DOLÉANCE - Ode I
L'obsession
Quand l'idée fixe à moi, Telle une
souvenance
Ne doit que revenir, Et m'assaille encore
Mon âme alors s'écrase, Comme tombe un corps mort
Oh cruelle image, Tu formes la potence.
Toi l'être malfaisant, Dont l'obscure
naissance
M'a autant tourmenté, Écorché et souillé
Je n'ambitionne te voir, Obsessionnelle visée
Nul besoin d'être bon, Je sais ta virulence.
Mais encore malgré moi, Tu sais t'épanouir
Et trouver en mon âme, de quoi ne point pourrir
Ni sombrer esseulé, Comme sépale dans l'étang.
Et dans tes yeux de braises, M'en vais
m'engloutir
Savourer l'affliction, A jamais m'endormir
Aussi mon cœur troublé, Toujours verse le sang.
Oh cruelle image, J'ois dès l'aube
m'effacer !
****

Dante La Divine
Comédie L'Enfer Chant 18
G. Doré
DOLÉANCE - Ode II
Les rongés
Elles peuvent m'agresser, Les sournoises
quidams
Ces fourmis embrasées, Et viles carnassières
Je les invites encor, À lacérer ma chair
Qu'elles me dépiautent donc, Ce corps n'est mon âme !
En soupirant pourtant, Je sens comme des
lames
Sillonner mes viscères, Sommaires et ordurières
Et car de cette viandasse, Je n'en ai que faire
Je puis vous la céder, Elle ne me fera pâme.
Quand en mon intérieur, Je honnis ces
tourments
Car toisés par l'esprit, Ils sont fluets mouvements
Doux et débonnaires, Comme les seins d'une belle ;
C'est que l'immense mal, Cafard intempérant
Ne peut ronger alors, Que mon Soi impotent
Toujours en perdition, Dans l'infinie querelle.
****

Dante La Divine
Comédie L'Enfer Chant 20
G. Doré
DOLÉANCE – Ode IV
L'enfant
En moi je peux plonger Et saisir un
bambin
Qui jamais ne rigole, Et qui
souventes fois
Tente en vain de quitter Cet environ d'effroi
Qui lui sert de prison, Comme pour un pantin.
En cage il va rester Et c'est en ce
chagrin
Qu'il imaginera Les horizons d'émoi
Les verdures de lin Et les faces de joies
Ainsi que les beaux cœurs Qu'il aimerait faire sien.
Dans son rêve d'un instant, L'ange fort
enivré
Court dans son paradis, Mais il n'y peut rester
Sans connaître la mort De son plateau de foire.
Et prit d'un teint grisé, L'enfant bien
esseulé
Comme dans un désert, Fond en larmes effarées
Et s'en va ballotté Par la grisaille noire.
****
IVRESSE – Ode I
Jeune fille
De nos cieux j'ai perçu, Qu'en tournant
dansants
Ils pouvaient décider !
De retirer les peines, Ou bien de tout donner
L'espace d'un instant !
Et quand une belle à eux, Est apparue
mendiant
Soufflant vitalité !
Les lèvres du divin, Sur elle se sont posées
Amour, don suffisant !
On lui aura offert, En cadeau éternel
L'éloquence du baiser !
La beauté d'une jeune fille, Que je vais contempler
En aimant immortel !
****

Dante La Divine
Comédie Le Purgatoire Chant 33
G. Doré
Retour à
la liste complète des poèmes