Conrad
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Joseph Conrad, Londres, 11 mars 1916

Joseph CONRAD

 

(1857-1924)

Romancier anglais

 

          Originaire de Pologne , il s'exile à 17 ans et finit par s'installer en Angleterre où il adopte la nationalité britannique.

Deux époques, celles des voyages et du métier de marin; il devient capitaine en 1888. L'Inde, Singapour, l'Australie, Java, Sumatra, Bornéo puis l'Afrique par son voyage au Congo. seconde époque celle consacrée à la littérature avec son premier roman en 1894, La Folie-Almayer.

Les Thèmes lui sont fournis par le souvenir de ses voyages, de ses rencontres avec des personnages complexes aux destinées souvent tragiques comme peuvent l'être celles de ces exilés que les circonstances ont poussés loin de leur port d'attache . Déchéances, désintégration, réalité sordide de l'exploitation coloniale,  trahison, la discipline et le sens du devoir s'oppose en vain à la corruption.

Partagé entre un idéalisme romantique et le nihilisme d'un regard désabusé qui lui inspire selon André Topia " une insistance un peu mélodramatique sur l'inéluctabilité de la tragédie", son oeuvre est sombre et amère. Elle me semble surtout empreinte de cette nostalgie provoquée par ces grands moments d'exaltation pour des actions humaines admirables qui ne parviennent pas à racheter ses personnages ou tombent en dérision.

 

Lord Jim

(1900)

Joseph Conrad a écrit : "Si vous voulez connaître l’âge de la terre, regardez la mer sous une tempête ; mais quelle tempête peut révéler pleinement le cœur d’un homme". 

Jim est un officier de marine ( comme Conrad ) Il est plein de qualités, qui lui promettent une vie exemplaire . Il appartient à l’élite « coulé dans un métal sans défaut » jusqu’à ce que la vie remette en cause ce brillant destin  en le faisant embarquer sur le Patna un vieux navire affrêté pour conduire 800 musulmans en pèlerinage à la Mecque . 

Un écueil pour crever le navire , un grain violent , la peur incontrôlable et l’instant de faiblesse qui lui fera abandonner les passagers et sauter dans l’unique canot de sauvetage prévu par le capitaine indélicat .

Jim avait sauté dans un trou sans fond, un trou dont il ne pourrait plus sortir.

"Parce qu'un jour il a été lâche, abandonnant au naufrage un navire et sa cargaison de pélerins, Jim erre de port en port, cachant sa honte. Il échoue en Malaisie, à Patusan, où la venue du trafiquant Brown lui donne une occasion de se conduire en héros. Cette fois il n'hésite pas , et c'est tragiquement que s'achève l'histoire de Lord Jim, un des plus beaux romans qu'ait jamais inspiré la fraternité humaine"

( 4ème de couverture de l'édition "Folio")

"Entre le héros et le lâche, il n'y a guère plus que l'épaisseur d'une feuille de papier" . 

 

 

Richard Brooks a adapté d'une manière superbe ce roman, ou Peter  O Toole campe un héros romantique et complexe à souhait.

 

Mes autres livres préférés : 

Thyphon

(1903)

Avec quelle puissance Conrad nous projette  à bord du Nan Shan dans un terrible Typhon de la mer de Chine ! Les éléments se sont déchaînés et s'acharnent sur le navire et sur les hommes . "dans leur acharnement on sentait de la haine, de la férocité dans leurs coups " Le vent couvre les voix , terrasse la volonté "Car tel est le pouvoir désagrégeant des grands souffles: il isole. Un tremblement de terre, un éboulement , une avalanche s'attaque à l'homme incidemment pour ainsi dire et sans colère. L'ouragan lui, s'en prend à chacun comme à son ennemi personnel, tâche de l'intimider, à le ligoter membre à membre, met en déroute sa vertu." Les montagnes d'eau s'écrasent sur le pont, balayant tout , le matériel et les résistances physiques et morales . Pendant des heures les hommes luttent c'est "l'attente d'une catastrophe interminablement imminente; le corps aussi s'épuise dans ce simple raccrochement  à l'existence parmi le tumulte excessif; c'est une lassitude insidieuse qui pénètre dans les poitrines, s'infiltre insidieusement jusqu'au coeur, l'alourdit et le contriste  - ce coeur incorrigible de l'homme qui, par delà tous les biens de la terre , par delà la vie même, aspire à la paix" .

Dans ce déchainement titanesque  deux  hommes qu'une stature si modeste oppose de façon dérisoire à la puissance des éléments Pourtant tous deux vont vaincre  et même révéler ce que la force tranquille peut accomplir quand on ne déroge pas au devoir. Point de drame ou de tragédie; le Nan Shan traversera le cyclone et  ramènera marins et passagers au port. Le Typhon n'aura pris ni homme, ni honneur .   L'exploit sera silencieux , discret comme ce capitaine Mac Whirr petit homme taciturne mais profondément humain soucieux d'écarter de ses hommes la déchéance morale que suggère la furie de la nature; discret aussi comme Jukes le second qui n'aspirant plus qu'à la paix de l'abandon, risque néanmoins sa vie pour exécuter la volonté de son capitaine et préserver l'équipage de la sauvagerie ou le navire risque de sombrer.

Simple la dernière phrase du récit ,celle de Jukes parlant de Mac Whirr:

"Pour un homme si court, je trouve qu'il ne s'en est pas mal tiré " 

(retour à  "la mer" )

Le paria des îles 

(1896)

Encore une réflexion sur le courage :

....mais il possédait cette espèce de courage qui n'ira pas jusqu'à escalader les cimes , mais acceptera bravement de patauger dans la boue -s'il n'y a pas d'autre route possible.

Et ce jugement sur la vanité de l'homme fort :

Consciemment ou inconsciemment, les hommes sont fiers de leur fermeté, de leur ténacité, de la droiture de leur dessein. Ils vont droit vers leur désir, jusqu'à la réalisation d'actions vertueuses - quelquefois criminelles - dans l'exaltante conviction de leur fermeté. Ils foulent le chemin de la vie, ce chemin que clôturent leurs goûts, leurs préjugés, leurs dédains ou leur enthousiasme, généralement honnêtes, invariablement stupides, et ils sont fiers de ne jamais s'égarer. Si d'aventure ils s'arrêtent, c'est pour regarder un moment par dessus les haies qui les protègent, pour regarder les vallées embrumées, les cimes lointaines, les falaises et les marais, les forêts sombres et les plaines brumeuses ou d'autres êtres humains usent péniblement leurs jours à marcher à tâtons, trébuchant sur les ossements des sages, sur les restes sans sépultures de ceux qui, avant eux, sont morts seuls, dans les ténèbres ou le grand soleil, à mi chemin d'une destination quelconque.  L'homme de caractère ne comprend pas et continue sa route, plein de mépris. Il ne s'égare jamais. Il sait où il va et ce qu'il veut . Poursuivant son voyage, il parvient à parcourir une grande distance sur son chemin étroit et, meurtri, fourbu, couvert de boue, il touche enfin au but; il empoigne le prix de sa persévérance, de sa vertu, de son solide optimisme : une dalle mensongère sur une tombe obscure et vite oubliée .! 

 

D'autres livres :

Le nègre du Narcisse(1897)

Le Duel

Nostromo (1904)

Sous les yeux de l'Occident (1911)

La ligne d'ombre (1915)

 

 

 

Liens :

 http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Joseph_Conrad

 

 


 

 

 

 


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