Son
absence
Elle est comme le vent qui fuit
Sous les arbres
du jardin
Au salon, sous les coussins
Le silence, pas un bruit
Elle est comme
le feu qui brûle
Mes entrailles au souvenir
Doux et amer des rires,
Des cris et des murmures
Elle est comme
l’eau du torrent
De mes pensées, elle bouillonne,
Elle saute, tourbillonne
Emporte mes sentiments
Elle est comme
la terre qui porte
En elle la vie, elle apporte
De l’eau, du vent, du soleil
Pour qu’encore je m’émerveille
Quand enfin comme un printemps
Elle revient, mon enfant
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Les
vairons
L’humanité
frétillante
A l’image de ces vairons
Dans l’épuisette du garçon
Se débat, impuissante
Celui-ci
est persuadé
Que son voisin il doit tuer
Manger ou bien être mangé
C’est sa devise, sa fierté
Un
autre a compris que pour lui
Son énergie c’est sa survie
Si bien que de jour comme de nuit
Il se débat, trouve un sursis
Celui-là
a abandonné
Avant même de commencer
A lutter pour se sauver
Et meurt entouré, isolé
Un
quatrième ne sait que faire
Il se retourne, s’affaire,
Se retrouve la queue en l’air,
N’a rien gagné, que du contraire!
Un
compère offre le salut
A ceux qui le suivront pourvu
Qu’ils lui donnent leurs bijoux
Leurs corps, âmes, portables, tout!
Le
dernier a pris en pitié
Tous ces pauvres hères perdus
Et dépense son temps, dévoué
A aider les autres, quelle vertu !
Moi
je regarde ces poisons
Et je me dis: quelle occasion
De pouvoir tous les contempler
Avant d’en faire mon dîner!!
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A
mon fils
Il
saute, tombe, rebondit
Se relève,
endolori
Crie beaucoup, pleurniche, rit
Car à présent tout est fini
Dans
mes bras grands ouverts jeté
Au creux de mon épaule lové
Sa tête toute ébouriffée
Joues empourprées, tout essoufflé
Il
est reparti de plus belle
Ses yeux, à nouveau, étincellent
Toujours sauvages, toujours rebelles
Ses jeux ,encore, il renouvelle
Quand
sonne l'heure du repas
Se font entendre des petits pas
Assis sur chaise, comme un roi,
Il engloutit tout son repas
Quand
tombe le soir, vient la nuit,
Le premier il sera au lit
Entouré de tous ses amis
En peluche, grands et petits
Mon ange dort enfin. Oui
!
Sortons d'ici sans faire de bruit ...
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Une
histoire que j'aime beaucoup:
Qui a tort? Qui a
raison ?
Première partie
Je reviens du marché avec les
enfants. Aziz est content parce que j’ai acheté des dattes et qu’il adore
ça. Saida et Mustapha se lancent des pierres, qu’ils trouvent en abondance le
long de ce chemin aride qui va du marché à notre village. Nous habitons un
petit village pauvre, perché sur un monticule de terre rouge où, selon mon père
, ont habité le père de son père et tous ses ancêtres depuis des temps immémoriaux.
A présent, ce territoire au bord de la mer est disputé par les dirigeants de
notre Etat et celui de nos voisins, Israel. Beaucoup de nos dirigeants veulent
nous faire croire que les iraéliens sont des assassins, qu’ils sont assoiffés
d’argent et de pouvoir et qu’ils sont prêts à tout pour parvenir à leurs
fins. Ils disent qu’ils ont ça dans le sang et que c’est pour ça que, de
tout temps, ils ont été chassés des terres sur lesquelles ils avaient trouvé
refuge.
Moi, je sais que c’est faux. Avant d’habiter cette maison dans la bande de
Gaza, nous avons vécu quelques années heureuses à Jérusalem. Là-bas, nous
avions des voisins juifs. C’étaient des gens très gentils. Nos enfants
allaient souvent jouer ensemble dans la rue. Aziz était tout le temps avec leur
plus jeune fille, la petite Sarah. Une très jolie fille, toujours bien habillée
et coiffée comme pour un jour de fête. Je soupçonne Aziz d’en être tombé
amoureux. D’ailleurs, quand nous avons déménagé, on pouvait lire la mélancolie
dans ses yeux. Il ne voulait même pas essayer de se faire de nouveaux copains.
Il est resté quelques mois dans cet état. A présent, les choses ont changé.
Les colons juifs qui se sont installés près de notre village n’ont pas de
contact avec nous. Ils ont construit de hauts murs autour de leur colonie et des
soldats patrouillent en permanence aux alentours. Les colons nous évitent comme
si nous étions pestiférés. En fait, les seuls contacts que nous avons avec
eux se réduisent à présenter nos papiers d’identité aux postes de contrôle.
D’ailleurs, nous voici au poste de contrôle situé au bord du chemin qui
court le long de leur colonie pour rejoindre notre village deux kilomètres plus
loin. Je m’arrête pour montrer mes papiers. Les soldats me connaissent bien
maintenant, mais ils font comme si c’était la première fois qu’ils me
voyaient. Ils sont froids et distants. Ils ont manifestement l’intention de
faire leur travail avec zèle. Je leur montre à mon tour du mépris, je ne veux
pas qu’ils voient que je suis plus soumise que nécessaire. Mustapha court
derrière les soldats et vide le chargeur d’une Kalachnikov imaginaire dans
leur dos. Sa bouche et ses mains s’agitent avec violence pendant que ses yeux
fusillent du regard les hommes de troupe. Un soldat exaspéré se retourne
brusquement pour lui hurler un ordre dans une langue qu’il comprend à peine.
Aziz, lui, a tout compris. Les longues soirées en tête à tête passées avec
Sarah, assis sur le rebord d’un muret de la vieille ville, à discuter du
soleil qui se couche sur l’horizon, lui ont appris la langue que les juifs
parlent. Cette expérience a aussi permis à Aziz de découvrir et d’apprécier
leur mode de vie et leur culture. La tension qu’a créée Mustapha le met mal
à l’aise. Il va chercher son frère et le ramène à mes cotés. Mustapha a
les yeux brillants de rage contenue et les mains tremblantes de colère. A 8
ans, il est capable de comprendre mon sentiment d’humiliation et de
frustration quand des soldats étrangers contrôlent mon identité sur la terre
de nos ancêtres.
Sa haine grandit avec lui et je ne peux rien faire pour la canaliser. J’ai
peur de deviner de quoi il sera capable quand il sera en âge de faire ses
propres choix. Quand j’en parle à mes amies, elles me disent « Que
veux-tu, c’est la guerre. On ne peut rien y faire. Nous, on est restés dans
notre pays, ce sont les juifs qui ont envahi notre territoire. Nos garçons
sont des braves, ils n’ont pas peur des juifs et de leurs armes. Ils nous défendront,
avec l’aide de Dieu.»
Nous défendre ! Avec des frondes et des pierres, contre des chars blindés
et une armée qui possède le matériel militaire le plus moderne ! Une
guerilla. Le soulèvement d’un peuple contre une armée. Une lutte perdue
d’avance pour les deux adversaires. Des vies perdues, des enfants orphelins,
des familles mutilées.
Moi,
je veux que mes enfants vivent.
Seconde partie
C’est à l’autre bout de la ville. Une heure et demie d’attente dans les
files de voitures en perspective. Quand je pense que David aurait pu être de
retour à la maison en moins de 45 minutes en prenant le bus ! Mais c’est
trop dangereux par les temps qui courent. Mon mari et moi avons décidé
d’interdire les transports publics à nos enfants tant que la menace d’un
attentat serait présente. Nous n’avons pas pu nous résoudre à interdire les
sorties à nos enfants. Ce serait trop pour eux. Et puis c’est un moyen comme
un autre de conjurer le sort et d’oublier un instant la menace qui pèse en
permanence sur nos têtes. Bien sûr, Tel-Aviv est une grande ville et la
probabilité d’être blessé par l’explosion d’une bombe est très faible.
Cependant quand c’est une vie qui est en jeu la probabilité est toujours trop
élevée. La vie de nos enfants est trop précieuse pour être soumise aux
caprices des chiffres.
Ce soir, Davis sortait en boîte avec ses amis, ceux que l’on surnomme
« la bande à Siméon ». A 16 ans, l’instinct grégaire de
l’enfant ressurgit, il ressent le besoin d’appartenir à un groupe. Chez les
garçons surtout. Les filles, elles, préfèrent la confidentialité d’une
relation privilégiée avec une seule copine. Notre fille Anne a trouvé une sœur
jumelle en la personne de Sophie, la sœur de Siméon. Elles ont le même âge, à
un jour près. Elles se ressemblent comme des jumelles, bien que Sophie soit
plus grande et plus fine : mêmes cheveux marrons, mêmes yeux assortis, pétillants
de jeunesse et d’ingénuité, mêmes joues douces et roses, mêmes oreilles
aux contours arrondis, mêmes sourcils fins et délicats, hauts et droits. Ce
dernier détail serait assurément le signe d’une grande force de caractère
d’après mon mari, qui en retire beaucoup de fierté. Les deux filles sont
vites devenues inséparables.
La boîte de nuit est inondée de lumière. Des soldats patrouillent en
permanence aux alentours. Ils sont nombreux et bien armés. Ce sont pour la
plupart de très jeunes gens, peu expérimentés mais très déterminés et
totalement conscients de l’importance de la mission qui leur est confiée. Les
soldats discutent un peu avec les jeunes venus se défouler mais la conversation
ne se prolonge jamais et ils retournent rapidement à leur ronde nocturne.
Les enfants sont déjà dehors, ils m’attendent à coté de l’entrée
principale, sous l’enseigne lumineuse, afin que je les reconnaisse rapidement.
Ils sont encore tout excités par leur soirée. Ils trépignent en dansant et en
vociférant des paroles qu’ils ne comprennent pas toujours. Daniel et Jean,
les plus sages du groupe, discutent d’un air grave en jetant des coups
d’oeil aux soldats en patrouille. Daniel doit encore avoir frais en mémoire
cet instant de l’année dernière, quand il a assisté à l’explosion d’un
obus de mortier dans la cour d’une villa, dans la colonie où ses
grands-parents s’étaient installés. Ce qu’il a vu doit l’avoir marqué
à tout jamais et cette insécurité de tous les instants lui pèse certainement
plus lourdement qu’à aucun autre d’entre nous.
A cet instant, je me rappelle que la sœur de Jean, Sarah, était tombée
amoureuse d’un jeune palestinien. Je n’ai jamais su son nom, mais je me
souviens de les avoir vus plusieurs fois discuter côte-à-côte sur un banc
public ou sur un muret, dans le centre ville. C’était un beau jeune homme
avec des yeux et des sourcils du noir de geai qui font le charme des
proche-orientaux. La mère de Jean m’en a parlé quelques fois. Elle disait
que ce garçon était intelligent et curieux de tout. Elle disait qu’il n’était
pas comme beaucoup de ses compatriotes : borné, inculte, hermétique à
tout ce qui vient de l’extérieur. Elle l’appréciait énormément. Elle
aurait peut-être même été fière de l’avoir comme gendre, malgré
l’impossibilité d’une telle situation.
Juifs et musulmans ne peuvent pas se marier sans que l’un des deux fasse le
deuil de sa religion. La religion juive se transmet par la mère alors que les
musulmans transmettent leur religion par le père. Totalement incompatible.
Je sors de ma rêverie lorsque les enfants se précipitent vers les portières
de la voiture et prennent les sièges d’assaut. L’espace intérieur de la
voiture dans lequel murmurait le requiem de Mozart l’instant précédent est
à présent empli des chants hurlants que les jeunes ont entendus durant la soirée.
Je démarre aussitôt. Mon seul souci à présent est de reconduire ces
gaillards beuglants le plus rapidement possible dans leurs foyers respectifs et
de regagner le lit douillet que mon compagnon tient au chaud en mon absence.
Soudain, une déflagration terrible retentit. Ca vient du coté gauche, de mon
coté. Une lueur orangée illumine les toits derrière une ligne de bâtiments
qui me cachent la vue. C’était tout près, les vitres de la voiture ont vibré.
Le temps s’est arrêté. Dehors, on peut à peine entendre des cris de détresse.
Dans la voiture, les visages se vident de leur sang. Au bruit de l’explosion,
nous nous sommes soudainement figés. A présent, chacun observe le silence,
comme si parler pouvait attirer le malheur sur nous. Dans ces moments là, on a
envie de s’enfoncer sous terre, de devenir une pierre. Mon instinct me
commande aussitôt de prier pour que des enfants ne fussent pas touchés. Dans
ma prière, je n’oublierai pas de remercier Dieu d’avoir épargné mes
propres enfants et leurs amis.
Je veux que mes enfants vivent.
Poésies et texte de Steph