Baudelaire
Accueil Remonter Contacts Nouveautés plan du site

Charles Baudelaire

1821-1867

 

 

Obsession 

Grands bois vous m'effrayez comme des cathédrales ;
Vous hurlez comme  l'orgue;  et  dans nos  coeurs maudits,
Chambres  d'éternel  deuil où vibrent de vieux râles,
Répondent les échos  de vos De Profundis.

Je te hais Océan ! tes bonds et tes tumultes, 
Mon  esprit  les retrouve en  lui; ce rire  amer
De l'homme vaincu, plein de  sanglots et d'insultes,
Je l'entends dans le  rire énorme de la mer.

Comme tu  me plairait,  ô nuit ! sans ces étoiles
Dont la lumière parle un  langage  connu !
Car je cherche le  vide, et le noir et le nu !

Mais les  ténèbres sont elles-mêmes des toiles
Où vivent, jaillissant de mon  oeil  par  milliers,
Des êtres disparus  aux regards familiers.

Les fleurs du  mal - Spleen et  idéal  LXXIX

 

A une passante 

La rue assourdissante autour de moi  hurlait .
Longue , mince, en grand deuil, douleur  majestueuse,
Une femme  passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet;

Agile et noble , avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme  un extravagant,
Dans son  oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un  éclair ...puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! Trop tard ! Jamais, peut-être !  
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où  je vais,
O toi que j'eusse aimé, ô toi qui le savais ! 

Les fleurs du  mal - Tableaux  parisiens XCIII

        Le voyage        

(Extraits)

I

Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes ,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah! que le monde est grand à la clarté des lampes!
Aux yeux du souvenir que le monde est petit!

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers:

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme;
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent
D'espace et de lumière et de cieux embrasés;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir; coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours: Allons!

Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu'un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom!

 

Poème complet :      http://www.poetes.com/baud/bvoymort.htm

 

Les Phares 

Rubens..[............]....
Leonard de Vinci..[............]....
Rembrandt...[...............]..........
Michel Ange....[........]..........

Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes;
C'est pour les coeurs mortels un divin opium !

C'est un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix;
C'est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel des chasseurs perdus dans les grands bois!

Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge
Et vient mourir au bord de notre éternité !

 Poème complet:  http://www.poetes.com/baud/bphares.htm    

............................ 

"C'est un phare allumé sur mille citadelles "

Ah! toujours ces images qui nous imprègnent

........................................

La mort des Amants

Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux;

Et plus tard un ange, entr'ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.

.........................

L'homme et la mer 

Homme libre, toujours tu chériras la mer 
La mer  est ton  miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement  infini  de la vague ,
Et ton esprit n'est pas  un gouffre  moins amer .

Tu te plais  à  plonger au sein de ton  image ;
Tu  l'embrasses des yeux et des bras,  et  ton coeur
Se distrait quelquefois de sa  propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets : 
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes,
O mer  nul  ne connaît tes richesses  intimes,
Tant vous êtes  jaloux de garder  vos  secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez  sans pitié  ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
O lutteurs éternels,  ô frères implacables !

Les fleurs du  mal - Spleen et  idéal  XIV

 

(retour à " la mer" )

...........

Don  Juan aux Enfers 

Quand  don Juan descendit vers l'onde souterraine
Et  lorsqu'il eut donné son  obole à Charon,
Un sombre mendiant, l'oeil fier comme  Antisthène,
D'un bras vengeur et fort saisit chaque aviron.

Montrant  leurs seins pendants et leurs robes ouvertes,
Des femmes se tordaient sous le noir firmament,
Et, comme un grand troupeau de victimes offertes,
Derrière lui  traînait un long mugissement.

Sganarelle en riant lui réclamait ses gages,
Tandis que don  Luis avec un doigt tremblant
Montrait à tous les  morts errant sur les rivages
Le fils audacieux qui railla son front blanc.

Frissonnant sous son deuil, la chaste et maigre Elvire,
Près de l'époux perfide et qui fut son amant,
Semblait lui réclamer un suprême sourire
Où brillât  la douceur de son premier serment.

Tout droit dans son  armure, un grand homme de  pierre
Se tenait  à la barre et coupait le flot noir ;
Mais le calme héros, courbé sur sa rapière,
Regardait le sillage et ne daignait rien  voir.

Les fleurs du  mal - Spleen et  idéal  XV

 

Spleen

Quand le ciel bas et  lourd  pèse comme  un couvercle 
Sur l'esprit gémissant en  proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon  embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits.

Quand la terre est changée en un  cachot humide,
Où l'espérance, comme une chauve souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées 
D'une vaste prison  imite les barreaux,
Et qu'un  peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets  au fond de nos cerveaux ,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement
Ainsi que des esprits errants et sans  patrie
Qui se mettent  à geindre  opiniâtrement.

Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans  mon âme;  l'Espoir,
Vaincu,  pleure, et l'angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné  plante son drapeau noir.

Les fleurs du  mal - Spleen et  idéal  LXXVIII

 

....

Baudelaire  et Wagner  : "Lettre  de Charles Baudelaire à  Wagner  17 fevrier 1860 à  la suite du  concert  donné  le  25 janvier  1860  Salle  Ventadour à  Paris " .

 

  sommaire des domaines sommaire des thèmes