Quelques poèmes
Sine Luce
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Le bûcher :
« divines flammes d’une aurore renaissante ! »
La Lune a pris farouche un voile qui s’effare
Et sa blanche lumière irradie les visages blafards
Des Témoins, aux fronts barrés d’une ombre indécente.
Un sombre prédicateur
s’érige sur sa chaire,
Il crie d’une voix ample les secrets de la stase
A la foule abîmée et muette en extase,
Car le feu s’avivant s’est emparé des chairs.
Sine Luce !
« Mes Frères ! La nuit et son flot seul…. »
Un vent obscur fuyait la ville noire et morte,
Comme la plaie livide et suintante des linceuls.
Et l’onde
ruisselait en ravinant la pierre,
Car les visages éteints d’ancêtres graves et fiers,
Sanglotaient en silence sur le fronton des portes.
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L’Extase Maudite
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Il s’avance,
bravant la fange obscure des ruelles,
Et la clarté des nuits songe aux pâleurs morbides,
Qui impriment à son front leurs affres sensuelles,
Car son âme est la proie de ses rêves sordides...
« Ah !
Que ne puis-je braver l’amertume des visions
Qui cesse l’existence et ses sombres résilles,
Pour sombrer tristement dans la désillusion
Des ivresses de l’hérésie… »
Et sa voix
titubait, agonie du vieillard.
Non loin de là, un homme avivait ses regards,
Le feu d’une aube pourpre s’éveilla menaçant :
Et les flammes
dansaient dans l’œil de l’ermite !
Il s’arrêta, comme l’obscure silhouette des marchands,
Fasciné par la transe d'une extase maudite .
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L’Anachorète
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« Oui,
j’aime à méditer la splendeur des émaux
Qui versent leur poison sur nos âmes blessées.
Et ces flammes amères, l’obscurité des
mots,
Transporteront mon coeur aux plaintes délaissées. »
Dans le
profond silence des notes musicales
Il voyait son visage et ses cheveux défaits…
« Il me plait d’éveiller un rêve monacal,
Où rêver solitaire quelques accords parfaits,
Et trembler
silencieux d’une ivresse sans vin
Pour vêtir, lumineux, l’apprêt d’une Présence… »
Mais lui, voyait l’orgueilleuse tristesse du devin.
Il voyait son
regard et ses flammes éteintes
Sous la triste folie d’une sombre indécence,
Et s’en fut loin des grottes de cette âme défunte.
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La Veillée de l’ermite
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Ermite, Réponds
aux voix que ta tristesse honore,
Quel est donc ce silence planant sur ta demeure ?
L’encens de tes jardins s’adresse aux vents du Nord,
Car tu restes muet en ravissant les heures.
Vers la nuit, il
sourit du triste sourire des ornes
Qui perdent leur feuillage quand s’avance le soir,
Et sa voix résonna sur le dallage morne :
" Calme
et vivant désert où régnait le silence,
Jadis je songeais dans l’ombre de mes nuits,
J’aimais à contempler la tristesse des lances
Qui érigent en désir l’étreinte de l’Ennui.
Hélas ! Les
souvenirs troublèrent ma mémoire ;
Il me faut parcourir les routes de l’errance
Car je ne peux plus vivre mes solitudes noires ."
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Les Puits
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Vois, le phénix
s’éveille au dessus des puits noirs,
Et la braise muette de ses flammes nocturnes
Consume tes regrets aux ombres taciturnes
Qui perlent, comme les tristes solitudes du miroir.
Qu’attends-tu ?
Fuis le soupir extatique des Saintes,
Que t’importe le drapé de ces dépouilles nues
Car le phénix s’élève et franchit cette enceinte
Dans l’Aube des déserts où rayonnent les nues.
Et lui :
" Jadis je peignais le rêve des chemins,
Mais l’azur de ces puits me rend ivre des pleurs
Que mon esprit inquiet a versé sur mes mains.
Je ne pourrais te
suivre à l’ombre des envies,
Ma solitude est morte aux sources de la vie
Où s'abritent les songes et renaissent les fleurs ."
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Bien
que possédant chacun une cohérence propre, l’ensemble de ces sonnets, rédigés
au cours de l’été 2006, forme néanmoins un tout dans mon esprit. L’ordre
de présentation n’est donc pas dû au hasard et ne correspond pas forcément
à la chronologie d’écriture.
De plus, l’art poétique étant pour moi
un art aussi visuel qu’auditif, j’ai tenu à adjoindre à chaque poème une
image réalisée grâce au logiciel de création graphique The Gimp. Des
images qui sont à considérer aussi bien comme des illustrations que comme des
prolongements de l’ambiance des poèmes.
( Gabriel - Juillet-Août 2006)
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