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1954 Luchino Visconti Alida Valli : la comtesse Serpieri Farley Granger: Franz Mahler Musique : Extraits de la 7ème symphonie de Bruckner et de l'opéra "Le Trouvère" de Verdi D’après
une nouvelle de Camille Boïto Un
des chefs-d'oeuvres de Visconti . La première rencontre des deux principaux
protagonistes Franz et Livia , se passe dans les ruelles de Venise où ils déambulent
toute une nuit durant laquelle le destin de Livia va progressivement basculer.
Quand ils se croisent , ce soir là
, elle est comtesse Serpieri, une bourgeoise acquise à la cause de l'Italie et
militante contre l'occupant autrichien
(c'est l'époque de Garibaldi et de l'unification italienne en guerre contre
l'Autriche ) Au petit matin , elle n'est plus qu'amoureuse. Cette femme va tout
sacrifier à ce jeune amant, un soldat autrichien qui abuse d’elle pour déserter
et échapper aux combats. Tout y passe , honneur, famille, situation sociale et
surtout cause politique qu'elle trahit lamentablement. Totalement sous l'emprise
de cet amour elle découvre brutalement la manipulation de Franz . Humiliée,
ayant perdu jusqu’au respect d'elle-même, elle dénonce
son amant à ses supérieurs et sombre dans la folie , tandis qu’il est
exécuté . Personnellement
, ce film me fascine parce qu’il crée
un conflit entre deux regards contradictoires
dépassant la seule
complexité des caractères
et apportant la confusion dans
nos propres sentiments. Entrainés
par la passion de Livia qui
en est le narrateur , nous
acceptons les confidences d’une
victime. Sa déraison nous est
perceptible du début à la fin. On pressent sa
faiblesse dont l’issue est
inéluctable mais on ressent aussi la
passion qui l’aveugle. Franz
nous est odieux et c’est sa lâcheté, sa
fourberie que nous subissons
et qui nous révulse. Mais
quand la projection prend
fin , que les lumières se rallument il
en va tout
autrement et l’on
est confus
de cette complicité avec cette passion dévorante qui
détruit Franz tout autant que Livia . Le cynisme de l'officier autrichien aurait dû susciter en nous moins d’antipathie Son réquisitoire contre la guerre trouve en nous des échos justificateurs ; sa vision d’une aristocratie décadente et opportuniste ,sa réaction aux valeurs moribondes , c’est le regard lucide sur un monde qui s’éteint et le pressentiment d’un avenir où il n’a pas sa place.
&&&&& L’idée
de Visconti était : « de dresser un
tableau d’ensemble de l’histoire italienne sur lequel
se détacherait
l’aventure de la comtesse Serpieri,
mais celle-ci au
fond , n’était que la représentante
d’une certaine classe . Ce
qui m’intéressait , c’était de
raconter l’histoire
d’une guerre mal
faite , faite par une classe seule et qui
fut un désastre ». (extrait d’une
interview de Visconti ) &&&&& Senso
fut profondément incompris à
sa sortie. On l’interpréta
comme une rupture
avec le néo-réalisme sans comprendre que pour Visconti « le néo-réalisme »
est avant tout une question de contenu »
(cahiers du cinéma n°93) Le fil prolonge en
fait la théâtralité déjà marquée
antérieurement. Senso est un mélodrame où la réalité est stylisée à la
manière d’un opéra. Plus qu’une adaptation
, le film est une réécriture de la nouvelle
de Boïto puisque Visconti y
introduit l’Histoire. La passion de
la comtesse Serpieri se
déroule au moment , 1866 ,
où l’Italie du Risorgimento affronte
l’ Autriche qui occupe encore la Vénitie. Le Remigio du roman devient
l’officier autrichien Franz
Mahler et la comtesse ne lui
donne pas ses bijoux personnels mais le « trésor
de guerre » des patriotes italiens . Avec Senso , Visconti maitrise
à la perfection , l’imbrication de
l’histoire individuelle et de l’Histoire collective , parti pris qu’il utilisera
par la suite. Le
film n’est pas une fresque documentaire , c’est la peinture d’une
passion tragique dans un contexte
qui lui donne une signification
universelle. (extrait de Luchino Visconti cinéaste de Alain Sanzio et Paul-louis Thirard éditions Persona)
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