LES JUSTES
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(1949-1950) 

Un  texte qui nous invite  à nous interroger  sur les limites  de l’engagement politique, sur  l’absolu de l’idéal, et par  opposition  sur la dimension humaine  de nos actes et de nos jugements .

Les personnages, membres d’une organisation  révolutionnaire et réunis par Camus dans ce célèbre huis clos, campent les attitudes possibles  dans  une situation extrême (la préparation et la réalisation d’un attentat contre un dirigeant politique).

Tous ces  « Juste » tendus vers un objectif commun, solidaires et pourtant si différents  

L’amour de la justice , ici sociale, est-il le seul espoir de ceux qui ne croient  plus à Dieu ?

Mais qu’en est-il de cet amour d’absolu pour l’humanité qui ne rapproche pas  les hommes ?

Dora—« ..L’été Yanek tu te souviens ?  mais non c’est l’éternel  hiver . Nous ne sommes pas de ce monde, nous sommes des justes. Il y a une chaleur qui n’est pas pour  nous . Ah  pitié  pour les justes ! » 

Dans « Réflexions  sur le terrorisme » Camus a nettement condamné celui-ci : 

«  Quelle que soit  la cause  que l’on défend  elle restera toujours déshonorée  par le massacre aveugle d’une foule  innocente » 

Et déjà dans « les justes »  c’est cette position inébranlable ; la fin ne justifie pas les moyens  puisque de tous les protagonistes , seul Stepan  aveuglé par sa  propre haine née d’un vécu douloureux ,ne reculerait pas devant le sacrifice des enfants ,objets du dilemme , tandis que tous  les autres refusent  catégoriquement cette violence aveugle qui  souillerait  la cause qu’ils servent . 

Bien d’autres thèmes sont abordés dans ce texte  , celui de la responsabilité devant  l’échec , L’homme doit-il savoir prendre ses mesures et renoncer avec lucidité à l’engagement pour des causes ou des actes qui  le dépasse ?  Quelles limites au dépassement de soi ?

Voinov – « Oui  j’ai honte. J’ai visé trop haut. Il faut que je travaille  à ma place . Une toute petite place. La seule dont je sois digne . » 

Le thème aussi de l’amour absolu , de l’abnégation, du renoncement à l’amour tendresse , du sacrifice d’un bonheur  simple , humain au profit de l’Idéal  qui sublime mais broie ses esclaves .

Quel est le meilleur choix ?

Dora—« Il y a trop de sang , trop de dure violence . Ceux qui aiment vraiment la justice n’ont pas droit à l’amour. Ils sont dressés  comme je le suis, la tête levée , les  yeux fixes . Que viendrait faire l’amour dans ces cœurs fiers ?  L’amour courbe doucement les têtes Yanek. Nous nous avons la nuque raide." 

Si Camus  ne propose pas ici des réponses à toutes  les questions, comme pour le terrorisme  nous connaissons  par d’autres de ses écrits son rejet de l’idéologie  lorsqu’elle conduit à l’étouffement de  l’individu, attitude lucide d’un homme généreux si souvent engagé par ailleurs  pour défendre  des causes qui  ont fait progresser l’humanité  .  

Dora_ « Oui tu es  mon frère, et vous êtes tous me frères que j’aime . Mais quel affreux goût  a parfois la fraternité ! »

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