Au commencement, était Platon ....
Une exploration du mythe à partir de l'ouvrage de Pierre Vidal-Naquet
(L'Atlantide -Petite histoire d'un mythe platonicien
aux Editions les belles lettres )
En attribuant à Platon l'origine de l'Atlantide , on ne situe
certainement pas l'origine du Mythe de la colère divine qui punit
les hommes de vouloir accéder à la connaissance en prétendant à des
pouvoirs réservés aux dieux .
Quand il a écrit son
Timée et son Critias en 355 environ av JC, Platon, a lui-même puisé dans
d'autres fonds mythologiques. C'est peut-être ce qu'il faut comprendre
lorsqu'il évoque la généalogie du récit de
Critias qui le tient de son aïeul qui lui-même le tenait de Solon selon les dires des prêtres de
Neith (nom
égyptien d'Athéna).
Mais c'est sur la
base du récit platonicien que maintes légendes postérieures ont
cherché leurs fondements.
A tort ou à raison ?
Combien
de ces récits n'ont fait que privilégier la nostalgie d'un Paradis perdu, ou
d'un âge d'or révolu, où l'Atlantide ne sert que de prétexte à des utopies. Combien de
ces récits n'ont fait que susciter la convoitise, la quête de trésors
enfouis, de connaissances oubliées en négligeant que leur possession pouvait
comme les Atlantéens les mener à leur perte ?
Or le
mythe platonicien a-t-il un autre sens que celui de nous prémunir contre ces
rêves de grandeur illusoire en nous proposant comme alternative une cité
organisée parfaitement et gouvernée par la sagesse comme l'aurait été
Athènes, rivale victorieuse de l'île orgueilleuse, dans des temps très
anciens . Cependant , celle-ci n'a pas
été épargnée par la colère divine, puisque l'armée héroïque fut
engloutie dans le cataclysme qui punit l'Atlantide, Zeus ayant alors uni dans un
même sort les deux cités .....
............
L'Atlantide
selon Platon
Le
Timée
Dans son prologue, nous apprenons par Critias que la
cité
d'Athènes fut créée par la déesse Athéna plus de 9000 ans avant Solon
(Selon le récit des prêtres égyptiens de Saïs,
Athènes a précédé de 1000 ans l'Egypte, elle -même ayant été
créée 8000 ans avant la rencontre de Solon et du prêtre égyptien ) Elle avait alors la
République pour Constitution et fonctionnait selon les règles idéales
définies par Platon dans un dialogue précédent.
La perfection de son organisation et les qualités de ses
hommes, les guerriers- philosophes, les Gardiens, trouve sa justification dans un
exploit prodigieux.......
Nous en apprenons peu sur cette puissance et sa grande
cité rivale d'Athènes, et il faudra attendre la fin du récit de Critias , au dialogue
suivant, pour en savoir davantage ..
Il s'interrompt en effet et cède la place à Timée
de Locres qui passe aux origines de l'univers.
Platon délaisse l'Evènement pour exposer ses théories sur la
cosmologie, la formation du monde , de l'âme et du corps de l'homme.
En relisant ce texte et la rupture
dans la narration je me suis demandée innocemment, si Platon n'avait pas souhaité avant de
poursuivre rappeler ses convictions sur le dieu des dieux, qui ne peut être que
bon, et ne vouloir que le bien.
Si la destruction de l'Atlantide
pouvait trouver justice dans un esprit humain, grec de surcroit, il est bien
évident que le doute pouvait par contre s'instaurer lorsque le récit porterait
sur le châtiment divin qui engloutirait dans une même fureur la Cité parfaite et
ses
valeureux guerriers.
Il était peut-être donc fort approprié de
rappeler au préalable le souverain bien des intentions du créateur, sa
connaissance illimitée , la petite place de l'homme dans l'univers, et
les bornes étroites de sa compréhension .
Le Critias
L'argument du Critias porte exclusivement sur la description
des deux rivales . L'ancienne Cité d'Athènes , la rigueur de son organisation
et sa sobriété, tranche avec l'opulence de l'île établie au delà des colonnes
d'Hercule .
Athéna et Héphaïstos qui s'accordent dans le même amour de
la sagesse et des arts président au destin d'Athènes tandis que Poséidon
développe l'Atlantide en la comblant de richesse et de magnificence .
De la description de l'île majestueuse, de ses richesses, de
son faste et de ses ressources inépuisables devaient naître les
utopies des siècles suivants, les courses au trésor et les quêtes
d'Eldorado.
Probablement les successeurs de Platon se sont-ils crus
supérieurs aux Atlantéens et capables de résister aux effets pervers de
l'opulence et du pouvoir pourtant décrits par Critias .
C'est cette ambiguïté qui retiendra
plus loin
notre attention
Platon croyait-il a son mythe ?
Ce qu'en dit P.Vidal- Naquet :
Le récit de Platon illustrerait le duel
entre l'Athènes démocratique et impérialiste qu'il n'aimait pas beaucoup et
l'Athènes selon le modèle esquissé dans la République et
développé dans Les lois au niveau du possible ... et
l'affirmation de la réalité du récit, un procédé littéraire dont Platon
était coutumier " Avec une perversité peu commune
Platon va multiplier ce que Roland Barthes appelait les effets de réels".
En s'appuyant sur la nature de Solon meilleur poète qu'historien, Platon situe l'Athènes du récit
dans le registre de la fiction poétique tandis que l'Atlantide
appartient, au contraire, au monde de
l'histoire ; c'est l'Athènes impérialiste contemporaine du philosophe,
celle d'après les guerres médiques.
..............
Mais le mythe de la justice divine s'exprimant dans un
cataclysme cyclique purificateur confère au récit de Platon des échos de
vérité tant pour ses contemporains que pour nos esprits rationnels tout
imprégnés qu'ils sont par des siècles de tentatives de réponses aux
phénomènes qui nous dépassent. Récits ou mythes fondateurs, l'Atlantide
puise dans ces sources et elle continue d'alimenter notre imaginaire même quand
nous en condamnons la réalité.
..et Paul Veyne :
Quelle était l'attitude des Grecs eux-mêmes ? Car si les
grecs avaient été incrédules, que serait-il advenu de toutes ces
légendes et serions-nous aujourd'hui si prompts à la créance secondaire ?Paul
Veyne dans son essai "Les grecs croyaient-ils à leurs mythes ?"
s'est posé la question, et c'est par une analyse de l'histoire et de son sens
de vérité qu'il tente de répondre à cette question.
Je crois avoir compris que si un esprit comme celui de Platon
pouvait s'être libéré des histoires fabuleuses dont foisonnaient les
traditions, celles-ci n'en constituaient pas moins l'archéologie de la pensée
grecque et qu'elles étaient tenues pour vraies parce que rapportées comme
telles et qu'il n'était pas alors pensable de les mettre en doute.
Les meilleurs historiens de l'Antiquité , succédant dans la relation du
passé aux poètes ou aux bardes, relataient comme véridiques les faits qu'on
leur rapportait, leur mérite étant seulement de les confronter à leurs
connaissances ou à leur savoir pour juger de leur cohérence . On n'avait pas
pour habitude à l'époque de rechercher la preuve irréfutable et les enquêtes
portaient davantage sur la vraisemblance. Un fait, un évènement qui perdurait
dans le temps était forcément vrai au moins dans ses fondements , on pouvait
l'enjoliver , modifier sa dimension , l'intelligence et la sensibilité de
l'auditeur pour la tradition orale , du lecteur pour l'écrit, étaient seules juges
du degré de
sa crédibilité .
On peut donc penser que Platon s'il ne croyait pas à son
Atlantide pouvait tout aussi bien la tenir pour une vérité possible,
cohérente avec les traditions, aussi vraie que le déluge de Deucalion ou que
la Troie d'Homère, juste, parce que conforme à l'idée de Socrate dans sa
conception d'une Athènes idéale.
Et puisque nous évoquons Deucalion, le moment n'est-il pas
venu de parler d'histoires de
Déluges
Page suivante >>
(une version différente du mythe )