Jamais compositeur ne fut plus adulé de son temps ! Courtisé
par le monde de la musique
aussi bien que dans les autres instances d’expression artistiques ,
dans son pays comme dans toutes les parties du monde où il se déplaçait
fréquemment.
Un
homme au caractère trempé il fut particulièrement sévère envers
Wagner à qui il vouait une véritable
haine, qui surpasse son anti-romantisme . En quête d’un
renouvellement total,
vers une quasi abstraction dans l’élan qui animait les
milieux artistiques et culturels de son époque ,il
reniait l’héritage
romantique et affirmait facilement que la musique ne
pouvait rien évoquer ni sentiments
ni images : « Je considère la musique par son
essence , impuissante à exprimer quoi que ce soit : un sentiment
, une attitude , un état psychologique, un phénomène de la
nature etc. L’expression n’a jamais été la propriété immanente de
la musique La raison d’être de celle-ci n’a jamais été conditionnée
par celle-la Si ,comme c’est presque toujours le cas, la musique
semble exprimer quelque chose , ce n’est qu’une illusion et non pas
une réalité .C’est simplement un élément additionnel que ,par une
convention tacite et invétérée, nous lui avons prêté, imposé, comme
une étiquette, un protocole, bref, une
tenue, et que par accoutumance ou inconscience , nous sommes arrivés
à confondre avec son essence. »
L’esprit
de la déclaration me semble
un rien provocateur , surtout quand on connaît
l’immense succès du Sacre du Printemps aux rythmes irrésistibles
, aux évocations mythiques, élevé à la symbolique de
la Création du monde
.
Est-ce
vraiment pur hasard si notre vision
fait l’unanimité sur ce thème qui anime le ballet éponyme
créé par Nijinsky en 1913, repris
par la plupart des grands chorégraphes et notamment par
Béjart lequel lui restitue toute sa puissance, et
sublimement adapté au cinéma par Walt Disney, dans son
chef d’œuvre Fantasia .
Une
idée toute personnelle : Le jugement de Stravinsky qui peut nous
paraître parfois un peu outrancier ne trahit-il pas sa
profonde admiration du corps humain comme moyen d'expression
artistique dans la chorégraphie : la plupart de ces oeuvres
sont vouées au ballet.
