Cléopâtre :Cléopâtre est la reine de tous les paradoxes. La plus
célèbre reine d'Egypte (et de l'Antiquité),n'est pas vraiment une Egyptienne.
Descendante des héritiers d'Alexandre, elle porte un nom grec (gloire de
son père). Emblème du faste et de la puissance d'Orient, son règne correspond
doublement à la fin d'un monde. A sa mort , le bassin méditerranéen n''arbore
plus le même visage. La grande Egypte passe sous domination romaine et Rome
tourne le dos à la République pour adopter le régime impérial. Cléopâtre
est au centre de cette profonde mutation en tant que maîtresse de César,
honnie par le sénat romain puis épouse d'Antoine, adversaire d'Octave,
le premier empereur de Rome. (illustration : Profil de Cléopâtre, bas-relief du temple de Kom Ombo.Egypte ) Méprisée , calomniée, par la plupart des auteurs anciens, Plutarque parait le moins sévère : " Sa beauté n'était pas en elle-même incomparable, ni même de nature à frapper ceux qui s'en approchaient...Elle possède une étrangeté qui provoque une attraction puissante....Sa conversation était si aimable qu'il était impossible d'en éviter la prise.... la bonne grâce qu'elle avait à deviser, la douceur et la gentillesse de son naturel, qui assaisonnait tout ce qu'elle disait ou faisait, était un aiguillon qui poignait au vif..." ..." Elle s'en allait vers Antoine , à l'âge où les femmes sont en la fleur de leur beauté et en la force de leur intelligence." .." Elle trouvait toujours quelque nouvelle volupté par laquelle , elle maîtrisait Antoine, ne l'abandonnant jamais et jamais ne le perdant de vue ni de jour ni de nuit : car elle jouait aux dés, elle buvait, elle chassait.. avec lui, elle était toujours présente quand il prenait quelque exercice ..."
Shakespeare pouvait-il oublier Cléopâtre ? Plutarque lui a fourni le personnage de tragédie à sa mesure .
Hérodias , Salomé :Laquelle de ces deux héroïnes mérite la première place dans notre mémoire ? On ne peut évoquer l'une sans l'autre. Quel est la part du mythe et celle de l'histoire quand l'évènement qui les a immortalisées appartient au plus grand mythe de notre culture , le mythe chrétien sur lequel s'est structuré notre civilisation depuis bientôt 2millénaires ? Historiquement, leur époux et père est clairement identifié : Hérode Antipas, Tétrarque de Galilée de 4 av. JC à 39 ap JC (Fils d'Hérode le Grand, Roi de Judée, qui ordonna le massacre des Innocents) Après avoir chassé (ou assassiné ) sa propre femme, il prit celle de son frère , Hérodias, transgressant les lois de son pays, qui qualifiaient cette relation d'incestueuse. Selon les Evangiles de Marc et de Mathieu c'est sur son ordre que Jean Baptiste fut décapité. Toujours selon les Evangiles, l'emprisonnement de Jean Baptiste dans les prisons du Tétrarque serait liée à sa farouche dénonciation de la conduite d'Hérode et de Hérodias . Notons que le Saint s'en prend surtout à Hérodias sur laquelle il concentre toute sa colère ,son mépris et ses malédictions (Fâcheuse habitude de nos chroniqueurs chrétiens des premiers siècles). Apparait Salomé, fille du premier mariage d'Hérodias. Hérode la convoite Usant des charmes de sa fille et de la concupiscence de son époux , Hérodias obtient la tête de Jean Baptiste. On ne manquera pas de remarquer que le martyre du Saint est organisé sous une double influence fémine néfaste: transgression des lois par Hérodias plus que par Hérode , stratagème de la mère et de la fille pour contraindre Hérode à l'exécution de Jean Baptiste. L'épisode a inspiré de nombreux artistes de la littérature, de la poésie, de la peinture ou de la musique qui ont privilégié l'une ou l'autre des héroïnes : Hérodias, le dernier des Trois contes de Flaubert, est considéré par certains comme l'une de ses oeuvres les plus abouties Fidèle à la lettre des Evangiles, ce grand précurseur du roman moderne n'en a pas moins insisté sur la faiblesse ou la lâcheté d'Hérode et peint une Hérodias torturée par l'humiliation que lui infligent la haine de Jean Baptiste et l'indifférence insultante du Tétrarque. Richard Strauss a préféré Salomé pour centre de son opéra, une Salomé capricieuse, autoritaire et sensuelle qui saura imposer son baiser à Jean Baptiste sur ses lèvres mortes. Longtemps après le tableau de Léonard de Vinci, les peintres symbolistes ont fait de l'une ou l'autre, un de leur sujet favoris: Gustave Moreau(1 et2), Lucien Lévy-Dhurmer(3), Aubrey Vincent Beardsley... Stéphane Mallarmé a écrit Hérodiade,(1,2 et 3) et Oscar Wilde Salomé..... (1) http://www.poetes.com/mallarme/herodiade_ouverture.htm (2) http://www.poetes.com/mallarme/herodiade_scene.htm (3) http://www.poetes.com/mallarme/herodiade_cantique.htm Elissa, Didon :Selon le récit de la
Fondation
de Carthage par Justin (historien
latin du II siècle ): Matten ( Mutto ou encore
Mattan) roi de Tyr légua à sa
mort le pouvoir à son fils Pygmalion et à sa fille Elissa (ou Elissar). Le
peuple de Tyr désirant un seul et unique souverain, suscita des dissensions au
sein de la famille royale, d'autant qu'Elissa avait épousé son oncle Acherbas,(Sicarbas
) grand prêtre de Melqart, qui jouissait d'une autorité aussi grande que celle
du roi et disposait d'une richesse fabuleuse. Pygmalion, désireux de
s'approprier et le pouvoir et les richesses de son oncle, assassina Acherbas.
Elissa menacée, décida de s'enfuir en usant de la ruse. Pour ne pas éveiller
les soupçons de son frère, elle prétendit vouloir s'installer auprès de lui
dans le palais. Pygmalion accepta en pensant qu'Elissa apporterait avec elle ses
richesses. Il lui envoya ses navires qui devaient la ramener. Elissa attendit la nuit, cacha
ses trésors dans la cale du navire et prépara des sacs remplis de sables
qu'elle disposa à bord. Une fois en mer elle jeta les sacs par-dessus bord,
invoquant le souvenir de son mari en le suppliant d'accepter cette offrande.
Effrayés, les serviteurs du roi craignant des représailles, décidèrent
d'accompagner la princesse dans son voyage. Des sénateurs et des prêtres de
Melqart s'étaient joints au groupe d'exilés. Ils se dirigèrent vers Chypre
pour se ravitailler. Quatre vingt vierges, consacrées à Vénus avant leur
mariage, venues offrir à la déesse les restes de leur virginité selon une
pieuse coutume,furent enlevées et mariées aux Tyriens qui accompagnaient la
princesse. Elissa "la vagabonde" brava la mer et partit à la
recherche d'une "ville neuve". Son navire accosta sur les côtes
africaines. Elissa
y sollicita l'amitié des habitants qui voyaient avec joie dans l'arrivée de
ces étrangers une occasion de trafic et de mutuels échanges. Ensuite elle
accepta autant de terrain qu'en pourrait couvrir une peau de bœuf. Elle fit
alors couper la peau en lanières très minces et occupa ainsi plus d'espace
qu’il ne lui en était accordé. Attirés par l'espoir du gain, des gens du
voisinage, accourant en foule apporter aux étrangers force marchandises, s'établirent
chez eux et, de cette foule d'hommes, il se forma une sorte de cité. Des envoyés
d'Utique, reconnaissant en eux des parents leurs apportèrent aussi des présents
et les engagèrent à fonder une ville à l'endroit ou le sort leur avait donné
asile. Les Africains voulurent aussi retenir ces étrangers, en contrepartie du
versement d'un loyer que Carthage s'engeait à leur verser. C'est ainsi que, du consentement de tous, Carthage fut fondée après qu'on eut fixé le tribut annuel qu'elle payerait pour le sol de la ville. On trouva dans les premières fondations une tête de bœuf, augure qui indiquait un sol fertile mais difficile à cultiver et une ville vouée à un perpétuel esclavage. On transporta donc la ville en un autre endroit. Là on trouva une tête de cheval, ce qui signifiait que le peuple serait belliqueux et puissant et l'on mit la ville sur cet emplacement de favorable augure. La mort de Didon-Elissa
Demandée en mariage par Hiarbas, le roi des Lybiens (Maxitani), Elissa refuse mais pressée (et trompée) par son peuple elle feint d'accepter. Après avoir dressé un bûcher pour célébrer la mort de son mari et immolé de nombreuses victimes, elle se poignarde et se précipite dans les flammes.
D'abord sujette de Tyr,
la cité de Carthage gagna peu à peu son indépendance et fut gouvernée plus
tard par ses propres magistrats portant le titre de suffètes. Elle garda des
liens étroits avec Tyr, la métropole, jusqu'au moment du siège d'Alexandre en
332 av.J.C.
(http://www.pheniciens.com/index.html )
La part de l'histoire dans la légende (François Decret: Carthage ou l'empire de la mer ) Certains éléments du texte de Justin font référence à des faits historiques qui peuvent être vérifiés par ailleurs: -Ainsi d'après une tradition phénicienne rapportée par Ménandre d'Ephèse, parmi les rois de Tyr, " à Mattan succéda Pygmalion, qui vécut 56 ans et régna 47 ans.Dans la septième année de son règne, sa soeur s'enfuit et fonda en Lybie la cité de Carthage" - autres points exacts: accordant à Acherbas le second rang dans la cité, et importance du culte de Melqart à Tyr; ils savaient également que dans le monde phénicien, le sacerdoce était héréditaire - nous savons aussi que, plusieurs siècles durant les Carthaginois continuèrent à verser une redevance annuelle aux africains -Enfin il est également exact que le nom de Maxitani (dans les textes grec Mazices) pour désigner la population autochtone, correspond à la plus ancienne appellation utilisée par les habitants de l'Afrique du Nord antique eux-mêmes. Par contre l'épisode de la peau de boeuf et la découverte de la tete de cheval sont d(origine grecque.
Didon dans l'Enéide
Evidemment c'est à Virgile que revient la plus belle part du mythe :Tout le chant IV de l'Enéide est consacré aux amours de Didon et Enée. Fuyant Troie sur les conseils de Vénus, sa mère, Enée erre en Mediterranée jusqu'à Carthage où lui apparait Didon veuve et depuis Reine de la Cité. Subjugué par sa beauté, Enee néglige la mission divine dont il est investi tandis que Didon renonçant aux traditions envisage de partager son pouvoir avec son amant étranger. Mercure dépêché par Jupiter rappelle à Enée ses devoirs et sa charge de fonder un nouvel état qui dépassera en puissance et en sagesse tous les précédents. Enée renonce douloureusement à Didon mais se soumet et décide de reprendre la mer. Instruite de son départ par la Renommée, Didon tente par tous les moyens de retenir son amant: amour, promesses, désespoir et enfin menaces dictées par la colère. Enée reste inflexible. Autant pour se punir elle-même que pour se venger, Didon choisi de mourir et s'écroule sur l'épée que lui a laissée Enée tandis que le Troyen fait voile pour l' Italie ou il doit fonder Rome.
(Traduction de l'Enéide de Virgile)
Autres liens:
J'ajoute à ce panorama si vaste en iconographie et autres liens divers sur le sujet, l'opéra de Berlioz Les Troyens inspiré de l'Eneide qui ne me semble pas avoir été cité et qui contient le magnifique duo entre Didon et Enée. ................................ ThaïsSelon Plutarque, la tradition met en cause , Thaïs, courtisane grecque des armées d'Alexandre dans l'incendie de Persépolis, lui même ne semble pas convaincu, de l'explication pour un acte jugé déshonorant pour le héros grec. L'intéret de ce texte n'est-il pas de montrer que la condition des Athéniennes n'était pas celle d'une totale exclusion comme on voudrait parfois nous le faire croire ; à fortiori si on modère le sens péjoratif donné à courtisane par la culture judéo-chrétienne. D'autre part Plutarque ne manque pas de souligner que dans cette tradition, la démarche de Thaïs "s'inscrit dans l'esprit de sa patrie", ce qui pouvait alors lui conférer un caractère laudateur . Ce prince, avant de marcher contre Darius, qu'il se disposait à poursuivre, donna à ses courtisans un grand festin, dans lequel il s'abandonna tellement à la débauche, que les femmes mêmes y vinrent boire et se réjouir avec leurs amants. La plus célèbre de ces femmes était la courtisane Thaïs, née dans l'Attique et alors maîtresse de Ptolémée, celui qui fut depuis roi d'Égypte. Après avoir loué finement Alexandre et s'être permis même quelques plaisanteries, elle s'avança dans la chaleur du vin, jusqu'à lui tenir un discours assez conforme à l'esprit de sa patrie, mais bien au-dessus de son état. « Je suis, lui dit-elle, bien payée des peines que j'ai souffertes en errant par toute l'Asie, lorsque j'ai la satisfaction d'insulter aujourd'hui à l'orgueil des rois de Perse; mais ma joie serait bien plus grande, si je pouvais, en masque, brûler le palais de ce Xerxès qui brûla la ville d'Athènes, et y mettre moi-même le feu en présence du roi, pour faire dire partout que les femmes qui étaient dans le camp d'Alexandre avaient mieux vengé la Grèce de tant de maux qu'elle avait essuyés de la part des Perses, que tous les généraux qui ont combattu pour elle et sur terre et sur mer. » Ce discours fut accueilli avec des cris et des applaudissements redoublés : tous les courtisans s'excitèrent les uns les autres; et le roi lui-même, entraîné par leur invitation et par leur exemple, se lève de table avec précipitation, et, la couronne de fleurs sur la tête, une torche à la main, il marche à la tête de tous les convives, qui, en dansant et poussant de grands cris, vont environner le palais. Tous les autres Macédoniens, informés de ce qu'on allait faire, accourent avec des flambeaux, pleins de joie, dans la pensée qu'ils eurent qu'Alexandre avait le projet de retourner, en Macédoine et ne voulait plus rester parmi les Barbares, puisqu'il brûlait et détruisait lui-même le palais de leurs rois. Voilà comment les uns racontent que cet incendie eut lieu; d'autres disent qu'Alexandre mit le feu à ce palais, de dessein formé; mais tous conviennent qu'il s'en repentit promptement et qu'il ordonna de l'éteindre. Plutarque - La vie des hommes illustres - La vie d’Alexandre (LII) http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/alexandre.htm Thaïs opéra de Massenet D'après un roman d'Anatole France. Ne pas confondre les deux héroïnes ! Ici l'action se passe au IV siécle en Egypte ,avec pour argument le sauvetage de l'âme d'une courtisane par un vieux moine cénobite qui naturellement tombe amoureux de la pécheresse. On se souviendra du très célèbre passage musical : La méditation de Thaïs on ne peut plus romantique !
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