Antoine de Saint Exupéry
1900-17 juillet 1944
Pour beaucoup d'entre nous, c'est
d'abord Le Petit Prince
Ce livre qui nous a enchantés dans nos
toutes jeunes années, qu'on a repris tant de fois et qu'on a transmis
amoureusement à nos enfants.
Mais c'est bien sûr aussi Terre
des Hommes, Citadelle, Vol de nuit...
Ceux-là, je les ai lus, jeune
adolescente puis je les ai oubliés, enfin je le croyais. Puis, il y a peu je
suis retombée sur Citadelle, j'ai rouvert
Terre des hommes et Saint Exupéry a revendiqué chez moi la place de
choix qui lui revenait. C'est à lui notamment que je pense quand je dis que
ces belles idées dont nous sommes si fiers, nous n'avons fait que les emprunter
à nos premiers auteurs !
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Pourtant, les controverses sur l'oeuvre de Saint
Exupéry abondent(1)et (2); les schémas de nos idéologies , sont pour
lui, des carcans trop étroits et rigides ; ses principes ne sont pas
toujours faciles à comprendre ou à partager, mais échapper un instant à
l'encensement ne nuit pas à l'harmonie générale !
(1)ex: "La paix ou la
guerre "
(2) http://home.tele2.fr/~fr-16809/stex.htm
(L'idéologie chez Saint Exupéry) de Laurent de Galembert
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Chronologie
-Textes
de jeunesse
- L'aviateur
- Courrier Sud 1928
publié en 1929
- Vol de nuit
1929 publié en 1931
- Terre des hommes
1938,1939
- Citadelle début
en 1937 (inachevé ) publication posthume en 1948
- Pilote de guerre
1940, 1942
- Le Petit Prince
1941
- Lettre à un otage et autres
Ecrits de circonstances ....
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Le Petit Prince, version poétique de Terre des hommes
ou Terre des hommes genèse du Petit Prince ?
Quand on relit encore une fois le Petit Prince
et que cette relecture précède ou suit celle de Terre des hommes on ne
peut que s'étonner des échos qu'on perçoit dans les deux oeuvres.
Certes il est un peu réducteur de dire que Le Petit
Prince est la version poétique de Terre des Hommes parce que si la
poésie est le support essentiel de la pensée de Saint Exupéry dans le
Petit Prince et si l'émotion poétique y suggère à elle seule les idées
fortes, épurées, sans besoin d'analyse ou de développement, cette même
poésie imprègne aussi toutes les pages de Terre des hommes.
Comparer les deux oeuvres revient à comparer une image
à un texte.
Mais je ne peux m'empêcher de les associer
étroitement comme on pourrait associer une suite de leitmotive à une
symphonie.
La plupart des grands thèmes du Petit Prince préexistent
dans Terre des hommes et les images célèbres du premier jaillissent du
second comme des ébauches figuratives.
Quelques exemples pour illustrer cette idée mais je
suis certaine qu'une lecture plus attentive en révèlerait d'autres.
Je pense d'abord au cadre du Conte, au désert où se
produit l'improbable rencontre; le désert source de plénitude quand la peur
est dépassée, lieu privilégié où l'homme se retrouve face à lui-même. Le
désert si riche en expériences individuelles; le désert où l'inespéré se
produit, comme l'apparition soudaine d'un Berbère au seuil de la mort, où la
confiance qui rend probable le secours imprévisible, vous préserve du
désespoir.
Désert familier à Saint Exupéry mais
particulièrement propice à l'apparition d'un Petit Prince qui n'explique pas
sa présence.
Tout un chapitre de Terre des hommes est
consacré au désert, où naissent les mirages, les illusions et les songes ,
où les souvenirs agissent dans la solitude comme autant de liens invisibles qui
vous rattachent au monde des hommes. Ainsi, comme Guillaumet s'inventant des
histoires pour ne pas renoncer, surgit le Petit Prince, apparition provoquée ou
onirique pour accompagner un naufragé du désert, synthétisant dans le
dialogue qui s'instaure la vision idéalisée du monde., tel les méditations
d'un meneur d'hommes ( par là lié aux hommes), qui construit les réponses aux
questionnements existentiels et moraux, ces principes qui donnent, selon Saint
Exupéry dans Terre des hommes, un sens à la vie et qui
figurent à la manière d'une parabole dans le Conte.
C'est dans ce désert de Terre des hommes que
s'est révélé à Saint Exupéry , le puits qui se dissimule dans les
dunes . En savoir l'existence suffit à garder l'espoir et justifie tous les
efforts pour l'atteindre comme la longue marche du Petit prince et de
l'aviateur.
"Mais voici qu'aujourd'hui nous avons éprouvé
la soif. Et ce puits que nous connaissions, nous découvrons aujourd'hui
seulement qu'il rayonne sur l'étendue. Un femme invisible peut enchanter ainsi
toute une maison. Un puits porte loin, comme l'amour.
Nous avons accepté la règle du jeu, le jeu nous
forme à son image. Le Sahara c'est en nous qu'il se montre. L'aborder ce n'est
point pour visiter l'Oasis, c'est faire notre religion d'une fontaine."
S'il symbolise ce qui ne se voit pas, ce qu'on ne peut
voir avec les yeux, c'est aussi l'acte de foi d'un homme envers ses semblables.
Quelque part un homme a construit un puits et en concentrant ses efforts sur ce
puits qui n'est autre qu'une main tendue, l'assoiffé pourra se
désaltérer.
Apologie de l'effort, mais aussi de la solidarité
entre les hommes, la poulie chante la fraternité, soutien des naufragés du
désert.
Puits, fontaine, image récurrente de l'eau source de
vie dans les deux oeuvres . Quelle image plus forte de symbole pour celui
qui a été confronté au désert?
"Eau tu n'as ni goût ni couleur, ni arôme, on
ne peut pas te définir, on te goûte sans te connaître. Tu n'es pas
nécessaire à la vie : tu es la vie..."
Mais avant d'être la source naturelle que les Maures
vénèreront dans la brève excursion dans les Alpes , Saint Exupéry
s'attache à l'élément sublimé par la main de l'homme : l'eau qu'on tire d'un
puits, ou bien qui coule d'une fontaine. A cet élément primordial Saint
Exupéry ajoute la dimension humaine omniprésente dans le Conte.
Amour qui irradie le ciel, fait chanter les étoiles
comme la Rose lointaine ou les grelots d'un rire d'enfant ;
n'ont-ils pas été conçus comme cette femme dont la présence invisible peut
enchanter toute une maison ou ces lumières qui réconfortent l'aviateur parce
qu'il sait que l'une d'elles éclaire son foyer.
" Parmi tant d'étoiles, il n'en était qu'une
qui composât, pour se mettre à notre portée, ce bol odorant du repas de
l'aube.... toutes ces richesses du monde logeaient dans un grain de poussière
égaré parmi les constellations... Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une
étoile, c'est doux de regarder le ciel. Toutes les étoiles sont fleuries."
Essentiels du Petit Prince négligés par les grandes
personnes ou les hommes fourvoyés qui s'entassent dans des trains de banlieue
pour des destinations futiles, ce sont ces hommes qui ne savent plus vivre ou
qui ne sont pas encore nés et ne demandent qu'à naître :"
Vieux bureaucrate, mon camarade..."
Et le discours insistant du Renard sur la
responsabilité ne trouve-t-il pas sa source dans l'hymne à cette valeur si
souvent répété dans Terre des Hommes.
"Sa grandeur (Guillaumet)
c'est de se sentir
responsable. Responsable de lui, du courrier, des camarades qui espèrent. Il
tient dans ses mains leurs peines ou leurs joies. responsable de ce qui se
bâtit de neuf là-bas chez les vivants à quoi il doit participer. Responsable
un peu du destin des homme, dans la mesure de son travail.
Il fait partie des êtres larges qui acceptent de
couvrir de larges horizons de leur feuillage. Etre homme c'est précisément
être responsable. C'est connaître la honte en face d'une misère qui ne
semblait pas dépendre de soi. C'est être fier d'une victoire que les camarades
ont remportée, c'est sentir en posant sa pierre que l'on contribue à bâtir le
monde."
Rappelons nous également ces choses qui ne s'achètent
pas et l'eau que ne distribue pas le marchand de pilules, la rigueur de
l'allumeur de réverbères et celle du "directeur de la ligne"ou celle
encore du " gardien du troupeau", chacun accomplissant sa propre
mission pour le bien de tous.
Jusqu'à l'attitude du pilote naufragé à l'égard de
l'enfant tombé du ciel, intimidation, respect, souci du jugement porté sur l'adulte, sentiment d'infériorité morale, humilité, Saint Exupéry a
déjà vécu cette situation lors de sa rencontre avec les "fées"
d'Oasis.
Les deux oeuvres ne sont pas des versions
différentes, mais tour à tour poète-penseur ou penseur/poète, un même homme a traduit sa vision du monde et les
aspirations qu'il concevait pour lui, dans deux écrins qui se reflètent, où
rivalisent dans l'un comme dans l'autre pour nous atteindre, sensibilité et
profondeur..
(11/11/2004)
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Ecrits de circonstances
Moscou (1935)
(Lettre à
X.)
J'exulte,
je suis transportée, je vibre!!
Bon
modérons nos ardeurs!, je sais combien je m'emballe facilement !!
Saint
Ex a écrit ces articles en 1935.
Possible,
probable, que le temps émoussera son enthousiasme. Possible qu'il portera plus
tard des jugements plus sévères!!!
Je
voulais aussi me montrer plus méthodique dans la lecture de ses textes après
avoir découvert que ses articles sont souvent repris dans ses oeuvres
"romanesques" où le sens est sensiblement différent.
Ainsi
de « La paix ou la guerre » qui
figure dans "Terre des hommes"où, loin de la réalité de l'actualité,
sa vision de la guerre n'est pas ternie !!
Méfions-nous
toujours de notre jugement par rapport aux écrits de circonstances.
Donc
en 1935, Saint Ex est envoyé en reportage à Moscou pour les fêtes du 1er mai.
Après
un long voyage en train il découvre Moscou et en synthèse c'est d'un grand cri
d'admiration qu'il salue cette grande cité, capitale d'un grand peuple, menée
d'une main ferme mais ennoblissante celle de Staline!
La Révolution,
l’U.R.S.S. c'est la création de l'homme(de l'humanité) par opposition à l'épanouissement
de l'individu.
Il ne
dit pas ici vers quel idéal il tend lui-même; il ne fait que constater mais ce
qui plaide en faveur du collectif dynamisé est élogieux.
Trouverait-il
dans cette société nouvelle où la vie des hommes évolue dans un but commun
la solution à cette soif d'universel?
Ou
bien finira-t-il par prendre le parti de l'individu fatalement écrasé par la
marche des foules ?
Je
n'ai pas lu les commentaires, et je n'aurai pas la réponse avant d'avoir terminé
son oeuvre tout entière mais je sais déjà que l'alternative est vécue par
lui, avec une profonde compréhension des idéaux opposés entre lesquels moi-même
je me débats en de perpétuelles contradictions.
Faut-il
se réfugier dans une timide position de demi-mesure ?l'Homme oui sans oublier
l'homme?Lequel mérite le privilège?
Cette
question est surtout évidente dans le dialogue avec le juge de « Crime
et châtiments en Russie soviétique"
où le juge explique et justifie les lourdes peines et les faibles durées
d'incarcération
"il
ne s'agit pas de punir mais de corriger"
...semblable
au médecin. Il soigne s'il peut mais comme il sert avant tout le social, s'il
ne peut soigner il fusille." :
-Saint
Ex: " Je devine déjà qu'il y a là un grand irrespect pour l'individu
mais un grand respect pour l'Homme, pour celui qui se perpétue à travers les
individus et dont il s'agit de bâtir la grandeur.
...Coupable,
pensais-je, ne signifie rien ici
...C'est
le concept de châtiment qui en URSS n'a plus de sens."
Saint
Ex s'il ne se rallie pas, comprend et ne nie pas une certaine logique aux
"travaux forcés " soviétiques où le condamné devrait retrouver un
sens à sa vie dans la construction d'une oeuvre collective.(Dostoievski ?)
L'idéal
communiste n'est pas condamné par Saint Ex et moi aussi je crois que ce sont
les hommes si vulnérables à l'attrait du pouvoir et de la puissance
individuelle qui l'ont perverti
Mais
toujours la même question, peut-on espérer changer durablement , ce qui
apparait comme la profonde nature de l'homme commun!
Cet
idéal n'est sans doute accessible qu'aux surhommes ou aux dieux!! et notre
humanité courante devra se contenter d'idéologies ambivalentes comme nos démocraties
, le moindre mal!
A
part ces réflexions, j'ai trouvé dans ces articles de superbes interrogations
sur la misère, en grande partie reprises dans "Terre des Hommes" :
"Mozart assassiné"'épisode du train qui ramène chez eux les immigrés
polonais expulsés, où la tragédie se situe moins dans la misère elle-même
que sans doute la force de l'habitude atténue, mais dans ces talents
exceptionnels étouffés comme cet enfant reposant dans les bras de ses parents
brisés.
"Ah!
quel adorable visage ! Il était né de ce couple là, une sorte de fruit doré"
« et
je me dis , voici un visage de musicien, voici Mozart enfant. Voici une belle
promesse de la vie. Les petits princes de légende n'étaient point différent
de lui."
Les
malheurs des individus ne méritent pas notre pitié; c'est de l'humanité que
nous devons avoir le souci.
ou
bien la pitié
n'est pas suffisante; elle est inefficace.
ou
bien encore : sensiblerie
indigne de l'homme fort!!
Je ne
sais pas encore !!
Ah et
puis ce dernier article tout de tendresse sur les 'Souris grises": Une étrange
soirée avec Mademoiselle Xavier ;Ces petites vieilles qui l'on
séduit et sur lesquels le vent de la révolution est passé sans les remarquer
!!
Voilà
encore de si belles pages !!
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Espagne ensanglantée
(paru dans l’intransigeant en août
1936).
Envoyé en Espagne , au 25 ème jour
de l’insurrection, Saint Exupéry arrive à Barcelonne .Il y cherche
les stigmates du conflit qui se dissimulent derrière un quotidien si
apparemment ordinaire et constate amèrement, devant la révélation sournoise
des antagonismes « une
guerre civile ce n’est pas une guerre c’est une maladie. » « En
guerre civile l’ennemi est intérieur, on se bat contre soi-même. »
C’est pour lui l’occasion
d’exprimer une nouvelle fois ses réticences face à l’adhésion à des idéologies
qui divisent les hommes : »une foi
neuve est semblable à la peste, elle attaque par l’intérieur. Elle se
propage dans l’invisible et ceux d’un parti, dans la rue, se sentent entourés
de pestiférés qu’ils ne savent pas reconnaître. »
Tandis que fascistes ou anarchistes
appliquent leur loi sans nuance :
« Ici l’homme est collé
au mur simplement et rend ses entrailles sur des pierres. On t’a pris. On
t’a fusillé. Tu ne pensais pas comme nous autres. » ,
Saint Exupéry, cultive leurs ressemblances et se refuse aux jugements
partisans.
Comme si cette incapacité à prendre
parti trouvait ici son origine , il enchaîne sur cette contradiction permanente
qui oppose l’homme et l’espèce humaine : « J’ai
bien touché la contradiction que je ne saurais point résoudre. Car la grandeur
de l’homme n’est pas faite de la seule destinée de l’espèce. Chaque
individu est un empire. »
Ne doit –on pas comprendre que Saint
Exupéry hésite entre ces idéologies qui collectivement assurent le développent
de l’espèce (et lui sont par conséquent nécessaires) et la réalisation du
destin individuel ?
Comment lire son image lorsqu’il évoque
le mineur emmuré auquel on sacrifie la vie de plusieurs sauveteurs ? le
mineur est unique certes mais son sauvetage n’est rendu possible que par cet
élan de solidarité collective .
Ou encore :
« Comment mesurer l’homme ?
L’ancêtre de celui-ci a dessiné une fois un renne sur la paroi d’une
caverne et son geste 200 000 plus tard rayonne encore. Il nous émeut. Il se
prolonge encore en nous. Un geste d’homme est une source éternelle. »
Mais sans communauté, sans projet
collectif , l’homme ne serait –il pas encore à peindre des rennes dans des
cavernes .
A juste titre donc le constat de ces contradictions
impossible à résoudre !
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liens et bibiographie:
http://www.saint-exupery.org/
http://www.latecoere.com/expos/exup.htm
http://home.tele2.fr/~fr-16809/@.htm
(mémoire de DEA de Laurent de Galembert: La grandeur du Petit Prince )
http://home.tele2.fr/~fr-16809/stex.htm
(L'idéologie chez Saint Exupéry) de Laurent de Galembert
http://seaplane.free.fr/stex.htm
Le site de Xavier , un passionné de Saint Ex ....
La philosophie du Petit Prince
ou le retour à l'essentiel de Paul Meunier Editions Carte Blanche
L'essentiel est invisible
Une lecture psychanalytique du Petit Prince de Eugen
Drewermann Editions du Cerf