Maeterlinck
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Maurice Polydore Marie Bernard Maeterlinck  

Ecrivain belge, francophone, né à Gand , le 29 août 1862 et mort à Nice le  8 mai 1949.

Issu d’une famille bourgeoise  et conservatrice  il  publie dès 1885 des poèmes d’inspiration parnassienne. A Paris  il rencontre plusieurs écrivains qui  vont l’influencer  dont Stéphane Mallarmé et Villiers  de L ‘Isle Adam  avec  qui il découvre l’idéalisme allemand  . Il se tourne complètement vers les richesses intuitives du monde germanique , en s’écartant du réalisme français . Il  se consacre alors à Novalis et entre en contact avec le romantisme d’ Iéna (Allemagne  1787- 1831)  autour de August  et Friedrich Schlegel . Important représentant du mouvement symboliste  , son influence se  ressent chez les surréalistes  dont  Apollinaire . Proche du parti ouvrier Belge, Maeterlinck s'engage , sur le plan esthétique, contre le naturalisme alors prédominant dans la littérature française.

Vers 1897  il  tient salon à Paris . On  y croise  Oscar Wilde ,  Paul  Fort, Mallarmé  Saint Saëns , Anatole France, Rodin ..

Il  obtient le prix  Nobel de littérature en 1911  .

En tant que poète,de tonalité profondément mélancolique,  il publie les Serres chaudes  en 1889 Ces vers s’inscrivent dans la dépersonnalisation de l’écriture  proche du choix poétique mallarméen : » la suggestion comme essence de  tous bouquets devient le principe générateur  de  l’acte de création « pure ». Par la répétition du  mot  , Maeterlinck atteint une vibration spirituelle, une « résonance intérieure ».

AME DE NUIT
(poème conclusif du recueil Serres Chaudes)

Mon âme en est triste à la fin ;
Elle est triste enfin d'être lasse,
Elle est lasse enfin d'être en vain,
Elle est triste et lasse à la fin
Et j'attends vos mains sur ma face.

J'attends vos doigts purs sur ma face,
Pareils à des anges de glace,
J'attends qu'ils m'apportent l'anneau ;
J'attends leur fraîcheur sur ma face,
Comme un trésor au fond de l'eau.

Et j'attends enfin leurs remèdes,
Pour ne pas mourir au soleil,
J'attends qu'ils lavent mes yeux tièdes
Où tant de pauvres ont sommeil !

Où tant de cygnes sur la mer,
Des cygnes errant sur la mer,
Tendent en vain leur col morose !
Où, le long des jardins d'hiver,
Des malades cueillent des roses !

J'attends vos doigts purs sur ma face,
Pareils à des anges de glace,
J'attends qu'ils mouillent mes regards,
L'herbe morte de mes regards,
Où tant d'agneaux las sont épars !

 

Le vers est dérythmé, libéré des conventions . Maeterlinck  refuse naturalisme et parnasse pour s’engager  sur la voie  de la poésie allégorique .

Maeterlinck fait aussi partie des grands dramaturges avec Ibsen, Tchekhof ,  Strinberg, Hauptmann qui  ont contribué à transformer l'expression dramatique   avec   trois idées novatrices   : le drame statique   , le personnage sublime et le tragique quotidien  . Deux des principales œuvres qui le rendirent célèbres : l Oiseau bleu et Pélléas et Melisande , dont  Debussy fit un opéra reprenant les nouvelles conceptions  esthétiques du   dramaturge belge.  . 

Maeterlinck  fut aussi un essayiste  qui connut  le succès auprès du grand public Il  part à  la découverte  philosophique  du monde végétal et   des insectes sociaux  . (La vie des Abeilles , l’intelligence  des fleurs ).

D'un tempérament pessimiste et angoissé, hanté par la mort, il consacra son existence à la recherche d'un bonheur fondé sur des certitudes consolantes  qui aiderait l'homme à accepter sa condition .

L’oiseau  bleu

Tyltyl et Mytil sont les enfants  d’un couple pauvre  et   leur  foyer est modeste . De leur fenêtre  ils suivent  les ébats de plus riches  constatant les différences sans  envie ni  amertume.  La pauvreté est leur condition et le bonheur est ailleurs.

Une nuit la fée Berylune  vient les convaincre de partir à la recherche de l’Oiseau  bleu qui  seul peut soigner  sa fille en lui  révélant le secret du   Bonheur.

Ce conte initiatique  les conduira successivement dans les univers  concrétisant chacun les  grands problèmes de l’existence ,    le savoir  et la science  personnalisés par la Lumière  s’opposent   aux efforts de La Nuit dans  la quête de la vérité que symbolise l’ Oiseau bleu  .

La principale révélation est dans l’âme des choses que l’homme néglige et bafoue quotidiennement en  les réduisant au silence . En contrepartie , les « choses » conçoivent peu d’amour pour l’homme . Il  en résulte la séparation des  hommes et de la Nature déplorée par l’idealisme allemand de l’époque et la conception de Maeterlinck  selon laquelle  l’univers est animé d’une  intelligence universelle  constituée de l’ensemble des  âmes  aspirant à l’harmonie.

En vertu de ce principe cher à Maeterlinck  , la  mort  n’existe pas (acte IV le cimetière )  ce qui nous vaut  également un acte  admirable    les morts vivent du souvenir des vivants (acte 1 Le Palais du  Souvenir). L’acte V   nous situe dans le Royaume de l’Avenir  . Les âmes attendent leur tour pour descendre sur terre  , contrôlées  par le Temps , personnage incorruptible,  l'épisode témoigne  du dualisme  de Maeterlinck  qu’il serait réducteur de  traduire par un moralisme étriqué :  toutes  les âmes doivent apporter sur terre leur contribution, chacune d’elle a,  dans la marche du  monde, son rôle à jouer et  sur  aucune  des actions  futures n’est émis le moindre jugement de valeur.

Bien sur , l’oiseau bleu est insaisissable ; semblable à  la Vérité , ses couleurs disparaissent  dès qu’on le sort de son contexte .  

Du  monde  moderne,  le songe le plus pur .

Quel est ce texte dont il sied  toujours de sourire si l’on veut paraître intelligent ? Quelle est cette pièce que Moscou ne cessa jamais de représenter depuis sa création , quels qu’aient été les bouleversements politiques qui  l’agitèrent ? Quelle est cette œuvre qui attira nombre de cinéastes aux esthétiques pour le moins contradictoires . Il faudrait  un  jour s’atteler  de  tenter de la comprendre .

(Marc Quaghebeur  pour la préface de l’Edition Babel théâtre.)

 

 

 

 

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