Léon Nikolaïévitch TOLSTOÏ
(1828-1910)
Ses grands romans
Les Cosaques :1863
Roman
semi autobiographique .Tolstoï découvre lors de cet épisode de la
« pacification » du Caucase , la
sublimation rousseauiste de la nature et
auprès du peuple cosaque , la vérité
d’une vie naturelle et simple loin des
hypocrisies de l’existence aristocratique qu’il menait à Moscou.
C’est le point de départ de sa grande crise morale et religieuse qui devait
le soumettre tout
le restant de sa vie à son idéal d’altruisme
et de justice sociale auquel il se consacra.
Guerre et paix : 1869
Il
n’est plus utile de présenter cet immense roman considéré
comme le chef d’œuvre de Tolstoï, si souvent adapté au cinéma, à
la télévision mais également au théâtre et
en pièce lyrique (Prokoviev).
A
la fois peinture rigoureuse de la société russe de son époque, analyse
politique et réflexion philosophique
, il est aussi connu pour ses pages consacrées à la stratégie militaire et son
regard sévère sur l’épopée
napoléonienne.
(Lire l' analyse de André Durand )
Anna Karénine :1877
Anna Karénine est un grand roman
de l'adultère , d'un souffle beaucoup plus large que Madame Bovary
, et d'une grande variété de plans. C'est aussi un moment de
l'histoire humaine : tandis qu'il écrit ce chef d'oeuvre,
Tolstoï, en pleine puissance artistique, glisse au tombeau. le voici aux
environs de la cinquantaine. La seconde partie de cette longue
existence sera l'agonie d'un créateur, rongé par l'ambition
de la sainteté, défiguré par la tentation de l'absolu.
(Louis Pauwels , extrait de
sa préface au roman)
On n'est pas obligé de
partager en tous points les impressions de Louis Pauwels
qui semble déplorer les évolutions morales de Tolstoï. Mais il
montre bien à quel tournant de la vie de l'auteur se situe le roman., et
quelle charnière il constitue dans l'analyse de l'oeuvre globale.
Résurrection :1899
Dernier grand roman de Tolstoï, où son
engagement se fait plus pressant., la critique de la société plus vive
en particulier contre la justice et les structures pénitentiaires . Le
ton est plus politique davantage centré sur les problèmes sociaux
,mais les personnages qu'il met en scène n'en sont pas moins , pour moi
parmi les plus attachants, dans cette course au bonheur perdu et à
la rédemption.
Autres ouvrages
(Page suivante )
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Tolstoï et son temps
Pour Tolstoï plus que tout autre , le regard sur le
monde qui entoure l'oeuvre d'un écrivain me parait indispensable , tant il
s'est investi dans son époque et l'a marquée de sa pensée ; si riche aussi
cette époque qu'il a traversée !
C'est durant la jeunesse de Tolstoï,
qu'Auguste Comte
commence son cours de philosophie positive, que Tocqueville travaille à
De la
Démocratie en Amérique, que Marx écrit son Manifeste du Parti
communiste.
Tandis qu'il compose Guerre et Paix, Darwin
élabore sa théorie sur l'évolution, Spenser ses Principes de
sociologie, Bakounine Etatisme
et anarchie. Marx poursuit avec le Capital. Les idées féministes
progressent tandis qu'il écrit Anna Karénine et Résurrection.
Le monde de Tolstoï est un monde socialement en
ébullition
. Depuis longtemps, la révolution Française a secoué les bases des
Institutions mais la révolution industrielle continue de déstabiliser états,
nations et populations. De nouvelles couches sociales sont apparues avec
confrontation exacerbées d'intérêts. Le besoin d'émancipation des secteurs
les plus opprimés (classe laborieuse, serfs, femmes ) prennent conscience de
leurs droits et de leur pouvoir . L'équilibre social cherche sa voie.
Matérialisme ou Utopie religieuse ? Les Sciences bousculent les vieux mythes.
L'homme prend possession de la Terre pour y défendre son droit au bonheur
immédiat et rompre avec le fatalisme d'une existence misérable, le lot de la
condition humaine coupable et repentante . Laïcité , aspiration à l'égalité devant les
biens et les ressources, solidarité de classe , certains veulent aller très
vite , l'anarchie de Proudhon et de Bakounine fleurit opposée au socialisme
utopique de Fourier et de Comte puis au socialisme scientifique de Marx .
En Angleterre et en Allemagne notamment le Christianisme social lui
répond et se dresse à son tour contre les injustices de l'économie capitaliste .
Les idées oscillent entre nationalisme et internationalisme.
Tandis que les frontières fondent dans le socialisme ouvrier, les états
s'affrontent pour assurer leur suprématie et s'adjuger de nouveaux territoires
en Afrique, en Asie, en Inde en développant le colonialisme.
La Russie de Tolstoï voit l'abolition du servage en
1861, (Aux Etats Unis en 1865 le Congrès vote l'abolition de l'esclavage) cause pour laquelle il n'aura cessé de militer en développant par
anticipation des expériences sur ses propres domaines et en proposant des systèmes d'Education
populaire pour compléter la réforme.. Son engagement permanent pour défendre
les masses populaires contre l'élite aristocratique ne le conduiront pas
toutefois à adhérer aux mouvements révolutionnaires dont il condamne la
violence.
En 1877, Tolstoï traverse une
importante crise spirituelle : "Saisi par le vertige du néant, il éprouve
douloureusement l'impossibilité de vivre sans la foi qu'il découvre intacte
chez les gens du peuple " (Michel Aucouturier)
Il s'écarte pourtant de l'église avec
laquelle il entre en conflit , il recherche le vrai "message biblique"
qu'il considère altéré par la tradition Juive et l'enseignement de l'Eglise.
( Rejetant la divinité du Christ , il sera excommunié en 1901) .
Contestant les autorités civiles et
religieuses , sa vie est désormais consacrée à la dénonciation des excès du
monde moderne, soumis au pouvoir maléfique de l'argent, à la poursuite du
superflu, à la machine ; l'art moderne sera lui aussi condamné par sa morale vouée à
l'authentique vérité de l'esthétique populaire.
Fidèle aux classes modestes , confiant
dans la sagesse du peuple, Tolstoï s'est élevé toute sa vie contre le
mensonge et l'hypocrisie mais surtout contre l'exploitation de l'homme par
l'homme.
L'existence austère qu'il adopte à la
fin de sa vie ne réussira pas à l'isoler ni à porter atteinte à l'immense
autorité morale qu'il a acquise dans le monde entier .
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Sur mon père
de Tatiana
Tolstoï
Il n’y a rien
de pire qu’une vérité qui ne soit pas vraie
(Nicolas Gogol)
Adulé , honoré , respecté
, en novembre 1910 Tolstoï
s’effondrait, terrassé par une
pneumonie dans
une petite gare de Riazan, anonyme et dans cet état de pauvreté auquel
il avait tant aspiré.
C’était le terme
d’une longue bataille pour
atteindre un idéal absolu qui tragiquement lui échappa
toute sa vie .
Pour
cet homme épris de vérité et
d’authenticité , l’incapacité de conformer sa vie à ses aspirations pour une existence d’ascétisme et d’équité sociale
fut pour lui un
enfer permanent .
Déchiré entre son
profond amour
pour une femme attachée à ses biens et son désir de renoncer aux
privilèges que lui donnait
une naissance aristocratique , il
dut supporter de vivre dans des
conditions qu’il réprouvait dans
la mesure où cette existence le séparait du peuple russe dont il vénérait la
simplicité et chez qui
il retrouvait son idéal
christique. Tatiana Tolstoï, sa
fille aînée qui l’accompagna jusqu’à la fin, s’applique
à nous montrer que le grand homme ne fut pas le seul à souffrir.
A tort ou
à raison, sa femme ne put
jamais embrasser son idéal et cependant ne cessa jamais de l’aimer.
La vie du couple partagée
entre Moscou et les terres d’Iasnaïa
Poliana fut constamment ébranlée par les échecs de tentatives de ruptures et
de séparations qui auraient libéré l’écrivain-penseur .
Il n’est pas crédible de reprocher
à Tolstoï de n’avoir pas été,
en pratique, jusqu’au bout de ses idées ;
on sait qu’il le fit pour lui même
, partageant le plus souvent la
vie de ses anciens serfs qu’il avait émancipés , distribuant la plus grande
partie des biens dont il pouvait librement disposer
. Mais c’est vraisemblablement par amour
qu’il ne put rompre les liens avec sa famille et par là avec certaines
apparences contraires à son idéal.
En automne de l’année 1910 il se résout enfin
à tout quitter, à fuir ce qui l’empêche
de vivre en harmonie avec sa
vérité mais la mort
ne lui permit pas d’en
jouir.
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Tolstoï , apôtre de la non violence
et inspirateur de la politique d'éducation libératrice de Gandhi
Extrait d'un document publié par
l'encyclopédie de l'Agora mettant en relation le penseur Russe et le philosophe
Indien.
http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/K_Gandhi--Gandhi_et_leducation_par_Krishna_Kumar
Texte
Le rejet du système colonial d'éducation que
l'administration britannique avait instauré au début du XIXe siècle en Inde
constitua une dimension importante de l'effervescence intellectuelle générée
par la lutte pour l'indépendance. Ce rejet fut formulé par nombre d'éminentes
personnalités indiennes, notamment des dirigeants politiques, des réformateurs
sociaux et des écrivains. Mais nul n'opposa à l'éducation coloniale un refus
aussi complet et aussi catégorique que Gandhi. Nul non plus ne proposa une
solution de rechange aussi radicale. Les critiques que Gandhi adressait à l'éducation
coloniale n'étaient qu'un aspect du jugement global for sévère qu'il portait
sur la civilisation occidentale. Pour lui, la colonisation et, notamment, son
projet éducatif constituaient la négation de la vérité et de la
non-violence, les deux valeurs qu'il tenait pour suprêmes. Le fait que les
Occidentaux aient consacré «toute leur énergie, leur industrie et leur esprit
d'entreprise au pillage et à la destruction des autres races» était pour
Gandhi la preuve plus que suffisante du triste état dans lequel se trouvait la
civilisation occidentale (1). Il en concluait donc que cette civilisation ne
pouvait en aucun cas être un symbole de progrès ni un modèle digne d'être
imité ou transplanté en Inde
On aurait tort d'attribuer la
position de Gandhi par rapport à l'éducation coloniale à une quelconque xénophobie.
Il serait tout aussi erroné d'y voir l'indice d'un subtil dogmatisme
revivaliste. Si l'on pouvait lire le plan d'«éducation de base» de Gandhi
comme un texte anonyme s'inscrivant dans l'histoire de l'éducation mondiale, on
le rattacherait sans difficulté à la tradition des humanistes radicaux
occidentaux comme Pestalozzi, Owen, Tolstoï ou
Dewey.
[...]Gandhi mena le genre de vie qu'il préconisait
dans son projet d'éducation de base, à la ferme Phénix d'abord, puis, un peu
plus tard, de façon plus rigoureuse et plus ambitieuse, à la ferme Tolstoï,
dont le nom indique qu'à l'époque de cette seconde expérience Gandhi avait lu
les ouvrages de l'écrivain russe et était entré en contact avec lui. Nombre
des préoccupations
de Gandhi sont attribuables à l'influence de Tolstoï,
au premier chef le soin de lutter contre les causes de la violence dans
les sociétés humaines. L'attachement de Tolstoï au droit de tout individu à
vivre en paix et en liberté, ainsi que son rejet de toutes les formes
d'oppression amenèrent Gandhi à se sentir en communauté d'esprit avec lui.
Bien qu'il n'ai pas lu les articles de Tolstoï sur l'éducation publiés
dans la revue Iasnaia Poliana,
l'opinion de Tolstoï pour qui «l'éducation en tant que formation préméditée
des individus selon certains schémas est stérile, illégitime et impossible
(4)» aurait fort bien pu être exprimée par Gandhi.
Le droit à l'autonomie que
Gandhi confère à l'enseignant en ce qui concerne l'organisation des activités
scolaires quotidiennes est conforme aux principes libertaires qu'il partageait
avec Tolstoï. Gandhi souhaitait affranchir l'enseignant indien du joug
de la bureaucratie. A l'époque de l'administration coloniale, l'enseignant
avait pour seul rôle de transmettre et d'expliquer les formes et les contenus
du savoir que les autorités administratives avaient décidé d'inclure dans les
manuels prescrits. Mettant en évidence le rapport entre l'usage obligatoire de
manuels et le rôle secondaire de l'enseignant, Gandhi écrit: «Si l'on considère
les manuels comme l'instrument de l'éducation, la parole vivante de
l'enseignant n'a plus guère de valeur. Un maître qui prend les manuels comme
base de son enseignement n'apprend pas à ses élèves à faire preuve
d'originalité (5).» Le plan d'éducation de base de Gandhi impliquait que les
enseignants cessent d'être asservis aux manuels et aux programmes scolaires
imposés[...].
Un panorama sur le monde de Tolstoï