Madame Bovary
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Rapide  résumé de l'intrigue 

Petit médecin de province sans titre , Charles Bovary, jeune  mais déjà veuf, rencontre Emma. Vite séduit, autant par sa beauté que par son éducation  , il l'épouse.

Naïf  et bon il est heureux  mais la jeune femme s'ennuie dans  cette vie médiocre  si  loin  de ses  rêves nourris de ses  lectures romanesques.

Dans l'éblouissement d'un bal, les rêves se font fantasmes et par opposition la monotonie quotidienne, en dépit de la naissance d'une petite fille Berthe, étouffe Emma.

Soumise au regard  de la bourgeoisie locale et à la morale  inculquée  par son  éducation, une idylle possible  avec  un jeune clerc de notaire Léon Dupuis, est pourtant écartée, se soldant  par  le départ  de  Léon, lassé,  à Rouen  et  la mélancolie accrue d'Emma.

A l'occasion  des fêtes du  Comice agricole, le nouveau châtelain  Rodolphe  Boulanger  découvre Emma qu'il s'empresse de séduire .

Emma  éblouie se lance éperdument dans une aventure qui n'aurait peut-être pas  eu de lendemain,  si  un échec professionnel de Charles n'avait ravivé son  mépris pour son mari

A la suite de cette déception elle consent à  une fuite avec sa fille et son amant qui la ferait  échapper  à cette vie médiocre et décevante. Mais Rodolphe  , effrayé par le tour que prennent les évènements  se défile et  lui adresse,  au dernier moment, une lettre de rupture.

Emma envisage le suicide et tombe  malade. Un commerçant peu scrupuleux et témoin de l'aventure  ajoute aux tourments moraux  et sentimentaux ,les tracas financiers  de ses  dépenses excessives.

Remise peu à peu , elle sombre  dans  une crise de mysticisme et une résignation dépressive, que vient interrompre une soirée théâtrale ,où le sort la met à nouveau en présence de  Léon.  Les résolutions d'Emma  s'effondrent et une véritable liaison  s'établit entre eux. Léon est subjugué et Emma, épanouie, se livre à de plus en plus de dépenses impulsives incompatibles avec les revenus du ménage et accumule  les dettes.

Peu  à peu la passion des amants s'affaiblit  et l'euphorie se dissout dans  les tracas matériels.

Traquée, humiliée,  déçue, malade , elle s'empoisonne à l' arsenic au milieu de l'indifférence sordidement curieuse des figurants de ce drame : parents , voisins, petits notables , et amants , à l'exception de Charles  qui  finit par mourir de désespoir devant l'accumulation  des preuves de son malheur.

 

Intérêt philosophique

(Extrait d'une analyse de André Durand)

 

Dans ‘’Madame Bovary’’, Flaubert, qui fut d’une ironie impitoyable, tous les personnages étant nuls ou immoraux,  a poursuivi sa critique féroce du bourgeois. On peut discerner dans cette haine une attitude littéraire, une révolte de nature romantique contre l'ordre social de l’époque. Mais il y avait aussi chez lui une option fondamentale, car, pour lui, était bourgeois tout individu qui pense par idées reçues. Dès son enfance, au collège de Rouen, il avait créé avec ses amis un mythe grotesque, « le Garçon », destiné à scandaliser le bourgeois. Puis il avait songé à un vaste sottisier, un ‘’Dictionnaire des idées reçues’’, somme de toutes les phrases conventionnelles, des lieux communs et des stupidités qui dispensent de la pensée réelle. Il voulait le rédiger de telle sorte que « le lecteur ne pourrait jamais savoir si l'auteur s'est foutu de lui ». Avant de réaliser ce projet sur le plan romanesque dans ‘’Bouvard et Pécuchet’’, il a placé dans la bouche des personnages de ‘’Madame Bovary’’ des propos « bourgeois » : la conversation de Homais n'est qu'un tissu de lieux communs ; même Emma, dans la partie conventionnelle de ses rêveries, illustre ce dessein. De cette façon, l'œuvre devint une machine de guerre contre la sottise voire la bassesse de la classe dominante. 

Mais le roman était aussi une révolte contre la société aliénante. C'est bien parce qu'il dynamitait tous les codes sociaux, qu'il s'en prenait même à l'Église (la soumission qu'elle prêche aux humbles, l’éducation qu’elle donne dans les couvents, l'incapacité du «médecin des âmes» à vraiment apporter une aide dans les périodes de trouble, devant la mort) et au Progrès, au scientisme borné, qu’il fit scandale à sa parution en 1857. Flaubert fut attaqué en justice pour «atteinte aux bonnes mœurs et à la religion», comme le fut la même année Baudelaire pour le même chef d'inculpation.

En fait, son ironie amère recouvre une immense pitié pour les humbles. Et, selon son avocat  au procès, “Madame Bovary”, en montrant l'expiation terrible de la faute, inspire l'horreur du vice, doit inciter normalement à la vertu. Pour Flaubert, «Si le lecteur ne tire pas d'un livre la morale qui doit s'y trouver, c'est qu'il est un imbécile ou que le livre est faux».

Il est sûr que le tableau est sévère, marqué d'un pessimisme qui est la conséquence du réalisme, d'un refus de l'idéalisme qui conduit à la conception d'une vie soumise au déterminisme, à l'automatisme.  

Critique de la bourgeoisie, Flaubert s’est livré aussi à une dénonciation du romantisme dont le réalisme est l’antidote nécessaire. Ce romantisme est surtout féminin, et il a pu affirmer : «Ma pauvre Bovary souffre et pleure dans vingt villages de France». Il dénonça d’ailleurs aussi l'incompatibilité entre hommes et femmes, le roman étant un tableau d'une certaine condition féminine, une dénonciation de la dépendance de la femme, de sa réduction à la «maison de poupée» qu'a évoqué Ibsen. Emma fut ce que les hommes faisaient des femmes au XIXe siècle, mais elle reste très actuelle car nous sommes encore dans un monde très masculin.

Elle est l'archétype de la femme qui a la tête tournée par les rêves romantiques, les illusions romanesques, qui refuse de dissocier la fiction du réel, qui se complaît dans un sentiment d'insatisfaction dans les domaines affectif et social. Elle a incarné à ce point cette névrose qui consiste à se concevoir autrement qu'on est, à se rêver et à rêver le monde à partir de modèles préconçus, qu’elle a été nommée par Jules de Gaultier le bovarysme. Il a distingué un bovarysme sentimental, un bovarysme intellectuel, un bovarysme de la volonté. On peut voir dans le bovarysme un idéalisme qui a été aussi celui de Don Quichotte auquel on a pu comparer Emma Bovary. Don Quichotte était inadapté à la vie par la faute de son imagination et de certaines de ses lectures, et sa tragédie consista à vouloir insérer ses rêves dans la réalité. Mais la différence essentielle entre Ies deux personnages, c'est que Don Quichotte ne doute pas de la réalité de ses illusions, tandis qu’Emma est incapable de les soutenir jusqu'au bout, de s'en tenir à son romanesque.

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emma bovary était un homme

 

(Baudelaire et Flaubert)  

“Emma Bovary, c’est moi”, disait Flaubert. Et Baudelaire vient curieusement lui donner raison.  L’article qu’il consacre à Madame Bovary  dans la revue “L’Artiste” du 18 octobre 1857 ne fait pas de Flaubert une femme, mais change Emma en homme. Baudelaire y développe un éloge inattendu des qualités viriles de l’héroïne. Il explique que la femme adultère est pourvue dans ce roman accusé d’immoralité de “toutes les grâces du héros” . Elle possède l’imagination, qui est “la faculté suprême et tyrannique”, l’énergie et la “rapidité de décision” qui caractérisent “les hommes créés pour agir”, ainsi que le goût de la séduction et de la domination propre au dandy. Il ajoute qu’Emma “se donne magnifiquement, généreusement, d’une manière toute masculine”, et enfin qu’elle ne supporte ni la médiocrité, ni “l’infériorité spirituelle.” Cette femme, conclut-il, est en réalité “très sublime dans son espèce”. Elle échappe par là même à l’abomination ordinaire de la féminité chez Baudelaire qui est d’être tout simplement “animale” ou “naturelle”. Elle se rapproche plutôt de l’artiste et de son désir d’élévation. De sorte que l’auteur des Fleurs du mal  va jusqu’à la qualifier de “poète hystérique” -expression que par ailleurs il s’appliquerait volontiers à lui-même. Il loue son lyrisme, c’est-à-dire sa manière de s’élancer vers l’idéal et de se gorger, non pas de sentiments à bas prix, mais de mouvements "escaladants" vers le sublime. A ceux donc qui se demandent où parle la conscience de l’auteur dans ce roman apparemment dépourvu de moralité, Baudelaire conseille paradoxalement de regarder du côté d’Emma, puisque c’est en elle que se trouve déposé, fût-ce sous une forme “pitoyable”, “l’instinct du beau”. Cet article, en fin de compte, propose un éloge parallèle de la virilité de l’héroïne et des “hautes facultés d’ironie  et de lyrisme ” de celui qui l’a créée. Emma serait Flaubert dépourvu d’ironie, c’est-à-dire le versant le plus strictement lyrique du romancier. Pourquoi pas la poésie même dont Madame Bovary nous proposerait, à travers cette figure de “victime déshonorée”, une espèce de critique narrative?  

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http://www.maulpoix.net/Bovary.html      Extrait de La poésie malgré tout de Jean-Michel Maulpoix, éd. du Mercure de France, 1996.

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