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dimanche, 18 janvier 2015 00:00

Le sacrifice

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1986
Le dernier long métrage de  Tarkovsky

Son film qui me parait le plus difficile d'accés, le plus hermétique, là où l'on est confronté à son plus évident mysticisme, et qui réclame notre abandon à sa manière poétique. Une succession de séquences , "Une parabole poétique" dit-t-il lui-même, comme les pensées qui se succèdent dans un esprit en proie à la nostalgie d'un idéal qui aurait fui dans la vanité de nos existences ordinaires, les regrets dans l' échec de la quête d'un sens à donner  à notre vie Comme souvent  chez Tarkovsky , il me semble,  l'homme garde dans son inconscient la mémoire d'un paradis  entrevu et perdu par cette faute originelle  que représente notre course à la connaissance et  au progrés rationnaliste nous éloignant de notre essence spirituelle qui ne pourrait se retrouver qu'au prix d'un sacrifice.

tarkovsky un vieil homme plante un arbre décharné

"... S'il vous plait, ne regardez pas ce film en observateurs occidentaux, en ethnograhe de la chose russe. Le Sacrifice appartient à la littérature mondiale et les sillages sont faciles à reconnaitre. Les noms vénérés sont là : Shakespeare, Dostoievski, mais n'ometttons pas la veine de Poe, ce côté Histoires extraordinaires que trahit l'anecdote de la photo où réapparait le fils mort .
Ce film regardez-le sous un certain angle et vous pourrez mesurer à quelle hauteur se situent les dialogues, une maxime comme celle-ci : "N'attendez rien .." Ici , tout flotte, l'amour est en suspens, il n'y a plus de certitude de soi , on entre dans un chaos, le Dedans du sujet.
Au coeur du sacrifice ceci : la guerre finale -une guerre avec l'absolu -et la supplication de l'Eternel pour en être delivré. Oserai-je tirer sur ce fil ? l'indescriptible condition humaine se paie et la monnaie nous la connaissons : la cause qui fait vivre. Voilà l'étrange bagage que traine l'humanité . Je me souviens des premières scènes du film , de la parabole du moine plantant son arbre, puis du tableau final de l'arbre dénudé et je pense aux accents de Dostoievski (celui des frères Karamazov ) : "Bientôt tout s'expliquera."
De là rayonne le film - récit d'un desespoir qui s'achève par la mise au silence du héros, Alexadre, sacrificateur et victime d'un Sacrifice qui le dépasse. "
( Pierre Legendre )

 tarkovsky sacrifice 3

La question que je pose dans ce film est à mon sens la plus aigüe : il s'agit de l'absence dans notre culture, d'un espace réservé à la vie spirituelle. Nous avons étendu l'espace des biens matériels, nous avons développé les expériences matérialistes sans nous rendre compte de la menace que cela faisait peser sur l'homme , en l'amputant de sa dimension spirituelles. Il en souffre et il ne sait pas de quoi il souffre. Il ressent un manque, une absence d'harmonie et il en cherche la cause.
J'ai eu envie de montrer qu'on peut renouer avec la vie en restaurant l'alliance avec soi-même, en retrouvant une source spirituelle. Et pour acquérir cette espèce d'autonomie morale ou l'on cesse de considérer uniquement les valeurs matérielles, ,où l'on échappe au statut d'objet d'expérimentation entre les mains de la société, une voie parmi d'autres , est de s'offrir en sacrifice.

Voilà donc un homme qui se sacrifie pour quelqu'un, qui comprend que pour se sauver même physiquement, il doit absolument s'oublier lui-même, trouver un espace pour sa vie spirituelle, accéder à un autre règne. Même si dans le monde tel qu'il est , son acte parait absurde, même s'il est une épreuve pour son entourage, c'est en l'accomplissant qu'il prouve sa propre liberté.

Ce film est une parabole poétique. Chaque épisode peut s'interpréter de différentes façons. Je suis bien conscient qu'il va à contre-courant des idées communément admises aujourd'hui. C'est un film "à rebours". Est-il nécesaire de préciser que je suis croyant, que je m'étonne de ce suicide spirituel (et pas seulement spirituel) vers lequel nous courons , même lorsqu'un Etat ne nous y contraint pas , et que je me sens plus proche de la pensée orientale : celle qui, au lieu d'engluer les hommes dans le bavardage universel, leur rappelle les Voies du Dedans .
André Tarkovsky.

tarkosky sacrifice 4

 

Bach, Matthaüs passion , Erbarmedich Julia Hamari

Tarkovsky sacrifice 6Tarkovsky l'incendie 1
Lu 1250 fois Dernière modification le dimanche, 10 mai 2015 15:02

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