Histoire d'EllePar Sunny 22/12/2004 Cette
histoire remonte à la nuit du monde, au temps du grand chambardement céleste,
lors de la mutinerie de Lucifer. Lucifer, le beau, l’intelligent …
l’orgueilleux … Petit
à petit, les pensées de Lucifer prirent un tour particulier. Il avançait avec
délices dans un domaine inconnu. Son esprit vagabondait, tissait des fils, les
suivait, les défaisait … (et ce faisant un drôle de mot se formait dans sa tête :
Pénélope ! Il sourit et le chassa d’un haussement d’épaule). Son
monde était loin de celui de l’Eternel, mais il le trouvait également
parfait … Plus il le rêvait, le concevait, plus il le trouvait infiniment supérieur
à l’autre. Restait le passage délicat du rêve à la concrétisation.
Lucifer avait beau réfléchir jusqu’à entrer en transes, se métamorphoser
en étoile pour voir toute la création ou en ombre de l’Eternel pour essayer
de saisir ses motivations les plus intimes, il ne voyait pas comment imposer sa
propre création. Et puis le hasard
vint à son secours. Il se promenait dans le Jardin, quand il croisa Eve … la
dernière création de l’Eternel. Quand elle approcha de lui, il eut encore un
mot inconnu dans son esprit : poupée … et une drôle de vision. Des
milliers d’Eve plus blondes que nature se tenaient sur des rayons et instantanément,
il trouva que Barbie serait un très joli nom pour ces … poupées … Eve
cherchait le serpent. Elle expliqua à Lucifer qu’elle découvrait le Jardin
avec le serpent pendant qu’Adam discutait inlassablement avec l’Eternel des
meilleurs soins à donner aux animaux et aux plantes. Eve aimait beaucoup la
compagnie du serpent qui tout en se lovant autour d’elle lui apprenait la
botanique. Quand il parlait d’un arbre les feuilles de ce dernier se mettaient
à chatoyer et les fruits mûrs s’offraient d’eux même. C’était gai,
plein de couleurs, de goûts et de parfums. Eve riait en regardant les cabrioles
d’un écureuil, elle riait en croquant dans un fruit juteux et sucré et elle
riait quand la langue du serpent lui chatouillait le cou. Un autre rire fit écho
au sien. Entourée d’une multitude d’angelots jacasseurs et souriants, ELLE
se promenait également dans l’Eden. A son approche, Lucifer sentit qu’Eve
se raidissait. A son grand étonnement, il put lire dans les pensées de cette
dernière. L’ombre qu’il y voyait avait un nom : jalousie … et
ressemblait étrangement à ce qu’il ressentait en présence de l’Eternel.
Lucifer eut un léger vertige. Il prit rapidement congé d’Eve et un peu plus
loin … se métamorphosa en serpent. Eve
fut ravie de retrouver son compagnon, gai et bavard. A son habitude, il
s’enroula autour d’elle et l’entraîna au plus profond du Jardin. Là, se
trouvait un arbre d’une extraordinaire beauté. L’Eternel l’avait appelé
« Arbre de Vie ». Eve ne l’avait jamais vu, mais savait que seul
parmi tous les autres arbres du Jardin, il était tabou. Soudain Lucifer sut que
cet arbre là, serait son destin. Il quitta la chaleur du corps d’Eve et
s’enroula autour de l’arbre. Comme à l’accoutumée, les feuilles se
mirent à frémir, à briller plus fort au soleil et un délicieux parfum de
fruits mûrs emplit l’air. Eve tendit la main toute seule et sous l’œil
satisfait du serpent, elle goûta au fruit défendu. Et … rien ne se passa …
Eve secoua ses longs cheveux dorés en riant et cueillit un autre fruit pour
Adam. Adam
le raisonnable, Adam l’ami de l’Eternel fut difficile à convaincre. Mais la
petite fille insouciante était tout d’un coup devenue une femme. Elle avait
à présent d’autres arguments que son rire cristallin et l’innocence de son
regard azur. Adam ne résista pas longtemps. Ni à Eve, ni au fruit défendu. Et
l’impitoyable machine se mit en route. Ils furent chassés du Jardin, abandonnés
dans un monde hostile où les animaux n’étaient plus leurs amis, mais des prédateurs
ou des proies et où les fruits ne s’offraient plus,
mais coûtaient beaucoup de travail et de sueur avant de pouvoir les
manger. Ils apprirent le froid, la peur, la douleur. Ils apprirent aussi la
satisfaction de savoir se débrouiller seuls et … l’amour et le plaisir. Là-haut,
la guerre faisait rage. L’Eternel ne décolérait pas, les archanges prirent
les armes et Lucifer se battait avec l’énergie du désespoir. Il eut
cependant l’agréable surprise de voir qu’il n’était pas seul. D’autres
anges s’étaient ralliés à lui. Lui, qui avait simplement rêvé d’autre
chose, d’ailleurs … lui, chez qui l’envie était née de l’ennui, se
trouvait accusé d’orgueil. Et le voila chef des rebelles célestes. Comme
l’Eternel refusait de l’écouter, il s’installa dans son nouveau rôle et
le prit très au sérieux (dans sa tête tourbillonnaient des noms inconnus :
Spartacus, Robin Hood, Christian Fletcher…). Dans sa colère, l’Eternel
refusa également d’écouter le pauvre serpent, qui ne cessait de protester de
son innocence. Celui-ci se sentait si injustement traité, que dans son émotion,
il n’arrivait plus à s’exprimer
que par des sifflements, ce qui énerva tellement le Créateur, qu’il le
condamna à siffler de colère, pour toute éternité. Au
début, ELLE n’en cru ni ses yeux, ni ses oreilles. Qu’était-il arrivé au
paradis ? Les êtres célestes
se dressaient les uns contre les autres, Le Jardin était devenu un champ de
bataille, les angelots hurlaient de peur, le premier des anges était à la tête
d’une révolte et l’Eternel étincelait de rage rentrée et de froideur.
ELLE décida de prendre les choses en main. Inlassablement, elle fit l’intermédiaire,
écoutant à droite, calmant à gauche, consolant au milieu. Elle y mit tout son
cœur, toute sa bonté, toute sa clarté, elle essaya même l’humour (une
nouveauté dans les espaces célestes), mais finissait toujours par se heurter
à un mur. Le jour où elle découvrit Michel, dans une armure éblouissante et
armée d’une gigantesque épée qui précipitait Lucifer du haut du ciel dans
les ténèbres extérieures, ELLE se mit à pleurer. Elle découvrit avec
tristesse le goût amer des larmes. Lentement
la vie revint dans un ciel étrangement dépeuplé. Le Jardin, privé d’Adam, d’Eve et des animaux dégoulinait
de beauté mais était vide et inutile. L’Eternel lui donna le nom de Paradis
et le destina aux âmes pures après leur grand départ de la terre. Petit à
petit, les groupes d’angelots recommencèrent à rire et à jouer. Les chœurs
célestes se remirent à chanter. L’Eternel abandonna un peu de sa froideur
mais on sentait une retenue, une blessure dans toute sa façon d’être. Les
archanges restèrent en armes. Ils surveillaient à présent les portes du ciel
et ne perdaient pas de vue les agissements de leurs anciens amis. En
fait, le champ de bataille s’était simplement déplacé. Sur terre, les
humains se multipliaient, travaillaient, apprenaient, mais ils ne connaissaient
plus vraiment le goût du bonheur et étaient une proie facile pour les anges
des ténèbres. Lucifer avait bien appris sa leçon. Si on ne voulait plus de
lui dans la lumière, il ferait de l’ombre son royaume. Et comme le jour où
il s’était métamorphosé en serpent, il jouait au tentateur avec les
humains. Dans l’ombre propice pour se cacher, tout était permis, surtout ce
qui pourrait déplaire au Créateur. ELLE
rejoignait souvent les archanges dans leurs longues veilles aux frontières célestes.
Et ce qu’elle voyait la rendait infiniment triste. Voir Lucifer, l’ange de
lumière, devenir le Seigneur des Ténèbres, ELLE ne pouvait l’accepter. Voir
ces ingénus d’humains tomber dans tous les pièges et toutes les tentations réveillait
sa compassion. ELLE demanda à l’Eternel de la laisser descendre sur terre.
Elle emmena avec elle tous les anges de bonne volonté, prêts à l’aider. Et
c’est depuis ce jour que chaque enfant, chaque femme et chaque homme a son
ange gardien. La nuit parfois, ELLE descend voir Lucifer et au nom de leur
ancienne amitié l’exhorte à plus de douceur. Il lui arrive même de se
moquer gentiment de lui en lui disant que son titre de Seigneur des Ténèbres
est très convoité, que sur Terre elle avait lu des livres, dans lesquels un
certain Sauron et un certain Voldemort le revendiquaient aussi …) ELLE remonte
aussi au ciel pour de longues conversations avec l’Eternel. Souvent fatiguée
par l’énormité de sa tâche, triste de l’inanité de ses efforts, elle
s’assied alors sur un nuage et pleure toutes les larmes de son corps. Le
matin, quand le soleil se lève, la terre est couverte de milliards de perles de
rosée, chacune contenant le sourire d’espoir d’ELLE ….
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