La  jeune parque
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La jeune Parque

(extraits)

Qui pleure là , sinon  le vent simple,  à cette heure
Seule avec diamants extrèmes ?...mais qui pleure ,
Si proche de  moi-même au moment de  pleurer ?
Cette main, sur  mes traits qu'elle rêve d'effleurer,
Distraitement docile à quelque fin profonde,
Attend de ma faiblesse une larme qui fonde, 

Et que de  mes destins lentement divisé,
Le  plus  pur en silence éclaire un coeur brisé.
La  houle  me murmure  une onde de reproche,
Ou retire ici-bas, dans ses gorges de roche ,
Comme chose déçue et bue amèrement,
Une rumeur de  plainte et de resserrement...
Que fais-tu,  hérissée, et cette main glacée,
Et quel frémissement d'une feuille effacée
Persiste parmi vous, îles de mon sein nu ?...
Je scintille, liée  à ce ciel  inconnu ... 
L'immense grappe brille  à ma soif de désastres.

Tout-puissants étrangers,  inévitables astres
Qui daignez faire luire au  lointain temporel
Je ne sais quoi de  pur et de surnaturel ;
Vous qui dans  les mortels plongez jusques aux  larmes
Ces souverains éclats, ces  invisibles armes,
Et les élancements de votre éternité,
Je suis seule avec vous, tremblante ,  ayant quitté
Ma couche; et sur l'écueil  mordu  par la merveille
J'interroge  mon coeur, quelle douleur  l'éveille,
Quel crime par moi-même  ou sur  moi consommé ? ...
... Ou si  le mal  me suit d'un songe refermé,
Quand (au velours du souffle envolé l'or des  lampes)
J'ai de mes bras épais environné  mes tempes,
Et longtemps de mon  âme attendu  les éclairs ?
Toute ? Mais toute à moi, maîtresse de mes chairs,
Durcissant d'un frisson leur étrange étendue,
Et dans  mes doux liens, à mon sang suspendue,
Je me voyais  me voir, sinueuse, et dorais
De regards en regards  mes profondes forêts.

J'y suivais  un serpent qui venait de me  mordre .

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