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Alice
au pays des merveilles
&
De l'autre côté du miroir

Lewis Carroll
(1832-1898)
Lewis Carroll (né Charles Lutwidge Dodgson) est écrivain, photographe et
mathématicien. Il écrit "Alice au pays des merveilles" et "De
l'autre côté du miroir" après les avoirs inventés au fur et à mesure
qu'il les contait aux filles Liddel, et il les dédie à Alice Liddel.
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Jusque
là, les contes pour enfant mettaient en scène des personnages enfant
qui allaient "gentiment" s'insérer dans le monde des adultes
: le monde des responsabilités, de l'âge ou la vieillesse, le monde de
l'assomption, celui ou les rêves pourrissent au fond d'un placard et ou
le jeu n'existe plus, ou encore le monde des sentiments. Aussi, ces
contes avaient pour visée de préparer l'enfant-lecteur à entrer dans
le monde des adultes. Si Alice au pays des merveilles et
sa suite De l'autre côté du miroir est révolutionnaire,
c'est d'abord parce qu'il rompt avec cette tradition du conte pour
enfant.
Alice trace une ligne, comme un mur, entre le monde des
enfants et celui des adultes. On le voit bien quand Alice rencontre la
licorne et que celle-ci lui dit "J'ai toujours cru que les
enfants étaient des monstres fabuleux !", la licorne, c'est
l'adulte qui s'adresse à l'enfant, et Alice de répondre "et
moi j'ai toujours cru que les licornes étaient des monstres fabuleux
!", joli clin d’œil qui se termine par "si tu crois
en moi alors je croirai en toi". Il y a bien une frontière
entre les deux mondes (chacun étant le fabuleux/monstrueux pour
l'autre) mais au lieu de franchir cette frontière, Carroll reste du côté
de l'enfance par et pour le rêve. Bref, au lieu de préparer l'enfant
à entrer dans le monde des adultes, c'est plutôt l'adulte qu'il amène
dans l'enfance : il montre à l'adulte ce monstre fabuleux qu'est
l'enfant. Il lui montre le jeu, la confusion, le flottement, toute
l'illogique de l'enfant en le promenant dans le rêve de celui-ci.
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Illogique,
"flottement", équivoque du langage, Carroll joue dessus en
permanence. Il a par ailleurs publié La Logique symbolique
en 1890. Si le premier cheval de bataille de Carroll était le terrain
de jeu de l'enfance (familiariser l'adulte à ce monstrueux fabuleux
qu'est l'enfant), son second cheval de bataille est formelle : on sera
heureux de trouver deux contes jonché de jeux de mots tous plus fous
les uns que les autres, de jeux de langages et de confusions. Tantôt,
Alice essoufflée de courir, demande au roi qui la traîne par la main
en speedant "serriez-vous assez bon pour arrêter une minute
?" et le roi de répondre "je suis assez bon mais je ne
suis pas assez fort : une minute passe beaucoup trop vite pour que je
puisse l'arrêter !". Aussi, Alice s'étonne parfois "ça
n'a aucun sens et pourtant c'est exprimé dans un anglais tout à
fait correct".
Magritte (ceci
n'est pas une pipe !) et Frege (le concept de chien ne mord pas)
sentent le Carroll à plein nez.
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La rupture qu'offre ses contes ne sera pas reprise et n'offrira pas un nouveau
mouvement, si ce n'est qu'on en trouvera des accents chez Peter Pan (conte de
fond, et par là autrement plus tragique et romantique qu'Alice) dans la mesure
ou il est l'illustration d'une éternité ou d'une répétition enfantine.
Adam
Edité sur
Philautarchie Novembre 2006
http://www.philautarchie.net/
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