer dans le monde des adultes. Si Alice au pays des merveilles et sa suite De l'autre côté du miroir est révolutionnaire, c'est d'abord parce qu'il rompt avec cette tradition du conte pour enfant.

Alice trace une ligne, comme un mur, entre le monde des enfants et celui des adultes. On le voit bien quand Alice rencontre la licorne et que celle-ci lui dit "J'ai toujours cru que les enfants étaient des monstres fabuleux !", la licorne, c'est l'adulte qui s'adresse à l'enfant, et Alice de répondre "et moi j'ai toujours cru que les licornes étaient des monstres fabuleux !", joli clin d'œil qui se termine par "si tu crois en moi alors je croirai en toi". Il y a bien une frontière entre les deux mondes (chacun étant le fabuleux/monstrueux pour l'autre) mais au lieu de franchir cette frontière, Carroll reste du côté de l'enfance par et pour le rêve. Bref, au lieu de préparer l'enfant à entrer dans le monde des adultes, c'est plutôt l'adulte qu'il amène dans l'enfance : il montre à l'adulte ce monstre fabuleux qu'est l'enfant. Il lui montre le jeu, la confusion, le flottement, toute l'illogique de l'enfant en le promenant dans le rêve de celui-ci.

illustration  pour  Alice  ,le thé  avec  le   Chapelier  fouIllogique, "flottement", équivoque du langage, Carroll joue dessus en permanence. Il a par ailleurs publié La Logique symbolique en 1890. Si le premier cheval de bataille de Carroll était le terrain de jeu de l'enfance (familiariser l'adulte à ce monstrueux fabuleux qu'est l'enfant), son second cheval de bataille est formelle : on sera heureux de trouver deux contes jonché de jeux de mots tous plus fous les uns que les autres, de jeux de langages et de confusions. Tantôt, Alice essoufflée de courir, demande au roi qui la traîne par la main en speedant "serriez-vous assez bon pour arrêter une minute ?" et le roi de répondre "je suis assez bon mais je ne suis pas assez fort : une minute passe beaucoup trop vite pour que je puisse l'arrêter !". Aussi, Alice s'étonne parfois "ça n'a aucun sens et pourtant c'est exprimé dans un anglais tout à fait correct".

Magritte (ceci n'est pas une pipe !) et Frege (le concept de chien ne mord pas) sentent le Carroll à plein nez.

La rupture qu'offre ses contes ne sera pas reprise et n'offrira pas un nouveau mouvement, si ce n'est qu'on en trouvera des accents chez Peter Pan (conte de fond, et par là autrement plus tragique et romantique qu'Alice) dans la mesure ou il est l'illustration d'une éternité ou d'une répétition enfantine.

Adam

publié sur Philautarchie Novembre 2006

Lu 893 fois Dernière modification le jeudi, 21 août 2014 13:14

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