Associer l'homme et l'oiseau est fréquent
et apparaît presque comme un topos en art. Le pélican, l'albatros ou le phénix
renvoient à l'artiste, l'aigle au politique, le cygne ou encore le paon au
héros mélancolique ou triomphant.
En revanche le lien femme oiseau est beaucoup plus complexe : la nature de
la première semble non superposable à celle du second. En effet, l'oiseau
souvent désanimalisé renvoyant selon Bachelard à une symbolique de l'élévation,
de la pureté ou de la lumière paraît incompatible avec la femme marquée
du sceau de la faute, la responsable de l'éviction du jardin d'Eden. Aussi
très souvent est-elle réduite à servir cet animal, cadeau fort prisé au
XVIIIe siècle et aime-t-elle s'entourer de volatiles comme pour prendre une
revanche sur ce qu'elle n'est pas ! (sauf bien sûr lorsque la femme
s'inscrit dans un univers protégé comme celui de Paul et Virginie). De
plus quand cette dernière devient ou est comparée à l'oiseau la
connotation est soit négative soit sexuelle (les Harpyes ou les colombes de
Vénus). Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle, le préromantisme, et le
XIXe siècle, période qui réhabilitera la fille perdue et qui tendra à
angéliser la femme, pour que celle-ci soit positivement associée à
l'oiseau et symbolise la pureté, l'idéal, la rédemption. (Hugo,
Chateaubriand, Balzac, …). Remarquons dans ce cas que ce n'est
souvent que par la voix que les auteurs, les compositeurs font se rencontrer
femme et oiseau. En revanche le corps reste étranger à une telle
symbolique. Certes la courtisane (Nana), la femme fatale (chez Péladan,
Rachilde, Barrès…), figures des artifices, tenteront de se parer des
attributs de l'oiseau, mais uniquement dans le but d'assujettir la gent
masculine. Léda semble, dans le célèbre tableau de Cézanne, fasciner le
cygne et la Dalila de Moreau asservir à sa beauté l'Ibis. Très souvent,
à la fin du XIXe siècle, se superpose au motif de l'oiseau celui du
serpent et la femme fatale prend les traits de Mélusine.
C'est donc ce rapport de la femme et de l'oiseau (allant de 1760 à 1914)
dans lequel peuvent s'inscrire l'étude des rapports entre sexes, la
symbolique du jardin à la fois lieu de pureté et de perdition, l'évolution
de la représentation de la femme, l'angélisation, que nous voudrions
cerner dans le triple domaine de la musique, de la peinture et de la littérature.
http://calenda.revues.org/nouvelle2326.html
L'oiseau , le poète, et le musicien
le Cygne de
Stéphane Mallarmé