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Un conte de Sunny (avril 2005) La
lune et le sycomore
Il
était une fois, dans le fin fond des strates galactiques, une petite étoile,
qui par grâce spéciale de la création, se promenait librement dans
l’infini. Elle errait entre les mondes et était accompagnée par une petite
lune joyeuse, qui changeait de couleur au gré de ses humeurs. Cette étoile se
composait d’une seule île, entourée d’eau. Un petit coin de paradis, ceint
de flots clairs et paisibles. Parmi
toutes les beautés de l’île, il y avait un arbre merveilleux, un sycomore,
qui se dressait majestueux et solitaire au sommet d’une petite colline. Il
servait aussi de demeure occasionnelle à un petit démon, qui était son ami.
Le sycomore était un peu sorcier. Il était la mémoire de son étoile et ses
racines plongeaient au cœur même de sa substance. Il était aussi musicien.
Ses branches savaient distiller des mélodies magiques et lorsqu’il chantait,
on avait l’impression que toute l’île l’écoutait en retenant son
souffle. Quand
la petite lune apparaissait au dessus de l’île, elle s’amusait à plonger
celle-ci dans les couleurs les plus diverses. C’était une petite lune pleine
de fantaisie et de bonnes intentions. Le lagon devenait alors rose ou nacré et
le sycomore ressemblait à un arc-en-ciel. La lune aimait beaucoup s’attarder
auprès de l’arbre pour l’écouter ou parler avec lui. Elle adoucissait
alors ses rayons, pour le plonger dans une lumière douce et bienfaisante, qui
le rendait heureux et rayonnant à son tour. Cette
amitié dérangeait au plus haut point le petit démon. Il était affreusement
jaloux. Le sycomore était son ami à lui. Exclusivement ! Quant à la
lune, il en était secrètement amoureux, mais ne l’aurait avoué pour rien au
monde. Il se retira donc dans une des nombreuses grottes de l’île pour
ruminer. La
lune venait de plus en plus souvent briller près de l’arbre et celui-ci
devenait de plus en plus beau. Ses feuilles étincelaient et sa voix était un
enchantement. En l’absence de son amie, quand celle-ci tournoyait autour de
l’étoile, il sentait remonter en lui toutes les énergies de l’étoile et
composait des musiques presque mystiques. Un
soir, il vit une forme étrange approcher de lui sous la lumière diffuse des
astres alentour. Soudain il reconnut la voix de la lune, mais nulle lumière, ni
couleur. L’arbre se pencha et se
retrouva devant une petite silhouette inconnue. Pourtant c’était bien la voix
de sa lune et quand elle caressa doucement son écorce, il sentit le même bien-être
que lorsqu’elle brillait au dessus de lui. Il lui demanda si c’était bien
elle et comment cela se faisait qu’elle eut changé d’apparence. Elle lui
expliqua que lors de ses pérégrinations autour de l’île, il lui manquait
souvent et que là, elle avait souhaité très fort être près de lui et s’était
soudain retrouvée dans un corps étranger, marchant vers lui à la lumière des
étoiles. Elle n’y comprenait trop rien, se sentait un peu à l’étroit dans
sa nouvelle apparence, mais était très heureuse de pouvoir enfin l’approcher
de plus près. Il fut secoué d’un rire silencieux et lui avoua que de loin,
elle ressemblait un peu au petit démon disparu. Cela la fit rire également et
elle se retourna pour voir, si elle aussi avait cet étrange appendice que le
petit démon traînait fièrement derrière lui. Mais non. Dans l’ombre elle
sentait le sycomore qui la détaillait aussi et se demandait avec inquiétude
s’il était content de la voir ainsi. Pendant un long moment, ils ne dirent
rien et elle s’assit dans l’herbe à ses pieds, confortablement calée entre
deux racines et adossée à son tronc. Très doucement il se mit à chanter et
une grande paix descendit sur l’île. Elle dut finir par s’assoupir et quand
elle se réveilla, elle tourbillonnait à nouveau au dessus de l’étoile. Mais
elle revint, à quelques temps de là, et une autre fois encore et quand elle ne
venait pas l’arbre, pour la première fois se sentit seul dans l’obscurité
des mondes. Tout était beau et coloré et enchanté quand elle scintillait au
dessus de l’île, mais à présent, il avait conscience des ténèbres, quand
elle n’était pas là et les millions d’étoiles qui luisaient froidement
dans le ciel noir, ne pouvaient rien y changer. Pendant
ses balades, la lune s’attardait toujours aussi longtemps, sinon plus, près
de son sycomore et leurs conversations se firent plus intimes. Un jour, il la
surprit avec une jolie chanson, composée rien que pour elle. C’est tout juste
à ce moment là que le petit démon revint. Mais le sycomore était bien trop
occupé à chanter et la lune bien trop ravie par la chanson pour remarquer sa
présence. Du coup, il entra dans une grande colère et se cacha. Il ne sortit
de sa cachette que lorsque la lune eut disparu derrière l’horizon. Il fit
d’amers reproches à l’arbre, le menaça de le détruire, trépigna quand
l’arbre calmement lui répondit qu’il avait à présent besoin de la lune
comme de la terre, qui le nourrissait et décida de se venger. L’arbre lui
avait fourni un indice : « comme la terre qui le nourrissait ».
Le priver de sa terre, en voila une belle vengeance …
Il médita, entra en transe et chercha au tréfonds de lui-même l’étincelle
de méchanceté nécessaire au sort qu’il allait jeter. Il allait transformer
le sycomore en une chose mobile, comme lui-même, lui supprimer ses racines, le
couper de l’île dont il faisait intrinsèquement partie. Au paroxysme de sa
fureur, il vomit son incantation et eut la satisfaction de voir l’arbre
devenir une mince silhouette, perdue tout en haut de la colline. Et voila, plus
de majesté, plus de musique, plus d’énergie puisée dans la terre. Ravi de
la réussite de son plan et totalement épuisé par les efforts fournis, le
petit démon repartit se reposer dans une grotte. Le
sycomore totalement hébété ne savait pas ce qui lui arrivait. Le voila debout
sur deux fragiles piliers, légèrement tremblants, sa ramure avait fait place
à une chose légère et douce qui coulait entre ses deux uniques branches
ramifiées, comme de la soie … Il mit un moment à s’habituer, puis
lentement essaya d’avancer. Et miracle, il n’était plus cloué sur place.
Il était léger. Il se mit à danser sur l’herbe et à chanter. Sa voix était
toujours intacte et il en fut heureux. De
la mer, il vit monter une ombre légère, que désormais il connaissait bien et
il courut à sa rencontre. Et les voila debout, face à face, se rendant compte
qu’ils se ressemblaient étrangement. Elle l’effleura timidement et se
rendit compte combien ce léger contact était agréable. Ils marchèrent sous
la voûte étoilée, l’un tout contre l’autre. Ils échangeaient peu de
paroles, mais se sentaient heureux tous les deux. Cette nuit là, ils découvrirent
l’eau et la douceur du sable qui les accueillit quand ils sortirent de la mer.
Ils découvrirent la proximité de l’autre, les doux murmures et les caresses.
Ils découvrirent le sourire, la tendresse, le désir,
les baisers et le plaisir partagé. Cette nuit fut longue et pleine de
bonheur. La
lune savait bien qu’à un moment ou à un autre, elle reprendrait sa place
autour de l’étoile et le sycomore savait bien que son enchantement pouvait être
rompu. Mais ils ne seraient plus jamais seuls. Elle savait qu’elle pouvait le
rejoindre par la seule force de sa volonté et il espérait que lui aussi y
arriverait, si le sort était rompu. Ils n’avaient pas peur de ce qui allait
arriver. |