Originaire de Pologne , il s'exile à 17 ans et finit par s'installer en
Angleterre où il adopte la nationalité britannique.
Deux époques, celles des voyages et du
métier de marin; il devient capitaine en 1888. L'Inde, Singapour, l'Australie,
Java, Sumatra, Bornéo puis l'Afrique par son voyage au Congo. seconde époque
celle consacrée à la littérature avec son premier roman en 1894, La
Folie-Almayer.
Les Thèmes lui sont fournis par le
souvenir de ses voyages, de ses rencontres avec des personnages complexes aux
destinées souvent tragiques comme peuvent l'être celles de ces exilés que les
circonstances ont poussés loin de leur port d'attache . Déchéances,
désintégration, réalité sordide de l'exploitation coloniale, trahison,
la discipline et le sens du devoir s'oppose en vain à la corruption.
Partagé entre un idéalisme romantique et
le nihilisme d'un regard désabusé qui lui inspire selon André Topia "
une insistance un peu mélodramatique sur l'inéluctabilité de la
tragédie", son oeuvre est sombre et amère. Elle me semble surtout
empreinte de cette nostalgie provoquée par ces grands moments d'exaltation pour
des actions humaines admirables qui ne parviennent pas à racheter ses
personnages ou tombent en dérision.

Lord Jim
(1900)
Joseph Conrad a écrit : "Si
vous voulez connaître l’âge de la terre, regardez la mer sous une tempête ;
mais quelle tempête peut révéler pleinement le cœur d’un homme".
Jim est un officier de marine ( comme
Conrad ) Il est plein de qualités, qui lui promettent une vie exemplaire . Il
appartient à l’élite « coulé dans un métal sans défaut »
jusqu’à ce que la vie remette en cause ce brillant destin en
le faisant embarquer sur le Patna un vieux navire affrêté pour conduire 800
musulmans en pèlerinage à la Mecque .
Un écueil pour crever le navire , un
grain violent , la peur incontrôlable et l’instant de faiblesse qui lui fera
abandonner les passagers et sauter dans l’unique canot de sauvetage prévu par
le capitaine indélicat .
Jim avait sauté dans un trou sans
fond, un trou dont il ne pourrait plus sortir.
"Parce qu'un jour il a été
lâche, abandonnant au naufrage un navire et sa cargaison de pélerins, Jim erre
de port en port, cachant sa honte. Il échoue en Malaisie, à Patusan, où la
venue du trafiquant Brown lui donne une occasion de se conduire en héros. Cette
fois il n'hésite pas , et c'est tragiquement que s'achève l'histoire de Lord
Jim, un des plus beaux romans qu'ait jamais inspiré la fraternité
humaine"
( 4ème de couverture de l'édition
"Folio")
"Entre le héros et le lâche,
il n'y a guère plus que l'épaisseur d'une feuille de papier" .
le film :
Richard Brooks a adapté d'une manière
superbe ce roman, ou Peter O Toole campe un héros romantique et complexe
à souhait.
Mes autres livres préférés :
Typhon
(1903)
Avec quelle puissance Conrad nous
projette à bord du Nan Shan dans un terrible Typhon de la mer de Chine !
Les éléments se sont déchaînés et s'acharnent sur le navire et sur les
hommes . "dans leur acharnement on
sentait de la haine, de la férocité dans leurs coups "
Le vent couvre les voix , terrasse la volonté "Car
tel est le pouvoir désagrégeant des grands souffles: il isole. Un tremblement
de terre, un éboulement , une avalanche s'attaque à l'homme incidemment pour
ainsi dire et sans colère. L'ouragan lui, s'en prend à chacun comme à son
ennemi personnel, tâche de l'intimider, à le ligoter membre à membre, met en
déroute sa vertu." Les montagnes
d'eau s'écrasent sur le pont, balayant tout , le matériel et les résistances
physiques et morales . Pendant des heures les hommes luttent c'est "l'attente
d'une catastrophe interminablement imminente; le corps aussi s'épuise dans ce
simple raccrochement à l'existence parmi le tumulte excessif; c'est une
lassitude insidieuse qui pénètre dans les poitrines, s'infiltre insidieusement
jusqu'au coeur, l'alourdit et le contriste - ce coeur incorrigible de
l'homme qui, par delà tous les biens de la terre , par delà la vie même,
aspire à la paix" .
Dans ce déchainement titanesque
deux hommes qu'une stature si modeste oppose de façon dérisoire à la
puissance des éléments Pourtant tous deux vont vaincre et même
révéler ce que la force tranquille peut accomplir quand on ne déroge pas au
devoir. Point de drame ou de tragédie; le Nan Shan traversera le cyclone
et ramènera marins et passagers au port. Le Typhon n'aura pris ni homme,
ni honneur . L'exploit sera silencieux , discret comme ce capitaine
Mac Whirr petit homme taciturne mais profondément humain soucieux d'écarter de
ses hommes la déchéance morale que suggère la furie de la nature; discret
aussi comme Jukes le second qui n'aspirant plus qu'à la paix de l'abandon,
risque néanmoins sa vie pour exécuter la volonté de son capitaine et
préserver l'équipage de la sauvagerie ou le navire risque de sombrer.
Simple la dernière phrase du récit
,celle de Jukes parlant de Mac Whirr:
"Pour un homme si court, je
trouve qu'il ne s'en est pas mal tiré "
(retour à "la
mer" )
Le paria des îles
(1896)
Encore une réflexion sur le courage :
....mais il possédait cette espèce de
courage qui n'ira pas jusqu'à escalader les cimes , mais acceptera bravement de
patauger dans la boue -s'il n'y a pas d'autre route possible.
Et ce jugement sur la vanité de l'homme
fort :
Consciemment ou inconsciemment, les
hommes sont fiers de leur fermeté, de leur ténacité, de la droiture de leur
dessein. Ils vont droit vers leur désir, jusqu'à la réalisation d'actions
vertueuses - quelquefois criminelles - dans l'exaltante conviction de leur
fermeté. Ils foulent le chemin de la vie, ce chemin que clôturent leurs
goûts, leurs préjugés, leurs dédains ou leur enthousiasme, généralement
honnêtes, invariablement stupides, et ils sont fiers de ne jamais s'égarer. Si
d'aventure ils s'arrêtent, c'est pour regarder un moment par dessus les haies
qui les protègent, pour regarder les vallées embrumées, les cimes lointaines,
les falaises et les marais, les forêts sombres et les plaines brumeuses ou
d'autres êtres humains usent péniblement leurs jours à marcher à tâtons,
trébuchant sur les ossements des sages, sur les restes sans sépultures de ceux
qui, avant eux, sont morts seuls, dans les ténèbres ou le grand soleil, à mi
chemin d'une destination quelconque. L'homme de caractère ne comprend pas
et continue sa route, plein de mépris. Il ne s'égare jamais. Il sait où il va
et ce qu'il veut . Poursuivant son voyage, il parvient à parcourir une grande
distance sur son chemin étroit et, meurtri, fourbu, couvert de boue, il touche
enfin au but; il empoigne le prix de sa persévérance, de sa vertu, de son
solide optimisme : une dalle mensongère sur une tombe obscure et vite oubliée
.!
D'autres livres :
Le nègre du Narcisse(1897)
Au coeur des ténèbres (1899)
Le Duel
Nostromo (1904)
Sous les yeux de l'Occident (1911)
La ligne d'ombre (1915)
Liens :
http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Joseph_Conrad