mercredi, 15 mars 2023 17:09

L'oeuvre de Tchékhov

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Principales pièces  de théâtre, nouvelles  , récits, essais...

Théâtre

- La  mouette (1896)
- Oncle Vania (1899)
- Les trois soeurs (1901)
- La  cerisaie (1904)

Nouvelles

(Tchékhov  publia  plus de   500 nouvelles)

- Recueil  "La  Dame  au  petit chien" et  autres nouvelles Préface  de  Roger  Grenier 
15  nouvelles   brèves  consacrées  aux  types de  femmes selon  Tchékhov

- Recueil "Le duel" et  autres  nouvelles  Préface   de  Roger  Grenier
5 nouvelles plus conséquentes  : Le  Duel, Lueurs, Une  banale  histoire, Ma vie ,  La  fiancée.

Essais  et   récits  :

- La  steppe
- L'ïle de   Sakhaline Préface  de   Roger  Grenier

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  Tchekhov la steppeLa Steppe
Histoire  d'un  voyage 
(1888)

   Celui de  Iegoroutchka un enfant de  9 ans quittant don  foyer   pour  se  rendre  dans  la ville éloignée où  se trouve   son  futur  lycée, en  compagnie  de  son  oncle    négociant en  laine  et  d’un  vieux  pope libéré de sas  obligations  religieuses.

Ils  traversent en  calèche  une   région  quasi désertique du   Sud  de   la  Russie  et  croisent  à la faveur  des  haltes quotidiennes  les différentes  communautés  qui   l’habitent et dont  les  traditions et  modes de  vie   sont  préservées  par  l’isolement.

Une unique route  empruntée  par les voyageurs ,  les  négociants et les  nomades relie  les auberges  pittoresques ,  les  fermes  ou  les villages .

Tandis que sous  une chaleur accablante, les adultes  somnolent pendant  les longues étapes du  voyage,  indifférents  aux  paysages,  c’est  l’occasion  pour l’enfant   de  découvrir  la steppe et sa nature  dans  sa  sublime  indifférence au  sort  des  hommes.

 Tchekhov  avait  fait  ce   voyage  en  1887 à  27 ans, de Moscou  à   Taganrog,   mais  il  choisit  pour  nous  le  raconter,  les  yeux  et   le cœur   d’un  enfant attentif à  son  environnement,  encore  capable d’étonnement  dans cette empathie naturelle  de la  jeunesse avec les  hommes et  les animaux, un  choix  qui  lui permet d’exprimer dans des descriptions d’une grande  sensibilité son  propre  émerveillement .

« Peut - être bien que [ mon récit ] ouvrira les yeux de mes contemporains et leur montrera quelle richesse , quelles réserves de beauté demeurent encore intactes , et combien l’artiste russe a encore à faire . Si mon petit récit rappelle à mes collègues la steppe , qu’ils ont oubliée , si , ne serait - ce qu’un des motifs , que j’indique légèrement et sèchement , donne à quelque poète l’occasion de réfléchir , eh bien tant mieux . »

Quelques extraits :

Les  kourganes

« Dans le lointain bleuâtre , où le dernier tertre visible se fondait dans le brouillard , rien ne bougeait ; les kourganes , postes de guet ou tombes , qui ici et là s’élevaient au - dessus de l’horizon et de la steppe sans limite , gardaient une attitude de rigueur et de mort ; leur immobilité , leur silence faisaient sentir les siècles et la parfaite indifférence à l’homme ; mille années passeront , mourront des milliards d’hommes , et ils seront toujours là , sans pitié pour les morts , sans intérêt pour les vivants , et personne au monde ne saura pourquoi ils sont là et quel secret de la steppe ils dissimulent . « Des freux éveillés , silencieux et solitaires étaient au - dessus du sol . Et au vol nonchalant de ces oiseaux à longue vie , au matin qui ponctuellement se répète chaque jour , à l’immensité de la steppe , on ne pouvait trouver aucun sens . »

Le  milan

 

Un milan vole en rase - mottes , battant harmonieusement des ailes , et s’arrête soudain en l’air , comme pour réfléchir à l’ennui de vivre , puis il les secoue et file au - dessus de la steppe comme une flèche , sans qu’on sache pourquoi il vole ni ce qu’il veut . Au loin , le moulin , avec ses ailes , gesticule . . .

Les soirs…

Les soirs et les nuits de juillet , les cailles et les râles ne crient plus , les rossignols ne chantent plus dans les ravins forestiers , on ne sent plus l’odeur des fleurs , mais la steppe est toujours belle et pleine de vie . A peine le soleil est - il couché et la terre emmitouflée de ténèbres , que la langueur diurne est oubliée , tout est pardonné , et la steppe respire légèrement de sa vaste poitrine . Comme si , dans l’obscurité , l’herbe ne voyait pas sa vieillesse , elle devient le lieu d’un jeune et joyeux crépitement , inconnu dans la journée ; craquements , sifflements , grattements , basses , ténors et soprani de la steppe , tout se mêle en un grondement monotone , incessant , favorable aux souvenirs et à la mélancolie . Ce crépitement uniforme endort comme une berceuse ; on roule et on sent qu’on s’endort , mais voilà que retentit le cri saccadé , angoissé d’un oiseau qui veille encore , ou que se

fait entendre un son indéterminé , semblable à une voix prononçant « ah ? » avec étonnement , et les paupières assoupies se ferment . Ou alors on longe un petit ravin plein de buissons et l’on entend un oiseau que les habitants de la steppe appellent splouk crier à quelqu’un « Splou ! Splou ! Splou ! 2 » , tandis qu’un autre rit ou sanglote hystériquement : c’est le hibou . Dieu sait pour qui ils crient et qui les écoute dans cette plaine , mais leurs cris sont pleins de tristesse et de plaintes . . . On sent l’odeur du foin , de l’herbe séchée , des fleurs attardées , odeur épaisse , sirupeuse et tendre .

Les  offensés  du  destin

Pendant le repas , la conversation fut générale . De cette conversation Iégorouchka déduisit que ses nouveaux amis , malgré les différences d’âge et de caractère , avaient quelque chose en commun , qui les faisait se ressembler entre eux : c’étaient tous des gens avec un passé admirable et un présent déplorable ; sans exception , ils parlaient de leur passé avec enthousiasme et traitaient leur présent quasiment avec du mépris . Le Russe aime se souvenir mais n’aime pas vivre ; Iégorouchka ne savait pas cela , et , avant que la soupe ne fût mangée , il croyait fermement que les gens qui l’entouraient étaient des humiliés et des offensés du destin .

Lu 801 fois Dernière modification le vendredi, 17 mars 2023 20:07
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