poèmes de Gabriel  II
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Nuit obscure I

 

La nuit était obscure sous les roses mourantes,
Et l’esprit se rêvait un rêve de jeunesse,
Mais le temps étreignit les vagues déshérantes
Sans pleurer ces murmures que nos formes délaissent. 

Et il fallut s’enfuir des rivages morts nés
Où baignait le parfum languide de nos mains,
La vivante matière d’un songe fasciné
Par le subtil éclat de nos âmes en chemin. 

L’angoisse saignait nos corps tombereaux du désir,
Et les pleurs s’éveillaient aux cintres des regards
Pour y voiler l’ombreuse attente du plaisir, 

Mais il ne reste rien qu’un flambeau évanoui,
Et lorsque nos vieillesses ravivent ces regards
Elles béent leurs plaies ouvertes au souffre de la nuit.

 

Nuit obscure II 

« La nuit était obscure et éclairait ma nuit,
Les braises incandescentes sous le souffle des monts
Exhibaient en dansant l’indécence et l’ennui
Où gisait douloureuse l’angoisse d’un démon. 

J’ai veillé en silence l’esquisse et le séjour,
Mais le feu ravivé au fronton de sa porte,
J’endiguais le flot d’or où tarissaient mes jours   
Dans le parfum abstrait des fugacités mortes. 

C’est un regret passé où résonne l’absence :
Pour n’avoir su maudire sans avoir su aimer
Il m’a fallu goûter les mortes résonances, 

Il m’a fallu briser la force du désir
Qui réveillait en moi son antique beauté,
Et couvrir mon visage d’un flot de souvenirs. »

 

Illusion 

Il croît, fugueur, sous l’ombre morte des taudis,
Ses rêves impuissants ont du feu en gésine,
Et il brûle d’aimer le miracle applaudi
Qui le verra maudire ses marges assassines ; 

Car l’élan est un rêve et le rêve un silence
Où vacillent tremblotantes les marques du blessé
Qui l’ignore, mais qui saigne comme saigne la lance
Sur les yeux du vieillard au vase délaissé. 

Il se débat, la fureur emporte ses visions,
Et le flot tourmenté des songes chaotiques
Lui ramène une aurore aux tristes illusions, 

Où il croit, songeur, au miracle des taudis,
Aux sens réveillés des ombres applaudies
Par les tristes senteurs de son parfum mystique.

 

Résonance
 

Tu rêves et tu absous le silence des mots
Sans pouvoir conjurer l'ineffable présence
Du rêve en mots dits au silence des maux,
Où s'absente un juré d'affable déshérence. 

Mais l'inquiet qui se lève aux portes des hameaux
S'érige en défenseur de ces temples d'errances,
Où ses lèvres emportées qui  le baignent d'émaux
Contemple sans noirceur les stryges de Florence. 

Et tes palmes noircies par le plaisir des sens,
Tu rêves de combler à l'orbe des rameaux
Le calme de Narcisse et son désir d'essence, 

Car l'orbite et ses combles portent les chalumeaux
Qui ravivent tes rêves et les plaies du silence
Où la vive rêvée plaide ces résonances.

 

ajoutés en août  2007

L'orbe bleu du mystère 

L'orbe bleu du mystère caresse tes contours,
Tu es l'onde et le puits, le désert et la voix
Où s'abreuve en silence la source de mes jours
Qui saignent, comme saigna le Christ sur la croix. 

Je t'aime, mais toi muette aux yeux d'or dérobés,
Tu rêves de ces mains qui ne sont pas les miennes,
Et ta bouche à sa bouche est une porte bée
Dans ce frisson mantique aux ombres bohémiennes. 

Mais qu'importe l'oubli et le songe au miroir,
Car l'ombre les dévêts et je ne les vois pas
Pleurer la chute et la radiance des mémoires, 

Oui je ne vois que l'ombre au silence dansant
Brûler mes jours de marbre, où les fleurs du trépas
Font croître sur leurs fronts mes rêves sénescents.
   

ajouté  mars 2008

 

Le jardin 

Jeune Fille, Le jour s'est tu sur le clos du jardin
Et l'ombre sur tes joues a des reflets de rose ;
Un châle pourpre tes bras nus et leurs flammes encloses
Comme un bouquet d'ajoncs aux portes d'Alhjarin. 

Jeune Fille, je suis le jardinier de ce jardin de fleurs,
Et le tiède tissu des perles déposées
Avivent leur éclat de nuit et de rosée
Dans mon alme royaume où se baignent tes heures, 

Jeune Fille, Le jour s'éteint,il tremble sur tes lèvres,
Je te regarde, les fleurs palissent et je frissonne
Comme un calice nu dans le parfum des fièvres, 

Jeune Fille, mes fleurs s'éteignent et tu ne réponds pas
Je brûle au miroir que ma flamme questionne
Pourquoi dans mon jardin promènes-tu tes pas ?" 

"Jardinier sourit-elle, ne vois-tu pas les roses
Qui trempent au bassin leurs ailes de lumières ?
La treille de la vigne sous l'écorce des pierres,
Le myrrhe et l'aloès à mes lèvres écloses ? 

Aveugle jardinier ! Ta rose est mon calame, 
Ces grands oiseaux de nuit y baignèrent leurs feux
Et portent mon secret dans le mystère des cieux :
Je troubles ton jardin car tu troubles mon âme. 

J'attendais ta question, tu ne la posais pas
Et mes larmes muettes sur la vasque des fleurs
Disputait au jardin la trace de tes pas, 

J'espérais en silence ton silence brisé,
Ton jardin espérait mes lèvres déposées
Au calme de tes lèvres dans le secret des heures. 

ajouté avril 2009

 

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